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Une Equipe
au service
du Généalogiste Amateur

La Petite Gazette Généalogique

 

 

DE 
NAPOLEON

   A 
   PASTEUR

Quand une famille de "chez nous"
se mariait avec l'Histoire de France

La première partie  de l'histoire vous a permis d'assister, le premier mai 1810, à un mariage un peu exceptionnel dans la paroisse d'Ervy le Châtel, car célébré en grande solennité aux frais de l'Etat et largement doté par Napoléon lui-même. Traversant le XIXème siècle, c'est avec la plus jeune des petites-filles de ce couple Vincent GUERBET - Edmée SIMON que nous allons cette fois nous attarder : c'est par elle en effet que nous allons aborder un nouveau pan de l'Histoire de France, dans le sillage du grand biologiste qu'a éte Louis PASTEUR (1822 - 1885), le génial inventeur de la microbiologie.

  Quoique inscrite sur le registre de l'état civil de Montfey - pour être née au hameau, aujourd'hui disparu, de Colimon le 18 juin 1874 - sous les prénoms officiels d'Alexandrine Armantine, c'est au simple nom de Marie qu'elle répondra toujours dans la vie courante. N'ayant guère que six ans quand ses parents viennent s'installer à Ervy, elle va, tout d'abord et pendant quelques mois, y fréquenter l'école libre des Ursulines, faute d'autre établissement d'éducation réservé aux filles, avant d'entrer dans la classe de madame TRUCHY-BONNIN, la toute première directrice d'école laïque de filles, lorsque celle-ci sera ouverte en mai 1882.
  Du moins y aura-t-elle appris, tant bien que mal, à lire et à écrire quand , à 13 ans, ses parents toujours aussi besogneux se hâtent de la "placer" comme aide aux cuisines chez Gustave ROUSSEAU, un hôtelier-restaurateur du haut de leur Grande-Rue, qui, dans la région, s'était déjà acquis un solide renom en traitant maints banquets et repas de noces groupant souvent bon nombre de convives.
  A l'issue d'un tel apprentissage suivi à bonne école et toute mineure qu'elle soit encore, notre Marie monte à Paris et s'y engage comme cuisinière dans une famille bourgeoise du 15ème arrondissement, quartier de Vaugirard. En cette qualité, sans doute lui arrive-t-il assez souvent, sinon quotidiennement d'aller faire les emplettes nécessaires à ses fourneaux, tant au marché que chez les commerçant du voisinage. Est-ce à la faveur de ces sorties qu'elle a occasion de croiser le chemin d'un jeune employé de laboratoire qui, peut-être à partir d'un premier sourire, osera lui adresser la parole ? Débuts d'une idylle qui, au fil des mois, jettera les bases d'un commun avenir entre nos deux amoureux.
  Quant à notre "futur" Jean Baptiste JUPILLE, un nom aujourd'hui peut-être un peu oublié, natif du petit village nord jurassien de Port-Lesney le 30 novembre 1869, il a eu, neuf ans auparavant, son heure de célébrité pour avoir été le héros d'une histoire peu banale qui aurait pu finir tragiquement.
  Ce jour-là, 14 octobre 1885, avec l'aide de cinq petits camarades plus jeunes que lui, il gardait un grand troupeau de moutons, comme berger communal du chef-lieu de canton de Villers-Farlay où son père était garde-champêtre, quand surgit un chien errant dont la gueule ruisselante de bave ne pouvait laisser aucun doute sur son caractère dangereusement enragé. Pour couvrir la fuite de ses camarades, Jean-Baptiste n'hésite pas à affronter la bête, armé seulement de son fouet. Malgré plusieurs morsures profondes, notamment à la main gauche, l'adolescent parvient à terrasser l'animal, à lui museler la gueule avec la lanière de son fouet, puis à l'assommer à coups de sabot, avant d'aller le noyer dans un proche ruisseau.
  Aussitôt averti, Pierre-Joseph PERROT, le maire de Villers-Farlay, écrit sur le champ à PASTEUR qu'il connaît pour l'avoir déjà rencontré lors des vacances que ce dernier passe généralement dans sa maison familiale d'Arbois (ville située à une dizaine de kilomètres plus au sud) ; tout récemment, il a même eu vent de la première vaccination antirabique que PASTEUR vient, en couronnement de quatre année de recherche, de pratiquer avec succès, mais non sans hésitations, sur un humain, en la personne du petit Alsacien Joseph MEISTER.
  Réponse, par retour de courrier, du savant qui, désormais, fort de son premier succès remporté contre le virus rabique sur un humain, accepte d'emblée une seconde expérience. Assuré de sa thérapie, il n'en a pas moins encore un souci : son premier patient était mordu de fraîche date, à 60 heures près, mais, cette fois, le traitement risque de n'être appliqué qu'au moins six jours après la morsure. A quelle limite de temps tient le succès ou l'echec de la vaccination ? Par contre, que la famille n'ait aucun souci d'intendance : au vu de l'état de fortune familial, PASTEUR offre de subvenir aux besoins de la victime et de la loger auprès de lui, dans une chambre annexe du laboratoire, rue d'Ulm.

