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au service
du Généalogiste Amateur

La Petite Gazette Généalogique

 

 

DE 
NAPOLEON

   A 
   PASTEUR

Quand une famille de "chez nous"
se mariait avec l'Histoire de France

Une certaine Melle Louise JUPILLE, pendant une décennie à peine, s'en était venue couler une discrète retraite d'employée parisienne de l'Institut Pasteur, dans la petite maison de ses grands-parents maternels GUERBET. A condition d'être Ervytains de longue date, certains de ses voisins n'ont peut-être pas encore oublié celle qui repose aux côtés de sa mère et de ses aïeux dans un caveau de famille au cimetière d'Ervy le Châtel

 Revenons d'abord deux siècles -ou presque- en arrière, précisément en avril 1810, 
au beau milieu d'un Premier Empire alors à son apogée.

  Désireux d'avoir une descendance directe que n'a pu lui donner l'Impératrice Joséphine, Napoléon vient de la répudier par consentement plus ou moins mutuel depuis le 14 décembre 1809, pour bien vite épouser "un ventre", comme il l'a dit brutalement. Ce second mariage avec l'archiduchesse Marie-Louise de HASBOURG-LORRAINE a lieu solennellement à Vienne, quoique par procuration, le 11 mars 1810 d'abord. Le mariage civil, célébré le premier avril au palais de Saint-Cloud, suivi le lendemain d'une cérémonie religieuse célébrée par le cardinal FESCH, oncle maternel de l'Empereur, dans le salon carré du Louvre transformé en chapelle, ne seront plus dès lors que de simples formalités.

  Devenu ainsi l'époux d'une des premières princesses d'Europe car fille des HASBOURG, Napoléon ne peut cacher sa joie. Cette union fait de lui l'égal des rois comme gendre de l'Empereur François II d'Autriche et, par cette alliance, à la fois arrière-petit-fils de la grande impératrice Marie-Thérèse et petit-neveu de la dernière reine de France Marie-Antoinette, et donc de Louis XVI.
  Désireux d'associer ses sujets à une union aussi flatteuse pour lui-même, Napoléon décide, par décret daté de son palais de Compiègne le 25 mars 1810, d'accorder diverses mesures de grâce, notamment en faveur de certains détenus pour dettes, ou encore d'amnistie pour les déserteurs ou réfractaires à la conscription militaire. L'article 5 de ce même décret pousse encore plus loin la libéralité : "Six mille militaires en retraite, ayant fait au moins une campagne, seront mariés le 22 avril prochain, avec des filles de leurs communes, auxquelles il sera accordé une dot de 1200 francs à Paris et de 600 francs dans le reste de l'Empire". Et ce, à raison d'une seule dotation par juridiction de justice de paix, c'est-à-dire par canton.
  La désignation des heureux bénéficiaires d'une telle faveur incombe à une commission que désigne, par arrêté daté du 2 avril, le tout nouveau Préfet de l'Aube Charles CAFFARELLI, sur proposition de son secrétaire général Jean-Baptiste GAYOT, bien connu à Ervy en raison de ses attaches conjugales. Placée sous la présidence du juge de paix local Adrien de COURTIVE et composée de deux maires (Guillaume EVRAT-MOURON d'Ervy et Etienne GILLOT de Chessy) et de deux curés (Pierre COLIN d'Ervy et Jacques BOSSUOT de Saint Pal), cette commission, réunie dès le 11 avril, se choisit d'abord un secrétaire en la personne du directeur cantonal des Postes, Louis-François CHRETIEN, et s'enquiert tout de tout de suite auprès des 12 autres maires du canton des projets matrimoniaux susceptibles de répondre, dans leur commune, aux critères exigés. Dans la semaine, on ne signale guère qu'un seul couple de "promis" remplissant les conditions, à un détail près : les deux "futurs" n'habitent pas la même commune, mais qu'à cela ne tienne ! On ne peut faire meilleur choix !

