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La Petite Gazette Généalogique

 

François de sourdis 
et Le médoc au début du XVIIe siècle

En cette période de vacances pendant laquelle de nombreux touristes sillonnent les routes du Sud-ouest et notamment celles du Médoc, riches des plages de Lacanau, Carcans, Maubuisson, Hourtin, Soulac et des hauts-lieux vinicoles comme Margaux, St Julien, Pauillac, Moulis, Listrac, un texte manuscrit recopié vraisemblablement à partir d’un récit de l’Abbé Bertruc, curé de Carcans en 1933 et féru d’histoire locale nous plonge au début du XVIIe siècle et nous fait découvrir ce qu’était réellement cette région en ce temps là.

Qu’en était-il il y a quatre siècles ? Les cartes ci-dessous montrent déjà les différences géographiques ainsi que la dénomination des villages et leur orthographe. Remontons donc le temps et essayons de nous imaginer la vie de nos ancêtres à cette époque.


Le Médoc Aujourd’hui


Le Médoc au début du XVIIe siècle

Nous sommes en 1600.

François d’Escoubleau de Sourdis,4ème du nom, Cardinal en 1598, archevêque de Bordeaux l'année suivante à 29 ans, avait, en mars 1600, pris possession de son siège où l’avait appelé Henri IV et le pape Clément VIII.

Dés le début de son épiscopat, "il montra un grand zèle, grand pour le culte de Dieu, l’amour des pauvres et la réforme des abus" et entreprit de réformer le clergé séculier dans son diocèse, conformément aux décisions du concile de Trente.

Comme d'autres grands personnages de son temps (Louis XIII, Marie de Médicis…), il embarqua à Blaye (sur l’estuaire de la Gironde) pour se rendre dans la capitale de Gascogne. Sa mission consistait à rétablir dans l'archevêché le sens du devoir et la règle ecclésiastique afin que "les moeurs déréglées des fidèles et même du clergé n'offrent plus d'occasions aux protestants de décrier le catholicisme".

Homme d’action, on le trouve à l’origine de bien des initiatives de cette époque :

- Il fit construire à ses frais la chapelle du couvent des Minimes à Blaye et portera secours aux pauvres Blayais lors de la grande disette de 1622.

- Le quartier de Meriadeck de Bordeaux était au XVIe siècle un marais propageant la peste. Le cardinal Francois de Sourdis fit entreprendre les travaux d'assèchement des palus au XVIIe siècle, aidé en cela par les chartreux. Il leur fit construire "le couvent de la Chartreuse" dont il ne reste que la porte prés de l’église St Bruno et où une rue porte son nom. L' ensemble des travaux dura de 1611 à 1622.

- Cette église qui fait face au cimetière de la Chartreuse, ancienne Chapelle des Chartreux, de style Renaissance fut construite dès 1611 et consacrée par le Cardinal de Sourdis en 1620. Sa façade est inspirée du style italien et tend vers le Baroque, art né en Italie au XVIe siècle, et introduit à Bordeaux, sous l'impulsion du cardinal François de Sourdis. Les Chartreux nous ont laissé l'actuelle église Saint Bruno, élevée en 1620. Elle est remarquable par sa façade et son chœur entièrement décoré de marbre, et dont certaines statues sont l'œuvre du Bernin.

Il résolut de visiter en personne chacune des nombreuses paroisses de son vaste diocèse, mais auparavant, il les faisait parcourir par un prêtre de son choix qui devait constater les abus, les signaler dans un compte-rendu détaillé que l’évêque se réservait d’étudier à loisir et de contrôler.

Voici comment est décrite la dernière visite canonique de l’église de Sainte Hélène de Lestang (aujourd’hui Hourtin) :

" C’est ainsi qu’en 1609, il fit visiter l’archiprêtré de Moulis, auquel appartenait Carcans et Ste Hélène, par le sieur de Lurbe, archidiacre de Blaye et official. Le rapport de l’envoyé s’attarde sur de nombreux abus à réprimer dans les landes du Médoc, et en particulier sur des superstitions diverses et sortilèges qu’il fallait extirper, sur les sorciers que l’ignorance y produit et q’il faut "oster".

