Amicale-Généalogie

 

Page d'accueil                          Page précédente

Blason5.jpg (5908 octets)

Une Equipe
au service
du Généalogiste Amateur

Les Métiers d'Antan

BOUILLEURS DE CRU ET BOUILLEURS AMBULANTS

d'hier et d'aujourd'hui

Le Bouilleur ambulant
profession en voie de disparition

bouilleur1.jpg (24362 octets)

En 1954 il y avait environ 230 bouilleurs ambulants en Dordogne.
Aujourd'hui, il en reste une quarantaine surtout grâce aux arbres fruitiers.

 

Marcel Thomas, 68 ans, bouilleur ambulant de 1957 à 1994 à Neuvic sur Isle en Périgord, fils et petit-fils de bouilleur ambulant a bien voulu répondre à quelques questions de Jean Pierre pour Amicale Généalogie.

J. P. : Marcel, comment avez-vous été amené à exercer cette activité ?

M. : Par tradition familiale... Cela me plaisait… j’en ai assuré la continuité, prenant la suite de mon père.
C’est mon grand-père Urbain, qui débute dans la profession à l’aube du 20ème.siècle.
Il parcourt la campagne allant de point de fabrication en point de fabrication (appelés ateliers publics).
Son alambic sur trépieds (1) à double chaudière est posé sur une charrette tirée par un âne..

Avant le départ de toute campagne, il doit satisfaire " au descellement d’alambic ", opération qui consiste à aller chercher, à la recette buraliste du canton, le "col de cygne"(2) de son alambic, qu’il avait laissé là, lors "du scellement d’alambic" à la fin de la campagne précédente. Il doit aussi faire la demande du "permis de circuler".

De nos jours, les alambics sont plombés par le service des douanes, à la demande du bouilleur ambulant, à la fin de la campagne dont l’époque et la durée sont déterminées par ce même service. Le permis de circuler est toujours obligatoire.

J. P. : Vous différenciez, bouilleur de cru et bouilleur ambulant. Pourquoi ?

M. : Le bouilleur de cru, c’est le récoltant. Le bouilleur ambulant, c’est le fabricant d’eau de vie, qui a une licence avec inscription au registre des métiers du département..

J. P. : Cela veut dire que tout récoltant était jadis bouilleur de cru ?

M. : Oui, qu’il soit propriétaire, fermier ou métayer à condition de faire une déclaration de récolte de vin.
Mais d’autres personnes n’étant pas forcément agriculteurs, mais possédant une  vigne ou un verger pouvaient distiller leur récolte, c’est à dire être bouilleur de cru avec transmission du droit à leurs enfants ou même à d’éventuels repreneurs de l’exploitation.
Chacun pouvait, pour sa consommation familiale distiller hors droits 10 l d’alcool pur par an soient l’équivalent de 1000°.

J. P. : De nos jours ce n’est plus possible.. .pourquoi ?

M. : En 1954, le gouvernement Mendès France supprime ce privilège avec l’intention de combattre l’alcoolisme dans notre pays...

Dès lors, le droit de succession n’existe plus. A partir de cette date, la culture de la vigne est concentrée dans les régions productrices de vin d’appellation d’origine contrôlée (AOC), ce qui signifie la disparition progressive de nos petits vignobles locaux.. On offre des primes à l’arrachage des vignes et, dans nos régions, on encourage au moyen d’aides financières la production laitière.

J. P. : Pourtant vous avez continué à distiller et de nos jours vos enfants continuent... ?

M. : La disparition des surfaces en vignes s’est faite de façon progressive ce qui a permis la survie du métier.
En 1954 il y avait environ 230 bouilleurs ambulants en Dordogne, aujourd’hui il en reste une quarantaine surtout grâce aux arbres fruitiers.

J. P. Dans quelles conditions peut- on faire actuellement de l’eau de vie ?

M. : Il est encore possible à tout récoltant de faire son eau de vie en payant l’impôt dès le premier degré, le privilège des 1000° étant supprimé.

J. P. : Vous semblez regretter le " temps des bouilleurs de cru"... ?

M. : L’eau de vie était un alcool naturel qui permettait la fabrication de produits familiaux de consommation courante : apéritifs à partir de jeunes pousses de noyer pour la Saint Jean, ou de feuilles de pêchers, de cerisiers... que l’on faisait macérer selon des recettes ancestrales, elles aussi en voie de disparition...

Il en était de même pour les digestifs : liqueur de genièvre, de cassis... et les bocaux de prunes, de cerises, de raisins... que l’on trouvait dans chaque maison.

Et puis, l’alcoolisme ne semble pas avoir disparu pour autant… Les statistiques et les campagnes anti-alcool tendent à prouver que le problème demeure entier... La suppression du privilège ne semble pas l’avoir résorbé… loin de là.

J. P. : Y a t-il encore un espoir de survie pour bouilleurs ambulants ?

M. : Je ne crois pas, il semble que ce soit la fin...

Bouilleur de cru1.jpg (23059 octets)

Bouilleur 1989 1 pouce.jpg (13456 octets)

1 - L’alambic à trépied : C’est un alambic à deux corps qui comprend une chaudière posée sur trépied pour chauffer le marc (ou une autre matière à distiller) et une deuxième récipient appelé chez nous "réfrigérant" garni d’eau froide dans lequel se trouve le serpentin...
Plus tard vers les années 30, l’alambic est posé sur chariot ce qui entraîne la disparition du trépied.

2 - Le col de cygne relie les deux corps

Auteur © 2001 - Amicale-Généalogie