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La Petite Gazette Généalogique

 

 PARIS  EN 1812

Visage de la Capitale 

  Paris a gardé un caractère de vieille cité aux maisons basses et serrées, aux toits et murs noircis aux rues étroites, parfois sinueuses, souvent obscures. C'est encore à peu de choses près la "Grand-Ville" du bon roi Henri, et, si certains quartiers riches se sont bâtis au XVIIème siècle, comme le Faubourg Saint-Germain, si des édifices imposants, du Panthéon de Soufflot à l'Ecole Militaire de Gabriel, se sont encore élevés au XVIIIème, la ville, ramassée dans ses deux îles et le long des rives de la Seine, continue à présenter un aspect presque moyenâgeux. 
   Un jeune étudiant, débarquant en 1810 de sa Gascogne, a été profondément déçu par ses premières promenades dans ce Paris, déçu jusqu'à en rester stupéfait. Il s'étonne de trouver "les rues étroites, fangeuses, plusieurs non pavées, impraticables", les boutiques "étroites", les voitures "hideuses", l'éclairage "défectueux", même ce fameux Palais Royal dont on lui avait dit merveille ; on fait, disait-il, dix fois mieux à Bordeaux, dans les allées du Tourny. Il faut de ces impressions, faire la part de la déconvenue d'un visiteur trop affriandé, et également de l'orgueil provincial s'irritant d'une réputation, à ses yeux, par trop surfaite ; mais il est certain que Paris est plus arriéré que la plupart des capitales de l'Europe.
Les rues sont en effet si étroites qu'en certaines d'entre elles, on toucherait de chacune de ses deux mains les maisons qui s'y font face.
   Hormis les "Boulevards", la rue Saint-Antoine, la rue Impériale, pas une voie n'est réellement large. Ces rues forment un lacis assez tortueux et ne communiquent souvent que par des passages couverts et obscurs. Il y a dans ce labyrinthe parisien cent de ces sombres passages, sans parler d'innombrables impasses.
   Les rues sont, en général, affreusement sales. Il n'y a qu'un très petit nombre d'égouts et aucun service n'est organisé pour le ramassage des déchets. Chacun vide ses ordures – et parfois les pires – dont les chiens et les chiffonniers viennent seuls, on ne peut dire nettoyer, mais en débarrasser partiellement, le pavé.
   Il  n'y  avait  encore  qu'une  soixantaine  de  fontaines  publiques,  la  plupart  payantes,  où
"l'Auvergnat" venait puiser l'eau pour la porter, moyennant salaire, aux ménagères ; mais ces rares fontaines sont souvent à sec ; il faut donc boire de l'eau de la Seine qui, à la vérité, apparaît à un étranger - bienveillant - comme une "belle et limpide rivière".
Les trottoirs n'existaient pas encore en 1800, alors que Londres en possédait depuis vingt ans ; les émigrés revenus en ayant vanté les bienfaits, le Premier Consul en avait aussitôt adopté l'idée et imposé l'exécution. On avait donc, de 1800 à 1810, créé des trottoirs dans la plupart des rues relativement larges, mais des trottoirs assez rudimentaires. Les partisans du statu quo signalaient, soulignaient, les accidents causés par cette innovation, pour qu'on en cessât la construction.
   Le désordre, cependant, continuait à régner sur la chaussée : les rues étaient d'autant plus sales qu'il n'y avait encore, à Paris, ni halles, ni abattoirs. Le commerce des légumes ne se faisait que par des marchands ambulants "des quatre saisons". "J'entends Javotte – portant sa hotte - criant carottes - navets et choux-fleurs", chante-t-on ; mais les détritus de légumes jonchaient le sol après leur  passage. C'était peu cependant en regard de  l'horrible résultat de "l'abattage" des bêtes devant les boucheries ; le sang coulait dans les ruisseaux et le pavé souillé d'affreux restes.(1)
Ces rues de Paris, si mal tenues, sont, en outre, mal éclairées. Malgré la découverte de l'éclairage par le gaz, l'invention récente des lampes à huile, on en restait encore pour l'éclairage des voies publiques à la misérable lanterne se balançant au bout d'une corde. C'étaient des lumignons qu'éteignaient sans cesse le vent et que, d'ailleurs, on oubliait souvent de d'allumer.
   La circulation des voitures est, de ce fait, le soir, presque impossible. Dans la journée ce n'est guère mieux. La calèche et, plus encore la berline ne sont équipages que de voyage, mais dans la ville "le petit maître" a son tilbury ou son phaéton et le financier son briska ; avocats, médecins, hommes d'affaires, négociants aisés, gens du monde de fortune médiocre possèdent un cabriolet. Ce sont des cabriolets de louage que l'on prenait dans la rue que prisaient beaucoup les clients, de préférences aux fiacres, boites de sapin verni – les sapins - d'ailleurs assez rares. De hauts équipages à deux roues, suspendus sur d'énormes ressorts avec capote et tablier de cuir épais, on s'y juchait par un marchepied à deux degrés dont l'escalade semble devoir être la première épreuve. Il fallait à ces équipages de solides ressorts : les pavés en effet étaient durs et, par ailleurs si bombés, que l'épreuve était double pour les roues cerclées de fer. Mais c'était déjà une bénédiction de rouler sur cette pierre dure ; dans la plupart des rues, boueuses, défoncées, encombrées de détritus et parfois inondées, il était plus difficile de s'en tirer.
   On ne s'en plaignait pas beaucoup – du moins les Parisiens – et il fallait venir de province pour en être scandalisé. Les Parisiens adorent trop leur ville pour ne pas l'aimer "jusque dans ces verrues", et madame de Staël, exilée, songera avec nostalgie "au ruisseau de la rue du Bac". Ils aiment, dans leur ville, leurs habitudes et ne tiennent pas à ce qu'on les change ; en dépit de leur esprit critique, les carences comme les défauts leur échappent, et les innovations les heurtent. Ils se résignent fort bien à ces rues étroites, sombres, mal odorantes, encombrées et, le soir, obscures jusqu'à paraître toutes des coupe-gorge – parce que c'étaient leurs rues.
   Ils sont également habitués à leurs magasins, qui, célèbres dans l'Europe entière pour la qualité et le fini de leurs marchandises, offrent cependant aux yeux étonnés des nouveaux venus l'aspect le moins attirant. Ils sont étroits et bas ; les commerçants logent presque toujours dans un  entresol,  lui  même fort  bas, mais  qui, pris sur  le rez-de-chaussée de  telle
"belle maison", diminue d'autant la hauteur des boutiques. Celles-ci sont donc assez sombres et, le soir, mal éclairées par une unique lampe qui n'est même pas encore, en 1812, une carcel. Seulement, dans ces boutiques, on trouve ces "articles" qui font, dans le monde entier, la renommée de Paris : les magasins de mode, de frivolités et d'alimentations surtout attirent tant de clientes, que celles-ci débordent dans la rue et y doivent patienter. Le Parisien de 1812 ne tient pas au tape-à-l'œil, et il préfère trouver de bonne marchandise que d'ambitieuses devantures. De ce trait, il tirerait même quelque gloire.

 A suivre : Habitat et mode de vie  

Evelyne                           

 1-  La construction des Halles commencée en 1806, 
ne sera achevée qu'en 1813

Sources : Louis Madelin la Nation sous L'Empereur

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