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La Petite Gazette Généalogique

 

 PARIS  EN 1812

Les moeurs

 Le luxe est partout, il n'est guère de bourgeois qui ne rêvent de renouveler leur mobilier ou la garde-robe de leurs " dames ". Toutes les bourgeoises ne mènent pas la vie serrée de Mme Moitte et, si César Birotteau n'en est pas, en 1812, à se jeter dans les excès de luxe qui le ruineront en 1820, c'est qu'il n'est encore qu'un trop petit sire;  mille Birotteau font en 1812, ce que César fera en 1820 ;  ils dépensent pour être à la hauteur. " A en juger par la quantité de boucles de souliers en or et  de dés en or qui ont été vendus à Paris pour les étrennes, a écrit le 11 janvier 1808, le Journal de l'Empire, il y a beaucoup plus de richesse et de luxe qu'autrefois. L'or est d'ailleurs à la mode et on en surcharge l'ameublement. Le luxe est partout, Salgues écrira, dans son tableau de Paris, qui paraîtra en 1813 : " il n'est pas une petite bourgeoise qui ne préfère un piano à un métier à broder, qui ne veuille danser comme une artiste de l'Académie Impériale, chanter comme Mme Pasta, danser comme une duchesse et se parer comme une femme de banquier. Cent mille francs de dot ne sont plus rien aujourd'hui. Un voile, un châle, suffisent pour en dévorer le produit" .

 Mais c'est certainement pour les dépenses de " la table " que, à des échelons très divers de cette société, l'on jette l'argent sans compter. La gourmandise, signalée dès l'époque du directoire et pendant le Consulat, comme un trait marquant de la nouvelle société, reste, sous l'empire, le plus courant des péchés capitaux.

Lorsqu'on  connaît "les bonnes adresses", on se procure en une demi-heure, si l'on a quelque argent, les éléments d'un fin repas. La boutique de Chevet ne désemplit pas, d'autant qu'elle est fort étroite ; on y livre, en particulier, des perdrix du Périgord, des mauviettes de Pithiviers, des foies gras de Toulouse et un certain bœuf fumé de Hambourg qu'on est tenté de proclamer "divin". Divines aussi les confiseries de Berthelemot ou de Lemoine ; mais c'est au Fidèle Berger que l'on trouve ces bonbons qu'a, cinquante ans auparavant, inventés le cuisinier des Choiseul-Praslin – les pralines – et ce n'est qu'au Grand Monarque que l'on achète "le roi des chocolats".

Même si l'on n'a pas recours à Chevet et à ses concurrents, Hyrment, Corcellet et autres, on peut, chez soi, faire de petits festins. La bourgeoisie modeste ne s'en prive pas. On peut se nourrir largement et finement à assez bon compte. La bonne Madame Moitte note toutes ses dépenses : nous savons donc qu'un pot-au-feu de 8 livres se payant 5 francs, un kilo de jambon 2 fr 50, on a, pour 30 sols, un perdreau, pour 60 un poulet ou un canard. Il ne lui en coûte que 3 francs pour offrir une belle poularde aux amis de Moitte ; elle paie les artichauts 8 sous la pièce, un œuf frais 3 sous; elle achète du beurre fin pour 1 fr 80 sols la livre et, dans ces conditions, elle peut régaler copieusement ses amis : un repas hebdomadaire composé d'une soupe grasse, de radis, beurre et cornichons, de bouilli, de deux poulets, de petites pâtes, de côtelettes, d'une poularde aux truffes, de deux perdreaux, d'une salade, de choux-fleurs, d'une charlotte avec biscuits de Savoie et tartelettes, de fromages et de confitures. Tout naturellement suivent le café et les liqueurs et, comme on peut encore avoir faim, "des petits biscuits, des bonbons et des conserves de pêches", tout cela arrosé de vins appréciables.

De l'époque du Directoire, il est resté à beaucoup des Parisiens, une habitude que n'avaient jamais même pu concevoir – et pour cause – les gens de l'ancien régime : celle des repas aux restaurants. Les restaurants ont très rapidement connus une vogue qui en a amené la multiplication, ainsi que le pullulement des cafés où, souvent, l'on trouve aussi à manger. Les enseignes de Naudet, Véry, les frères provencaux, Beauvilliers, Champaux, les cafés Foy, de Valois, Corazza, Lemblin, de la Rotonde sont renommées à Paris, mais aussi dans le Pays où les provinciaux rapportent de Paris, à ce sujet des propos exaltants. C'est qu'ils servent à leurs clients des menus copieux,  variés et succulents. La "carte de Véry" est célèbre avec ses "deux cents mets". On s'approche de l'établissement l'eau à la bouche; "Il faut voir nos gourmands, l'œil brillant, les narines frémissantes, l'estomac déjà dilaté, écrit Jouy, se pencher sur l'interminable liste des plats".

 Un autre grand plaisir de cette société,  c'est la danse. Une véritable dansomanie née à Paris au lendemain même de Thermidor et qui durera tout au long de l'empire : l'on danse dès que l'on est plus de quatre. La cour danse, les gros et petits bourgeois dansent, et, dans le peuple même, toute fête se traduit immédiatement par la danse. Ce ne sont pas seulement les jeunes qui se livrent éperdument à ce plaisir, mais les gens de tout âge. Napoléon d'ailleurs, est, ici, tout à fait consentant : s'il danse mal, il aime qu'on danse, des Tuileries au Vauxhall. Il préfère voir ses sujets se passionner pour les entrechats que pour la politique et, il trouve fort mauvais que les prêtres prêchent contre les bals populaires. Un peuple qui danse, dirait-il, n'est pas prêt de s'agiter.

 Ce qui  préoccupe plus l'Empereur, c'est la recrudescence de la prostitution en cette année 1812, il écrit à Savary : "Les filles de joie inondent les carrefours et de nouvelles maisons de prostitution ont été ouvertes. Réprimez l'audace de ces misérables et faites en sorte que le mal au lieu d'augmenter, diminue".

 Un vice continue à dépraver une partie de cette société parisienne, celui du jeu, une folie du jeu que Napoléon a tenté de régulariser par l'établissement de la Ferme et l'obligation de l'autorisation pour les maisons de jeu. Mais à côté des maisons comme la Ferme, des maisons clandestines s'ouvrent, où plutôt s'entrouvrent, remplies par un public interlope. Toutes les classes parisiennes se ruent autour des tapis verts. Au Palais-Royal les trois maisons autorisées connaissent, chacune, un public très différent, "depuis le n° 113 qui reçoit des ouvriers dans leurs tenues de travail jusqu'au n° 124 où l'on est au contraire, fort difficile pour la tenue". Comment d'ailleurs, s'étonner de voir, tous les soirs, les cent salles de jeu déborder de clients lorsque l'on sait que la dévorante passion sévit jusque dans les maisons les plus respectables ? Dans tous les salons – des plus hauts aux plus modestes – on joue avec passion – ne serait ce qu'à 1 sol la fiche.

C'est là, comme ailleurs, que se traduit cette démesure qui, après les excès de la Révolution se révèle dans la nouvelle société et dont Bonaparte a rêvé de guérir la nation.

 A suivre : Les distractions de Paris

Evelyne                           

 

Sources : Louis Madelin la Nation sous L'Empereur

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