Le temps de collecter à Villers-Farley de quoi payer un double billet de train Mont-sous-Vaudrey - Dôle - Dijon - Paris, et, au matin du 20 octobre, dès son arrivée, notre Jean-Baptiste est immédiatement et énergiquement pris en main : injection par seringue de moelle rabique de moins en moins atténuée pendant plusieurs jours... Au point qu'une dizaine de jours de ce traitement intensif suffit à mettre le mordu hors de danger et à lui permettre de regagner son Jura natal début novembre.
  La sollicitude de notre savant ne s'arrête pas là : dans sa poche, notre adolescent rapporte un livret de Caisse d'Epargne sur lequel l'Institut de France va bientôt verser la somme alors fort coquette de 1000 franc-or. En effet, à l'Académie Française dont il est membre depuis 1881, PASTEUR plaidera chaleureusement la cause du jeune et courageux berger pour lui faire décerner le Prix Montyon de vertu destiné à récompenser, à l'échelon national, un Français pauvre qui se sera fait remarquer par une action héroïque. 


Inoculation du virus de la rage
 au berger JUPILLE

  Sans compter que cette nouvelle guérison va rencontrer dans la presse un retentissement bien plus grand que celle du petit MEISTER intervenue au début des vacances d'été. Et cela tant pour le savant que pour notre Jean-Baptiste dont on ne tarit pas d'éloges sur son courage et son dévouement. Mieux même, le sculpteur TRUFFAUT réalise en son honneur un groupe en bronze commémorant sa lutte avec l'animal enragé, groupe qui sera par la suite placé dans le jardin de l'Institut PASTEUR, quand celui-ci sera inauguré à la fin de 1888.
  C'est là qu'alors Jean-Baptiste viendra vivre, d'abord comme garçon de course puis de laboratoire, au moment où débute son idylle de rencontre dans les rues de Paris. Idylle qui va trouver sa conclusion à Ervy le 3 novembre 1894, à 10 heures du matin. Ce matin-là, c'est en queue d'un cortège, cette fois bien modeste, que notre héros gravit l'escalier intérieur de notre halle, qui va, pendant cinq années encore, rester le siège de notre mairie, et se présenter, aux côtés de celle qu'il ne connaît que sous le prénom de Marie, devant Delphin MILLOT, pour lors maire d'Ervy assisté, selon la formule consacrée, de son fidèle secrétaire Paul THOMAS. Orpheline de père et encore mineure, la jeune épouse est entourée de sa mère Florence et de deux de ses beaux-frères, ses témoins. Quant à Jean-Baptiste, faute de moyens, ses parents, tout en donnant par écrit leur consentement, sont restés à Villers-Farlay.
  Et notre couple de s'en revenir à sa rue Dutot où, dès le 25 août 1896, va leur naître une petite Louise qui restera leur unique enfant et fera, sans surprise, carrière d'employée de laboratoire à l'Institut, sans avoir occasion de se marier. Conséquence de la Première Guerre mondiale qui fauchera tant d'hommes jeunes ?


Le berger JUPILLE en uniforme, 
en 1913, devant son propre 
monument à l'occasion du 25ème anniversaire de l'Institut

Entre temps, Jean-Baptiste et son épouse vont devenir les concierges de l'Institut, et, plus spécialement pour lui, y occuper le poste de gardien-chef arborant fièrement un bel uniforme qui en fera la coqueluche des visiteurs et des journalistes jusqu'à devenir la personnalité la plus photographiée du quartier Montparnasse-Vaugirard, surtout quand il consent à poser devant le monument commémorant un instant exceptionnel de sa vie.
  

  Parvenus à l'heure de la retraite, Monsieur et Madame JUPILLE se retireront dans le modeste pavillon qu'ils ont acquis dans la banlieue sud-ouest de Paris, à Joinville-le-Pont. C'est là qu'ils mourront tous deux, mais, si Jean-Baptiste continue de reposer dans le cimetière de son dernier domicile, sa veuve, décédée le 20 aoît 1947, comme sa fille morte dans son XVIème arrodissement le 10 février 1960, tiendra à reposer à Ervy dans la tombe familiale des GUERBET, c'est-à-dire au plus près des sources ancestrales.
    

Voir rectificatif concernant la descendance de Jean Baptiste JUPILLE

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Sources : Robert Messac

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