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La Petite Gazette Généalogique

 

 PARIS  EN 1812

Habitat et mode de vie

  Le contact matériel était alors étroit entre les Parisiens de toutes classes ; exception faite pour certains quartiers aristocratiques, presque entièrement bâtis d'hôtels dont certains étaient de petits palais, ou, au contraire, pour certains faubourgs lointains, où ne se rencontraient qu'artisans et ouvriers – Faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau -, les usages d'habitation excluaient l'idée de "quartiers riches" et de "quartiers pauvres". La même maison abritait souvent riches et pauvres. Les marchands occupaient les boutiques (peu de maisons en sont dépourvues), les gens riches le premier, les gens aisés le second, les salariés le troisième, les ouvriers le quatrième, les pauvres les étages supérieurs, et, comme il n'y a pas encore d'escaliers de service, ces locataires de fortunes si diverses, se rencontrent dans le grand escalier et, sans fraterniser nécessairement, se connaissent et, dans une certaine mesure, parfois se lient.

  Chaque classe a sa manière de vivre, mais si l'on parle de la vie parisienne, c'est celle d'une certaine bourgeoisie qui va des hommes de loi, hommes d'affaires, hommes de lettres, hommes de science, hommes de l'art, aux fabricants et gros commerçants, qui en face du monde officiel groupé à la Cour et du monde des salons avec lesquels d'ailleurs il peut lui arriver de voisiner, constitue la société proprement parisienne.

  L'appartement bourgeois – situé au premier  ou au deuxième étage -, s'ouvre généralement sur une pièce qui, souvent dallée de carreaux blancs ou rouges, sert de salle à manger aussi bien que d'antichambre ; elle donne accès au salon ; ce salon mène à deux ou trois chambres, car toutes les pièces, alors, suivant l'expression consacrée, se commandent. Dans ces chambres on chercherait en vain un cabinet de toilette et dans cet appartement une salle de bain : le Parisien n'était pas l'homme le plus propre du Monde ; en tout cas ne devait-il pas se livrer à de très grandes ablutions : dans un obscur réduit qui, de l'autre côté de l'alcôve, fait pendant à une étroite penderie, un mince lavabo – le mot est nouveau – offre une cuvette et un "pot à l'eau".

  L'appartement est souvent assez paré, mais ne brille pas toujours par la propreté. On y entasse trop de meubles, de tapis, de vases, de lampadaires pour qu'il soit facile, si l'on ne possède pas un nombreux domestique, d'y faire régner un ordre scrupuleux. Or, la plupart des bourgeois n'ont, en général, qu'une domestique – "bonne à tout faire". On paie peu ces auxiliaires –telle bourgeoise donne à une domestique qui a tous les mérites 17 francs par mois, plus 24 francs d'étrennes – et l'on exige beaucoup d'elles. Il n'est pas étonnant qu'il se glisse dans le nombre de mauvais éléments ; "de la mauvaise graine" s'écrie Madame Moitte *(1) les vols se multipliant, il faudra que la police se décide à réglementer le "placement". Il le sera par arrêté du préfet de police du 20 mai 1813.

  Les intérieurs manquent de ce que nous appelons le confort ; l'éclairage et le chauffage sont également médiocres. Les pièces de réception – salle à manger et salon – sont éclairées par des lampes à "pompe" alimentés à l'huile qui ne s'éloignent guère des plus antiques modèles, les bougies ne devant se faire abordables que vers 1830, on ne s'éclaire dans les chambres qu'à la chandelle. Une dame, dans son journal, note que, chez une de ces amies, pourtant fort aisée, la table était, un soir de grand dîner, éclairée par de "vilaines chandelles puantes". Les allumettes viennent d'être inventées – en 1809 -, mais, beaucoup de gens les jugeant  "dangereuses", on continue donc à user du "briquet" à mèche d'amadou.

  Le chauffage lui même est défectueux et l'on n'abuse pas des brocs d'eau chaude. On ne se chauffe qu'au bois dans des cheminées souvent étroites, et comme "l'Auvergnat", qui n'est pas seulement porteur d'eau, mais fournisseur de bois, fait payer (d'après le journal de notre ménagère) "la voie du bois" (une charrette moyenne) 38 francs, on y regarde, et disons le, on gèle dans ces appartements parisien.
En 1812, il faut bien, des chambres à la cuisine, s'en tenir au bois de "l'Auvergnat". La cuisinière use du potager au charbon de bois pour les courtes cuissons, du feu de la cheminée pour les rôts à la broche et, pour le pot-au-feu, du système de la crémaillère. Et tout ceci fait, en fin de compte, une très bonne cuisine.

