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Les Métiers d'Antan

Meunier

Le tic tac du Moulin d'Acquit

Depuis 88 ans, Guy MIRABEL vit à GRIGNOLS au bord du VERN (1), à quelques pas de " son moulin d’Acquit ", près duquel il a grandi, bercé par son tic tac monotone, noyé dans le bruit sourd et lancinant des lourdes meules de pierre broyant le grain et les cerneaux, ou celui de l’ eau s’engouffrant en cascade dans le rouet du moulin.



Son enfance, c’est le bruit des meules qu’on pique, le clapet de la levée que l’on ouvre ou que l’on ferme, l’odeur du pain frais de la boulangerie adossée au moulin, les tournées en carriole tirée par le cheval, dans les villages reculés de la commune.

 

Guy a des souvenirs plein la tête, et "si les jambes ont, comme il dit, du mal à le porter", il a toujours l’esprit vif et ne se fait pas prier pour évoquer avec émotion son ruisseau, son moulin, sa boulangerie, le travail harassant de ses parents.


Guy, ce moulin est depuis toujours dans votre famille... ?

C’est un de mes ancêtres VERNINAS qui en devint propriétaire en 1704. Ce meunier possédait alors trois moulins sur le Vern : le moulin des Aubarèdes au pied du château de Grignols berceau des Talleyrand Périgord, le moulin de Chaumont qui dépendait à l’origine sans doute du monastère de Bellet (2), le moulin d’Acquit entre les deux dont on dit qu’il fut moulin de la Chartreuse de Chaulnes (2). Mais ce dernier fonctionnait déjà au 12ième siècle et sans doute avant si l’on en croit les vestiges de villas gallo-romaines se trouvant à proximité..

Alors Guy, racontez nous l’ histoire de votre moulin...

Jusqu’ au 18ème siècle, on sait fort peu de choses. C’est à partir de cette date et au siècle suivant que se situe la grande époque du moulin. Pendant deux cents ans et même un peu plus, il va être – comme le dit ma fille Mireille- "l’âme de la vallée". Une meule broie les cerneaux pour faire la "passée d’huile de noix", l’autre broie les grains et tout particulièrement le blé.
Apporté par les paysans, il est transformé en farine avec laquelle le meunier va fabriquer le pain dans le fournil du moulin adossé au sud (on voit encore de nos jours la porte du four).

Le scénario est immuable et ne changera pas avant la fin de la seconde guerre mondiale. Le paysan porte son grain au meunier qui le moud ; un dixième de la mouture est pour lui, les neuf dixièmes restants sont pour le paysan.
Un sac de blé donne droit à une dizaine de pains.

Le décompte se fait sur des plaques de bois appelées "marques". A chaque prise de pain, le boulanger trace une encoche au couteau.
En 1922, le transfert de la boulangerie au bourg de Grignols marque la fin de l’activité boulangère sur place, mais on continue à moudre le grain jusqu’à la guerre de 1939-1945, date à laquelle le régime de Vichy décide de désaffecter le moulin, lui
retirant par la même occasion le droit de moudre le blé pour fabriquer le pain.
La guerre terminée, il retrouve une certaine activité. On vient y faire moudre des céréales secondaires, maïs, avoine, orge, seigle.
Puis il est loué …On y fera cependant de l’huile de noix jusqu’en 1980...

Ce moulin est un moulin à eau… Comment fonctionne-t-il ?



Tous les moulins fonctionnent selon le même principe : une meule tournante (ou courante) entraînée par l’arbre de transmission est superposée à une meule dormante (ou gisante).

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Le grain coule depuis une trémie (sorte de récipient en bois en forme d’entonnoir dans laquelle on verse le grain à moudre) entre les deux meules où il est broyé.

