Amicale-Généalogie

Page d'accueil                                Page précédente

AG

Une Equipe
au service
du Généalogiste Amateur

La Petite Gazette Généalogique

 

La bienfaisance et les mendiants à Paris
 aux XIV et XVème siècle

Les Hôpitaux de Paris

  "Les anciens hôpitaux ne différaient en rien des maisons de correction. Le malade, le pauvre, le prisonnier qu'on y jetait était envisagé toujours comme pêcheur frappé de Dieu, qui d'abord devait expier. "
  La maladie est envoyée par Dieu, aussi la première aide que l'hôpital doit fournir est-elle spirituelle : on appelle un confesseur. Les soins médicaux n'ont qu'une importance secondaire, l'hôpital doit, en priorité, assurer asile et subsistance à celui que la maladie a atteint.
  Il s'agit avant tout, d'un hospice et les malades n'en sont pas la clientèle exclusive, ni même privilégiée.
  Une grande  vague de fondations va s'achever avec le XIIIe siècle, les deux siècles suivants voient encore la naissance de nombreux hôpitaux qui sont d'ailleurs pour la plupart de petites institutions charitables. La toute première place revient à l'Hôtel-Dieu, placé sous la garde du Chapitre de Notre-Dame, situé à proximité de la cathédrale et que Jacques de Vitry désigne parmi les "hospitalia pietatis et dommus honostatis" les plus célèbres. Il est le plus important non seulement par ses dimensions, mais parce qu'il est l'hôpital de Paris proprement dit. Il garde, certes, le caractère d'asile, mais dispense aussi des soins médicaux et assure la tutelle des malades. Il étend sa sollicitude aux misérables impotents, à tous ceux qui sont gravement malades, aux enfants abandonnés ou sans logis, aux femmes enceintes (qui jouissent d'une salle spécialement réservée). Il ne reçoit pas ou plus de pèlerins, ce qui est conforme à la tendance des hôtels-Dieu en France à la fin du Moyen Age. Pour eux, comme pour tout "povre passan" un accueil est prévu dans d'autres établissements, surtout au vieil hôpital-hospice de Saint-Jacques-du-Haut-Pas, ainsi qu'à l'asile des pèlerins fondé par la confrérie de Saint-Jacques. Des établissements spéciaux doivent, selon la volonté des divers fondateurs, accueillir les femmes, les anciennes prostituées, les orphelins destinés à l'étude d'un métier et enfin les membres déshérités ou inaptes de différentes corporations artisanales ; en comptant les fondations de toutes espèces on peut estimer le nombre des hôpitaux et asiles de Paris à quelques dizaines.
  Il serait intéressant d'établir le chiffre de la clientèle des hôpitaux et asiles de Paris, en l'absence de données fiables, il faut s'en remettre à des estimations hypothétiques.
  Le plus grand l'Hôtel-Dieu, possédait quatre salles et 279 lits. Ils s'agissait de grands lits collectifs. Trois personnes pouvaient ordinairement y tenir (seule la salle d'accouchement contenait probablement des lits d'une personne). Cela signifie que l'Hôtel-Dieu pouvait accueillir 800 malades. On admet généralement qu'au cours du XVe l'établissement a entretenu, journellement, quatre à cinq cents personnes. L'hôpital héberge annuellement – si l'on omet les années d'épidémies où le seul nombre des morts pouvait atteindre 5000 –  plus de 1500 personnes dont le tiers étaient des malades n'en sortant que pour le cimetière, sans tenir compte des misérables auxquels l'hôpital accordait son assistance ou même un toit pour la nuit...
  L'hôpital des aveugles et les léproseries méritent une mention particulière. La maison pour aveugles fondée par Louis IX devait accueillir, selon la volonté de son fondateur, trois cents aveugles d'où son nom des Quinze-Vingts.  Il était réservé aux aveugles originaires de Paris et leur admission subordonnée à l'accord de l'aumônier royal. On y admettait aussi un certain nombre de personnes en bonne santé : le personnel de l'hôpital, les guides et les femmes des aveugles.  Ces pensionnaires y avaient un gîte assuré (soit dans le bâtiment principal ou dans des maisonnettes construites sur le pourtour) et recevaient une certaine portion de nourriture. Il leur était toutefois permis de mendier en ville, activité à laquelle se livraient également les congrégations (les statuts obligeant les quêteurs à rendre un compte exact des recettes à la direction).
  Par groupes de trois couples, ils parcourent Paris en gémissant pour éveiller la pitié des passants, mais leur progression trébuchante et tâtonnante n'éveille souvent que moquerie et dérision, comme l'illustre Rutebeuf. 

li rois a mis en I repaire
Mais ne sai pas quoi faire,
Trois cens aveugles route à route
Parmi Paris en vat trois paires,
Toute ior ne fine de braire ;
Au trois cens qui ne voyent goute,
Li uns sache, li autre boute.  

 Dans le cas des lépreux, la peur de la contagion commandait de les isoler le plus strictement possible. Les fondations qui leur étaient destinées avaient autant pour but de leur assurer des moyens de subsistance que de les isoler des l'agglomérations. Les léproseries parisiennes sont situées hors les murs, mais à faible distance. On peut ainsi les approvisionner facilement et cela permet aux lépreux d'utiliser leur droit à mendier une fois la semaine. Distingués par leur habit, par le bruit de la crécelle qui annonce leur maladie aux passants, ils peuvent compter sur une aumône qu'ils devront plus à la peur qu'à la pitié.

  A suivre... 

La Bienfaisance et ses Clients
Les Mendiants

Evelyne
Sources : Bronislaw Geremek, 
Les Marginaux parisiens Ed Flammarion 1976

© 2001 - 2004 - Amicale-Généalogie