  La cuisine est pour les Parisiens de 1812 chose importante. Cette société est, en effet, composée de gros mangeurs et de fins gourmets.
On prend quatre repas par jour. Au saut du lit (on se lève à 6 ou 7 heures), on avale la tasse de café au lait ou à défaut de chocolat (le café coûte cher, 7 à 8 francs la livre et ne se trouve pas facilement en raison du Blocus) ; à 10 heures, on fait une collation sérieuse, œufs, viandes grillées ou froides, beurre, dessert – on appelle ces repas "déjeuners à la fourchette". Le dîner se servait, sous l'ancien régime, à 3 heures et même parfois à 2 heures ; mais la révolution a changé tout cela ; on dîne à 5 heures. Le dîner est le repas important de la journée. Même dans de modestes intérieurs, il comporte cinq ou six plats solides, mais, par surcroît, on a pris l'habitude de souper avant le coucher, vrais dîners nocturnes, vers 9 ou 10 heures du soir. 

 Pour en revenir au témoignage de la vie bourgeoise du couple Moitte, la maîtresse de maison, très digne femme, ménagère dans l'âme, fait honneur à ses médiocres ressources. Habitant un second étage, quai Malaquais après 1804, le ménage reçoit très largement ses amis, mais possédant une très belle chambre, meublée d'un très beau lit à rideaux de taffetas bleu, d'une commode d'acajou à pieds bronzés, d'un secrétaire et d'un chiffonnier de même style, d'une table à la Tronchin et de fauteuils en bois de merisier, et ornée d'une pendule dorée voire de quelques objets d'art, Mme Moitte, par économie, n'hésite cependant pas à pendre à l'âtre de cette noble pièce la marmite du pot-au-feu.

  Quoique n'ayant guère que 5 000 livres, non de rentes, mais de revenus totalisés, le ménage ne vit pas chichement. C'est que la courageuse ménagère fait ses courses elle-même et bataille avec les fournisseurs ; on la voit, un jour, fort tourmentée parce que le marchand de volaille lui a fait tort de 8 sols. Rentrée chez elle, Mme Moitte, si la servante est absente, fait elle-même la cuisine ou répare les vêtements ;  mais elle reçoit ses amis, tous les vendredis, à 7 heures du soir, et donne de grands dîners, dont les menus, (qu'a coup sûr on tenait pour fort ordinaires), nous étonnent par leur abondance et leur succulence. Au cours des réceptions ou après les dîners, on joue – reversi ou brelan courant – ou bien aux "jeux de famille" innocents, les pincettes, le pèlerin, les jonchets, et même on danse parfois un peu. Comme on lui rend ses politesses, le ménage va souvent déjeuner ou dîner "en ville" chez de bons amis ; Mme Moitte y apporte un certain esprit critique et, trouvant excellent ce qu'elle sert, estime généralement moins bon ce qu'on lui sert. Mais ces relations impliquent quelque toilette, et Mme Moitte s'emploie à remettre à neuf robes et chapeaux. Se levant à 5 heures en été, à 7 heures en hiver, - "à la chandelle" -, elle suffit à toutes les tâches – sans geindre  – et y gagne sou par sou, des économies telles qu'à la mort de son épouse, le statuaire apprendra avec stupéfaction qu'elle a placé 25 000 livres au Mont-de-Piété.

 L'active Mme Moitte – qui d'ailleurs a, toute sa vie, exercé dans son ménage, l'autorité la plus absolue – n'est pas une exception : à lire d'autres témoignages il semble que ce couple soit représentatif d'un ménage de Parisiens moyens de l'époque et que l'on pourrait le multiplier par vingt mille. Très différent du bourgeois cossu du XVIIIème siècle, le ménage Moitte présente un type qui va se perpétuer cent ans à Paris.

  A suivre : Les moeurs 

Evelyne                           

 1-  Il s'agit de la femme du statuaire Moitte, membre de l'institut. Elle a laissé un journal riche d'informations sur la vie quotidienne de son époque.

Sources : Louis Madelin la Nation sous L'Empereur

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