Ainsi "pour avoir guérison de certaines maladies, les savoir et les cognoistre, il est nécessaire d’employer cinq petites chandelles, aux noms de St Blaise, Ste Eutrope, St Loubès, St Clou et Ste Marthe. On les allumait ; celle qui s’éteignait la première indiquait le Saint qu’il fallait invoquer. On fermait sept filles dans un milieu obscur où elles ne devaient parler à personne, sauf à celle qui les gouvernait. On allait faire bénir du vin à Bordeaux, dans l’église de St Loubès, mais il ne fallait pas l’envoyer avant le soleil levé, ni parler à quiconque durant tout le voyage, il fallait veiller une nuit dans l’église paroissiale …"

Tous ces abus, et bien d’autres furent sévèrement condamnés par le Cardinal.

Défense fut portée par lui de boire et manger, danser, ni autres insolences dans l’église. Ordre fut donné de séparer les hommes d’avecq les femmes et, trouvant que les cabaretz et jeuz divertissaient le peuple de l’assistance au service divin et n’engendraient que blasphèmes, scandales et insolences, il défend de les fréquenter pendant le service divin et il prie les procureurs d’y tenir la main. Et au moment où lui-même va visiter les lieux, il donne cet avis aux curés de ces lointaines paroisses "où les personnes, pour l’ordinaire, pleines de rusticité et de honte, ne déchargent pas leurs péchés au sein des confesseurs qu’elles voyent tous les jours ; mais si on y mène quantité de bons confesseurs qu’elles ne verront plus au pays, alors vous y verrez venir librement tous les péchez aux pieds de vos confessionnaux. C’est surtout de ces cartiers des landes ayant peu de fréquentation de personnes civiles. Adjoutez-y qu’il y a parmi ces landes, parties qui se sont adonnées à beaucoup d’impuretés et où de pauvres, séduites en abondance des délices de Bordeaux, couvertes de honte de leur ignominie, en sorte que ne veulent voir ni oest aborder leurs parents, s’y vont rendre, pour gagner leur misérable vie à la faveur de telles saletés."

C’est un inventaire sommaire des mœurs du pays en ces temps là et qui nous laisse deviner, sous le voile qu’il ne soulève qu’en partie, la somme "d’impuretés et de saletés" qui s’y commettaient.

Dans toutes ces tournées pastorales le cardinal de Sourdis joignait l’exemple au conseil. Il prêchait partout alternativement avec un père, ordinairement le P. Donzeau dont il se faisait suivre. C’était un personnage zélé, qui avait quitté ses bénéfices pour se consacrer exclusivement à ce ministère. Partout également le Cardinal célébrait lui-même la messe de communion qui précédait la confirmation.

Le vendredi 18 mars 1611, le cardinal de Sourdis vint à Carcans donner la confirmation à deux cents personnes et, après avoir donné à communion six vingt personnes pour le moins.
Ces cérémonies terminées et, la visite de l’église et des nombreuses reliques accomplies, il donna l’ordre au curé de s’en aller aussitôt avec son vicaire à Ste Hélène de l’Estang et avertir les paroissiens de se trouver le lendemain matin pour y recevoir les Saints Sacrements.

L’entourage du cardinal, le clergé de Carcans, des paroissiens avaient "à divertir sa visite en personne", ce lieu, disaient-ils à l’envie "était pour lors des plus écartez, ny ayant passage qu’à cheval et encore a peyne, et pas une maison convenable pour le recevoir". Mais son zèle était si ardent, son amour de la pauvreté, si profond, qu’il résista à toutes les instances de son entourage.

Et le lendemain, samedi 18 mars 1611, il s’y transporta de bon matin avec sa suite.

