| Marcel Thomas, 68 ans, bouilleur ambulant de 1957 à 1994 à Neuvic sur
Isle en Périgord, fils et petit-fils de bouilleur ambulant a bien voulu répondre à
quelques questions de Jean Pierre pour Amicale Généalogie.
J. P. : Marcel, comment avez-vous
été amené à exercer cette activité ?
M. : Par tradition familiale... Cela me
plaisait
jen ai assuré la continuité, prenant la suite de mon père.
Cest mon grand-père Urbain, qui débute dans la profession à laube du 20ème.siècle.
Il parcourt la campagne allant de point de fabrication en point de fabrication (appelés
ateliers publics).
Son alambic sur trépieds (1) à double chaudière est posé sur une charrette tirée par
un âne..
Avant le départ de toute
campagne, il doit satisfaire " au descellement dalambic ",
opération qui consiste à aller chercher, à la recette buraliste du canton, le "col
de cygne"(2) de son alambic, quil avait laissé là, lors "du scellement
dalambic" à la fin de la campagne précédente. Il doit aussi faire la demande
du "permis de circuler".
De nos jours, les
alambics sont plombés par le service des douanes, à la demande du bouilleur ambulant, à
la fin de la campagne dont lépoque et la durée sont déterminées par ce même
service. Le permis de circuler est toujours obligatoire.
J.
P. : Vous différenciez, bouilleur de cru et bouilleur ambulant. Pourquoi ?
M. : Le bouilleur de
cru, cest le récoltant. Le bouilleur ambulant, cest le fabricant
deau de vie, qui a une licence avec inscription au registre des métiers du
département..
J. P. :
Cela veut dire que tout récoltant était jadis bouilleur de cru ?
M. : Oui, quil soit
propriétaire, fermier ou métayer à condition de faire une déclaration de récolte de
vin.
Mais dautres personnes nétant pas forcément agriculteurs, mais possédant
une vigne ou un verger pouvaient distiller leur récolte, cest à dire être
bouilleur de cru avec transmission du droit à leurs enfants ou même à déventuels
repreneurs de lexploitation.
Chacun pouvait, pour sa consommation familiale distiller hors droits 10 l dalcool
pur par an soient léquivalent de 1000°.
J. P. : De nos
jours ce nest plus possible.. .pourquoi ?
M. : En 1954, le
gouvernement Mendès France supprime ce privilège avec lintention de combattre
lalcoolisme dans notre pays...
Dès lors, le droit de
succession nexiste plus. A partir de cette date, la culture de la vigne est
concentrée dans les régions productrices de vin dappellation dorigine
contrôlée (AOC), ce qui signifie la disparition progressive de nos petits vignobles
locaux.. On offre des primes à larrachage des vignes et, dans nos régions, on
encourage au moyen daides financières la production laitière.
J. P. : Pourtant
vous avez continué à distiller et de nos jours vos enfants continuent... ?
M. : La disparition
des surfaces en vignes sest faite de façon progressive ce qui a permis la survie du
métier.
En 1954 il y avait environ 230 bouilleurs ambulants en Dordogne, aujourdhui il en
reste une quarantaine surtout grâce aux arbres fruitiers.
J. P. Dans quelles
conditions peut- on faire actuellement de leau de vie ?
M. : Il est encore
possible à tout récoltant de faire son eau de vie en payant limpôt dès le
premier degré, le privilège des 1000° étant supprimé.
J. P. : Vous
semblez regretter le " temps des bouilleurs de cru"... ?
M. : Leau de vie
était un alcool naturel qui permettait la fabrication de produits familiaux de
consommation courante : apéritifs à partir de jeunes pousses de noyer pour la Saint
Jean, ou de feuilles de pêchers, de cerisiers... que lon faisait macérer selon des
recettes ancestrales, elles aussi en voie de disparition...
Il en était de même
pour les digestifs : liqueur de genièvre, de cassis... et les bocaux de prunes, de
cerises, de raisins... que lon trouvait dans chaque maison.
Et puis,
lalcoolisme ne semble pas avoir disparu pour autant
Les statistiques et les
campagnes anti-alcool tendent à prouver que le problème demeure entier... La suppression
du privilège ne semble pas lavoir résorbé
loin de là.
J. P. : Y a t-il
encore un espoir de survie pour bouilleurs ambulants ?
M. : Je ne crois pas,
il semble que ce soit la fin...

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1 -
Lalambic à trépied : Cest un alambic à deux corps qui
comprend une chaudière posée sur trépied pour
chauffer le marc (ou une autre matière à distiller) et une deuxième récipient appelé
chez nous "réfrigérant" garni deau froide dans lequel se trouve le
serpentin...
Plus tard vers les années 30, lalambic est posé sur chariot ce qui entraîne la
disparition du trépied.
2 - Le col de cygne relie les deux corps |
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