Le moulin d’Acquit fonctionne grâce à la force de l’eau qui actionne "le rouet" sorte de grande roue horizontale faite de madriers auxquels on a ajouté des palles cintrées de façon à recevoir toute l’eau qui arrive en cascade de trois mètres de haut lorsqu’on ouvre la pelle du moulin.
Ce rouet entraîne l’arbre de transmission que nous appelons "pilier vertical".
Il repose à sa base sur "la planche" (madrier de quatre centimètres d’épaisseur) dans laquelle est fixée une pièce en bronze spécial, appelée crapaudine.
Une tige en fer s’y emboîte permettant la rotation..
.

Au sommet du "pilier", la meule mobile s’encastre dans "une tête" en acier.

L’écartement des deux meules est réglable et permet d’obtenir un produit allant du concassage grossier à la farine la plus fine..

Les deux meules sont enfermées dans un bâtit au dessus duquel se trouve la trémie. Sous la trémie, un godet régule l’alimentation de la meule.

Une tige en fer ou en bois, fixée sur l’arbre de transmission, frappe régulièrement et à chaque tour le godet qui libère son contenu sur la meule. Le bruit entendu est le tic tac du moulin..

La farine elle s’écoule dans un bac où le meunier la récupère.

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D’ où vient l’eau qui actionne le rouet ?

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A huit cents mètres en amont du moulin, le cours du Vern a été en partie détourné dans un canal creusé à main d’homme appelé "levée" ou encore "bief". Elle mesure six mètres de large et de un à trois mètres de profondeur.

Au début de la levée, deux déversoirs espacés d’une trentaine de mètres régulent l’arrivée de l’eau. Celle ci est ensuite contrôlée par deux "pelles" l’une située légèrement en aval des déversoirs, l’autre au moulin. On les ouvre ou on les ferme selon le besoin.

L’eau de la levée dont le niveau est situé à trois mètres au dessus de celui du Vern, tombe ainsi en cascade sur le rouet déclenchant le mécanisme du moulin. Ceci fait, elle rejoint le ruisseau trois cents mètres en aval en suivant le prolongement de la levée.

Quelques mots sur le métier de meunier..

C’est un métier passionnant, mais c’est aussi un travail pénible. Si en hiver, le moulin tourne tout le temps en raison de la hauteur d’eau dans la levée, il n’en est pas de même en été... La pelle d’admission d’eau ouverte, le moulin tourne, fermée, le bief se remplit. Par exemple, si le moulin tourne de minuit à quatre heures du matin, il ne travaillera pas de quatre heures à neuf heures du matin pour permettre au bief de se remplir... Or le moulin tourne plusieurs fois en vingt quatre heures.
Moudre n’est pas non plus de tout repos...
Et puis il y a "le piquage" ou "rhabillage" des meules qui a pour but de redonner du mordant à la meule. Ceci nécessite plusieurs opérations de tailles successives, chacune utilisant un profil de marteau différent. Le travail est pénible et dangereux pour les yeux que l’on protége avec des lunettes de piqueur.. Au moulin d’Acquit, on "piquait" tous les trois mois.

Il y a aussi des dangers. La poussière de farine est très inflammable ; il faut faire attention que les meules en silex ne tournent pas à vide, sinon gare à l’étincelle qui mettra le feu au moulin. Un grelot prévient le meunier de l’arrêt de l’écoulement du grain.

Aujourd’hui on n’entend plus le tic tac du moulin...

De temps en temps pour le plaisir ou quand quelqu’un nous le demande, nous le remettons en marche. Mais nous veillons toujours à son entretien ma fille et moi. Tout est resté en l’état. Comme ça si quelqu’un veut le voir fonctionner, il est prêt.

Si vous aviez un souhait à formuler..

Je voudrais que mon moulin soit comme un livre qui raconte une histoire aux enfants.

Jean-Pierre

1) Le Vern est un affluent de l’Isle .
Pour en savoir plus

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2) Bellet et Chaulnes sont deux hameaux de la commune de Grignols, canton de Saint Astier en Dordogne.

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