Guy, ce moulin est depuis toujours
dans votre famille... ?
Cest un de
mes ancêtres VERNINAS qui en devint propriétaire en 1704. Ce meunier possédait
alors trois moulins sur le Vern : le moulin des Aubarèdes au pied du château
de Grignols berceau des Talleyrand Périgord, le moulin de Chaumont qui dépendait
à lorigine sans doute du monastère de Bellet (2),
le moulin dAcquit entre les deux dont on dit quil fut moulin de la
Chartreuse de Chaulnes (2). Mais ce dernier fonctionnait déjà au 12ième
siècle et sans doute avant si lon en croit les vestiges de villas gallo-romaines se
trouvant à proximité..
Alors Guy, racontez
nous l histoire de votre moulin...
Jusqu au 18ème siècle, on sait
fort peu de choses. Cest à partir de cette date et au siècle suivant que se situe
la grande époque du moulin. Pendant deux cents ans et même un peu plus, il va être
comme le dit ma fille Mireille- "lâme de la vallée". Une
meule broie les cerneaux pour faire la "passée dhuile de noix",
lautre broie les grains et tout particulièrement le blé.
Apporté par les paysans, il est transformé en farine avec laquelle le meunier va
fabriquer le pain dans le fournil du moulin adossé au sud (on voit encore de nos jours la
porte du four).
Le scénario est
immuable et ne changera pas avant la fin de la seconde guerre mondiale. Le paysan
porte son grain au meunier qui le moud ; un dixième de la mouture est pour
lui, les neuf dixièmes restants sont pour le paysan.
Un sac de blé donne droit à une dizaine de pains.
Le décompte se fait sur des plaques de bois appelées "marques".
A chaque prise de pain, le boulanger trace une encoche au couteau.
En 1922, le transfert de la boulangerie au bourg de Grignols
marque la fin de lactivité boulangère sur place, mais on continue à moudre le
grain jusquà la guerre de 1939-1945, date à laquelle le régime de Vichy
décide de désaffecter le moulin, lui retirant par la même occasion le droit de moudre le blé pour fabriquer le pain.
La guerre terminée, il retrouve une certaine activité. On vient y faire moudre
des céréales secondaires, maïs, avoine, orge, seigle.
Puis il est loué
On y fera cependant de lhuile de noix jusquen 1980...
Ce moulin est un
moulin à eau
Comment fonctionne-t-il ?
Tous les moulins fonctionnent selon le même principe : une meule tournante
(ou courante) entraînée par larbre de transmission est superposée à une
meule dormante (ou gisante).
|

|
Le grain coule depuis une trémie (sorte de récipient en bois en forme
dentonnoir dans laquelle on verse le grain à moudre) entre les deux meules où il
est broyé. |
Le moulin
dAcquit fonctionne grâce à la force de leau qui actionne "le rouet"
sorte de grande roue horizontale faite de madriers auxquels on a ajouté des palles
cintrées de façon à recevoir toute leau qui arrive en cascade de trois mètres de
haut lorsquon ouvre la pelle du moulin.
Ce rouet entraîne larbre de transmission que nous appelons "pilier
vertical".
Il repose à sa base sur "la planche" (madrier de quatre centimètres
dépaisseur) dans laquelle est fixée une pièce en bronze spécial, appelée crapaudine.
Une tige en fer sy emboîte permettant la rotation...
Au sommet du
"pilier", la meule mobile sencastre dans "une tête" en acier.
Lécartement des
deux meules est réglable et permet dobtenir un produit allant du concassage
grossier à la farine la plus fine..
Les deux meules sont
enfermées dans un bâtit au dessus duquel se trouve la trémie. Sous la trémie, un godet
régule lalimentation de la meule.
Une tige en fer ou en
bois, fixée sur larbre de transmission, frappe régulièrement et à chaque tour le
godet qui libère son contenu sur la meule. Le bruit entendu est le tic tac du moulin..
La farine
elle sécoule dans un bac où le meunier la récupère. |

|
|
D où vient
leau qui actionne le rouet ?

|
A huit
cents mètres en amont du moulin, le cours du Vern a été en partie détourné dans un
canal creusé à main dhomme appelé "levée" ou encore "bief".
Elle mesure six mètres de large et de un à trois mètres de profondeur.
Au début
de la levée, deux déversoirs espacés dune trentaine de mètres régulent
larrivée de leau. Celle ci est ensuite contrôlée par deux
"pelles" lune située légèrement en aval des déversoirs,
lautre au moulin. On les ouvre ou on les ferme selon le
besoin. |
|
Leau de la levée dont le niveau
est situé à trois mètres au dessus de celui du Vern, tombe ainsi en cascade sur le
rouet déclenchant le mécanisme du moulin. Ceci fait, elle rejoint le ruisseau trois
cents mètres en aval en suivant le prolongement de la levée.
Quelques mots sur
le métier de meunier..
Cest un métier
passionnant, mais cest aussi un travail pénible. Si en hiver, le moulin tourne tout
le temps en raison de la hauteur deau dans la levée, il nen est pas de même
en été... La pelle dadmission deau ouverte, le moulin tourne, fermée, le
bief se remplit. Par exemple, si le moulin tourne de minuit à quatre heures du matin, il
ne travaillera pas de quatre heures à neuf heures du matin pour permettre au bief de se
remplir... Or le moulin tourne plusieurs fois en vingt quatre heures.
Moudre nest pas non plus de tout repos...
Et puis il y a "le piquage" ou "rhabillage" des meules
qui a pour but de redonner du mordant à la meule. Ceci nécessite plusieurs opérations
de tailles successives, chacune utilisant un profil de marteau différent. Le travail est
pénible et dangereux pour les yeux que lon protége avec des lunettes de piqueur..
Au moulin dAcquit, on "piquait" tous les trois mois.
Il y a aussi des dangers.
La poussière de farine est très inflammable ; il faut faire attention que les
meules en silex ne tournent pas à vide, sinon gare à létincelle qui mettra le feu
au moulin. Un grelot prévient le meunier de larrêt de lécoulement du grain.
Aujourdhui on
nentend plus le tic tac du moulin...
De temps en temps pour le
plaisir ou quand quelquun nous le demande, nous le remettons en marche. Mais nous
veillons toujours à son entretien ma fille et moi. Tout est resté en létat. Comme
ça si quelquun veut le voir fonctionner, il est prêt.
Si vous aviez un
souhait à formuler..
Je voudrais que mon
moulin soit comme un livre qui raconte une histoire aux enfants.
|