Alain
vient de prendre sa retraite de scieur après plus de quarante ans d’un
métier pénible : scieur.
D’abord ouvrier, il s’est ensuite installé à son compte…
Alain,
comment avez vous été amené à faire ce métier ?.
Je
suis devenu scieur parce que c’est le seul travail que j’ai
trouvé à proximité de chez moi en 1964 , et un travail de plein
air !
Comment
s’est passé votre apprentissage ?
J’ai
d’abord commencé comme ouvrier scieur à Villeverneix (2).
L’apprentissage
était difficile car il n’y avait pas de réelle formation. On
apprenait seul et sur le tas, en regardant travailler les autres et
avec du matériel très ancien.
La
scie sur laquelle j’ai appris à travailler datait du début du
vingtième siècle.
Tout
était fait manuellement : on affûtait la lame, on l’
"avoyait" – c’est à dire qu’ on déterminait la
largeur du trait de scie- avec des pinces spéciales selon le bois, on
déterminait l ‘épaisseur du bois, l'avancement et le recul du
chariot monté sur rails qui permettait de scier .
Le
patron m’a mis tout de suite à " la scie de tête" après
une courte période au "délignage" qui consistait à
enlever l’écorce qui se trouvait sur les côtés de la planche.
Chez nous, on disait "aviver" la planche, la rendre
"vive arête".
Qu’est
ce que la scie de tête ?
Le
rôle du scieur de tête, c’est de définir à partir d’un tronc d’arbre
(ou bille comment il va être débité en planches, chevrons,
charpentes, plots* et en tenant compte de la demande de la clientèle.
Le
scieur détermine la longueur, l’épaisseur, les sections après
avoir apprécié d’un coup d’œil la qualité de la bille, c’est
à dire avoir repéré si elle a beaucoup de nœuds, de gelures, de
"roulure" (maladie du châtaignier).
*On
débite une grume (pelée ou non pelée) et on la reconstitue pour le
séchage sur des taquets : c’est un plot.
La
grume c’ est le tronc d’arbre pelé ou non. Elle est
débitée en billes ou billons.
Parlez-nous
du fonctionnement d’une scierie à cette époque…
Il y
avait six permanents à la scierie. Tout était parfaitement
organisé.
Deux ouvriers allaient chercher les billes au bord des routes le matin
et l’après midi.
Les quatre autres restaient pour le sciage.
Il y avait le scieur de tête, devant lui un manœuvre qui passait les
planches au "déligneur" qui travaillait
au "retour de lame" et enfin "le
griffeur"
C’est celui qui était chargé d’accrocher sur le chariot les
billes à scier.
Pendant
combien de temps avez vous travaillé à la scierie ?
J’y
suis resté une quinzaine d’années puis je me suis établi à mon
compte en 1984.
Comment
cela s’est-il passé ?
J’ai
d’abord acheté une scie plus performante.
Tout
y était mécanisé : le moteur, les chariots, le "griffage",
la "division" des planches, l’amenage "des
billons" et la déligneuse..
La
division consiste à déterminer l’épaisseur du débit. Les billons
ce sont les billes de bois brut de longueurs différentes.
Je
visais deux objectifs moins de fatigue, plus de rentabilité.
Parlons
de votre production...
Quatre-vingt
pour cent de la production consiste en débitage de planches de pin
pour la fabrication de palettes, de moulures et menuiserie (meubles,
parquets, portes, fenêtres..)
Le
reste c’est du débit sur commande de charpentes en chêne ou autre,
de plots pour menuiserie et ébénisterie.
Vous
venez de prendre votre retraite, Il y a-il encore un avenir pour les
petites scieries ?
Je
crois que oui, à condition de trouver des débouchés que les grandes
unités de sciage ne peuvent pas satisfaire.
La
petite unité peut répondre à des demandes sur mesure et en petite
quantité, mais de qualité, de la clientèle qui refuse la
standardisation par exemple le bois pour charpentes et menuiserie de
rénovation, la parqueterie à l’ancienne... le bois d’ameublement..
Je
crois encore à l’avenir de la petite production et de l’artisanat
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