La "gaveuse doies" du
" pays Doublaud "
Il y a 30
ans, pour améliorer leur trésorerie et aussi parce que cest sa passion, Jacqueline
y a ajouté lélevage des canards et des oies, qu elle engraisse le moment
venu, retrouvant ainsi le geste ancestral des "gaveuses" de jadis..
Jean-Pierre
- Jacqueline, pour les profanes que nous sommes, en quoi consiste lélevage des oies
et des canards.
Jacqueline - Cest
un travail de longue haleine...
Canetons et oisons
sont achetés en mai et en juin dans des élevages dont les espèces ont été
sélectionnées pour la production de foie gras. Pour les oies, je choisis
"loie de Toulouse ou celle des Landes ou encore celle du Gers". Pour le
canard, ma préférence va vers le "canard mulard" qui est issu dun
croisement de deux espèces : mâle Barbarie et cane de Rouen.
Les jeunes palmipèdes
arrivent à la ferme âgés dun jour pour les canards et de quatre semaines pour
les oies.
Nos anciens leur donnaient alors comme nourriture pendant le premier mois, un mélange
dorties hachées et de farine de maïs.
Nous navons hélas plus le temps de faire comme eux... De nos jours on leur fait
prendre un complément vitaminé pendant le premier mois seulement, pour "les
démarrer" comme on dit chez nous.
Ils sont ensuite nourris pendant quatre mois pour le canard et cinq mois pour les
oies avec un mélange de céréales (blé, maïs) produites à la ferme... Ils vivent en
liberté.
Ensuite cest le
gavage...
J. P. -
Combien de bêtes élevez vous chaque année ?
Jacq. -
Jélève 80 oies et 50 canards, ce qui semble peu, mais je préfère offrir à mes
clients pour la plupart de longue date, un produit de qualité .
J. P. - Une
fois les bêtes "venues" que faites vous ?
Jacq. - Les animaux
sont enfermés dans une étable...
Deux fois par jour, en général matin et soir, à heure régulière, pendant trois
semaines, les bêtes sont "gavées" de maïs préalablement
ébouillanté jusquà ce que leur jabot soit à chaque fois bien plein.
A côté delles, un récipient d eau pour leur permettre de boire
J. P. - Le
gavage est un geste très ancien. Comment procède-t-on ?
Jacq. -
Autrefois, la fermière sagenouillait, la bête immobilisée entre ses genoux.
Elle introduisait par le bec jusque dans lsophage, un entonnoir à long tube
dans lequel elle mettait le maïs quelle poussait à laide dune
baguette... |

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Plus tard, la baguette a été remplacée par un système de vis sans fin inclus dans
lentonnoir, et commandé à la main.
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Sur le seuil de la
porte, agenouillée, l'air grave,
Et gorgeant de maïs la bête qu'elle entrave,
La gaveuse, avec soin, escomptant de beaux foies,
Fait ainsi chaque jour, pour engraisser ses oies |

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De nos jours, un
moteur électrique remplace la main, mais le principe du gavage est resté le même.
Laction de gaver
doit se faire dans le calme et avec douceur, pour que comme le dit le vétérinaire
- les bêtes ne soient pas "stressées" et pour avoir la garantie dun foie
de qualité...
J. P. - Le
gavage terminé, les bêtes sont abattues... ?
Jacq. -
Labattage des bêtes se faisait autrefois dans une dépendance de la ferme. De nos
jours, les normes dhygiène nous imposent une salle dabattage agréée par les
services vétérinaires, dans laquelle se trouve une chambre froide.
Les bêtes sont anesthésiées
électriquement avant dêtre saignées.
Ensuite, elles sont échaudées, plumées, flambées pour faire disparaître les derniers
duvets et nettoyées dans un bain deau tiède, séchées. On les fait refroidir en
chambre froide pendant une nuit.
J. P. -
Quadvient il ensuite ?
Jacq. - Les
bêtes sont commercialisées entières pour la plupart ou découpées selon la demande du
client. Dans le second cas, la bête est ouverte et on en retire le foie que lon
vend séparément du reste appelé "paletot". Cest à partir du paletot
que lon confectionne confits et grattons.
J. P -
Parlons des foies ! Vous avez du en voir de beaux spécimens... ! ?
Jacq. - Oui, mais il
faut dire dabord que malgré les soins apportés, les résultats varient dune
bête à lautre, sans quon sache trop pourquoi.
Le plus beau foie de
canard que jai sorti pesait 1 kg, celui doie 1,5 Kg.
Le poids moyen dun
foie pour un canard est de 5 à 600 g, pour une oie de 800 g à 1 kg.
Un bon foie se reconnaît à sa souplesse et à son élasticité... Trop ferme,
cest un foie excessivement gras, qui fondra à la cuisson. Trop mou, il sera de
mauvaise qualité.
J. P. -
Jacqueline, y a-t-il un avenir "autre qu industriel" pour la
"filière gras" ?
Jacq. - Il faut
le croire et tout faire pour que lon puisse conserver les élevages traditionnels à
petite échelle. Chez nous les bêtes sont élevées à la ferme, depuis leur plus jeune
âge jusquà labattage, avec des produits garantis naturels.
Espérons que les
consommateurs en prendront conscience ...
1)
Petit village du Périgord de 113 habitants pour une superficie de 1354 ha au cur de
la forêt de la Double.
Caractéristiques : Eglise 15ème/17ème - Haut
lieu de la Résistance (monument commémoratif du Camp de Virole). |

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2) La
Double : Vaste étendue forestière de lOuest du Périgord peuplée
détangs entre Isle et Dronne. Eugéne le ROY, romancier périgourdin, en fit le
cadre de son roman, "L ennemi de la Mort".
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