  Notre "futur", Vincent GUERBET, habite le Petit-Bois, un des hameaux encore existant de la commune de Montfey où il est né le 15 novembre 1787, dans une famille installée là quelques 35 ans auparavant, comme "couvreurs en paille", une profession que, chez les GUERBET on exerce de père en fils, mais aujourd'hui, et comme eux, totalement disparue de nos régions. D'abord compagnon de travail de son père (1753 - 1806) et de son frère aîné (1784 - 1864) répondant tous deux au prénom de Jean-Baptiste, notre jeune homme ne pourra échapper à la conscription de sa classe 1808.
  Affecté comme grenadier au 69ème Régiment de ligne, son instruction militaire à peine terminée, le voici lancé, d'avril à juillet 1809, dans les longues marches et périlleux combats de la 5ème coalition, d'abord à travers la Bavière, puis en Autriche. Plus heureux que le maréchal LANNES qui sera mortellement atteint, le 22 mai, lors du sanglant combat d'Essling, c'est à son tour d'être grièvement blessé, le 6 juillet, lors de la bataille, victorieuse celle-là, de Wagram, quand un éclat d'obus lui fracasse le genou droit, faisant de lui un éclopé mutilé de guerre désormais inapte au service . Réformé et libéré par un congé définitif qu'on lui délivre à Luxembourg le 24 octobre, il s'en revient, claudicant, au pays natal pour y reprendre, par nécessité et tant bien que mal, le seul métier qu'il connaisse et songer sérieusement à "s'établir" en se fondant un foyer. Il n'a encore que 22 ans et demi à peine.
  D'ailleurs, un cousin germain de son âge, Jean RABIAT, à qui notre Vincent s'est ouvert de ce beau projet, va l'y aider en lui faisant faire la connaissance d'une sienne cousine, une certaine Edmée SIMON, 23 ans, fille d'un charpentier de Courtaoult. Orpheline de père et de mère, celle-ci s'est "mise en condition" moyennant gages à Ervy chez Pierre-Louis VARLET, un notable, ancien homme de loi et veuf de longue date. Et pour avoir eu ainsi occasion de l'avoir sur place vue à l'oeuvre, trois de nos commissaires attestent personnellement de la "bonne réputation" acquise par cette jeune et solide servante aussi laborieuse que sérieuse.
  Déjà, les choses étaient suffisamment avancées entre nos deux "promis" pour projeter leur union, sans toutefois en fixer la date avant l'automne prochain. La surprenante aubaine qui leur échoit va précipiter leur décision, d'autant que maintenant certains problèmes préalables à leur installation se trouvent ainsi résolus. En effet, à ne tenir qu'à sa seule valeur faciale, la dot en question, apparemment d'un montant bien modique pour nous, ne l'est pas du tout en cette période du Premier Empire, surtout aux yeux d'une petite domestique comme notre Edmée, car ces 600 francs-or ne représentent,  pour elle, pas moins de quatre années de gages, constituant donc un bien joli pécule pour qui, à son exemple, entend "se monter en ménage".
Le temps de respecter le délai légal -dix jours dont deux dimanches consécutifs comme de nos jours - pour la publication des bans, tant à Montfey qu'à Courtaoult et Ervy, et mettre au point le cérémonial officiel civil et religieux de ce mariage qui est appelé à un grand apparat, car célébré aux frais de l'Etat... Et ce n'est que le mardi 1er mai, sur le coup des dix heures, que Vincent et Edmée sont conduits, en musique, à travers la ville, en un long cortège de notables communaux et cantonaux, entre deux files de gardes nationaux en grand uniforme et en armes, au milieu de bien des curieux rassemblés dans une allégresse de commande.
  Avec leurs témoins respectifs qu'exige la loi - le frère aîné Jean Baptiste et le cousin Jean RABIAT déjà connu, pour l'un ; l'oncle charpentier Nicolas SIMON et le beau-frère Henri GILLIER, tonnelier à Chessy, pour l'autre - nos "futurs" comparaissent devant monsieur le Maire qui les attendait dans la salle haute de la Porte Saint-Nicolas abritant les services municipaux depuis 1790. Un peu plus tard, sur le seuil de l'église Saint-Pierre-es-Liens, ce sera au tour des curés COLIN et BOSSUOT de les accueillir, avant de concélébrer la messe de leur mariage.
  A l'issue de cette double cérémonie dont la sortie sera ponctuée, comme le veut la coutume locale, de quelques salves de mousqueterie, chacun tient à l'honneur d'apposer sa signature au bas d'un acte qui, ne serait-ce qu'à l'Hôtel de Ville, remplit presque quatre pages du registre ad-hoc. Mais parmi la bonne vingtaine de paraphes qui y figurent, en vain chercherait-on la marque des jeunes mariés qui ne savent signer et encore moins écrire. Dommage également qu'on ait point conservé le texte des harangues ou sermons, à coup sûr laudatifs, sinon même dithyrambiques (comme le veulent époque et régime), déclamés moins en l'honneur des "héros" du jour qu'à l'adresse d'un souverain pour lors adulé dont on se doit de louer la générosité et la bienfaisance.
  Au lendemain de pareille fête, les nouveaux époux s'en reviennent s'installer au Petit Bois pour y demeurer jusqu'à leur décès survenu respectivement le 23 août 1849 pour Vincent et le 6 mai 1854 pour Edmé en laissant derrière eux deux fils et une fille. Leur aîné, prénommé Vincent, lui aussi, comme son père, abandonnera très vite les toitures pour revêtir, loin de son pays, l'uniforme de la gendarmerie royale puis impériale. Par contre, resté fidèle au sol natal, le cadet Alexandre, né le 28 juin 1820 d'abord couvreur en paille par tradition familiale, attendra la disparition de son père pour changer de métier en devenant petit cultivateur, toujours sur le territoire de Montfey, mais dans le petit hameau tout proche de Colimon (aujourd'hui quasiment disparu).
  C'est dans ce même hameau que, l'année précédente, il s'est trouvé femme en la personne d'une belle et solide "jeunesse" de 19 ans, Marie Florence, une enfant trouvée que l'hospice civil de Troyes y avait placée comme servante de ferme chez le cousin RABIAT. Vers 1880, tous deux se retireront à Ervy et y finiront leurs jours, l'un le 9 février 1893, l'autre le 28 novembre 1914, dans la petite maison évoquée plus haut au milieu de la Grand-Rue (aujourd'hui rue du 14 juillet). Célébrée à Montfey le 20 septembre 1848, leur union donnera jour à cinq enfants dont le seul fils, Alexandre Florentin (1867 - 1925), ira se fixer à Sormery, dans l'Yonne, à la suite d'un mariage qui restera sans descendance. Des trois filles survivantes, nous ne suivrons d'autre destin que celui de la benjamine, car c'est par elle que nous allons retrouver encore une fois un pan de l'Histoire de France, dans le sillage de la sommité scientifique mondiale qu'était alors (et qui l'est resté) le biologiste Louis PASTEUR (1822 - 1895)

 

La mère de Louise JUPILLE ne repose dans le caveau familiale d'Ervy le Châtel
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A suivre...

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Sources : Robert Messac

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