Il se rendit dans une petite maison, noircie de fumée avec ses gens, la plupart couchaient la nuit sur la paille chez un nommé Thomas Laborde. C’était son plaisir, ajoute le compte-rendu officiel de cette visite, pour instruire ces pauvres gens et "leur bailler facile accès à luy, de leur parler et les interroger de leur façon de vivre, de leurs moyens de travail et, parmi ces discours leur couler la crainte de Dieu et l’amour du bon état de leur conscience. Ce fut icy où il jeta les premiers desseins de remuer et transporter l’église de cette paroisse en un lieu plus proche des maisons, et hors de l’incommodité des eaux qui divertissaient en temps d’hyver les paroissiens d’aller à la messe, icy il célèbre, confirme, communie, administre ce petit peuple à bonne vie c’est le fruit des visites que la cure des âmes " .

Malgré le peu de temps dont disposait le clergé pour appeler ses ouailles, malgré les distances et les difficultés pour s’y rendre, l’Archevêque fut reçu solennellement à l’entrée de l’église Ste Hélène de l’Estang par les prêtres et tous leurs paroissiens accourus de tous les villages. Après avoir confessé, distribué la communion à cent personnes, il en confirma un nombre à peu prés égal, puis il procéda à la visite canonique à l’église. Nous apprenons ainsi que s’il y a quatre autels, il n’y a ni tabernacle, ni confessionnal, ni relique, ni chapelle fondée, ni vitres aux croisées ; point de grilles aux portes du cimetière qui entoure l’église, ni croix au centre, ni maison presbytérale, il n’y a point de régent pour instruire la jeunesse, sinon chez le dit Thomas Laborde qui en a " ung pour ses enfants". Le Vicaire, enquis s’il fait le catéchisme, répond que personne n’y vient, il n’y a cependant pas de gens malheureux dans la paroisse. On compte seulement 60 communions à Pâques."

"Mais il y a un point capital sur lequel l’Archevêque interroge longuement prêtres et paroissiens : c’est le service paroissial.

Comment est-il assuré ?

Comment peuvent-ils accomplir leurs devoirs dans une église envahie par les eaux et si éloignée de tout centre ?

Un prêtre est désigné à ce service par le curé de Carcans, mais il n’y habite point. Les paroissiens eux-mêmes se rendent compte que cette absence du prêtre du centre religieux est grandement préjudiciable à leurs intérêts spirituels "ils m’ont dit Seigneur de le faire résider ; on lui trouvera un logement ; mais il leur faudrait un autre prêtre que le vicaire actuel Jehan de Vaux, ancien vicaire d’Avensan où il est demeuré six ans ; il fréquente les tavernes et n’est pas approuvé". 

L’accusation est grave, aussi l’Archevêque l’interroge-t-il en particulier " il ne sait que respondre plus a advoué que c’estoit vrai". Il présente ses lettres de régent mais elles sont depuis longtemps expirées, puisqu’elles datent du mois d’août 1601. En résumé, il n’a ni titre ni pouvoir. Cependant à cause de la proximité de Pâques, l’Archevêque lui enjoint de résider dans la paroisse, et, à cette fin, le curé lui fournira meubles nécessaires en la maison louée pour lui : en outre, il approuve le dit vicaire jusqu’au prochain synode qui sera tenu après Pâques, et auquel il lui enjoint de se rendre, à Bordeaux.

Et, afin de régler le différend qui a surgi entre le curé primitif et le syndic de Ste Hélène, Thomas Laborde, touchant le louage de la maison, il les exhorte à remettre leurs pièces entre les mains du Manos , "advocat en la cour, pour, en sa présence, vuyder ce différend et jouir de la paix".

Par cette décision, une partie seulement des incommodités étaient réglées "ordonnons que les paroissiens fourniront une maison présbytérale au vicaire et au plus prochain village de l’église ; et en ce faisant, enjoignons au curé d’y tenir un vicaire approuvé de nous qui y fera actuellement sa résidence pour faire le service divin et administrer les saints sacrements".

Restait la seconde partie de beaucoup plus épineuse et non moins urgente à régler.

Posséder un prêtre et une église c’est fort bien ; mais s’il y a quasi-impossibilité auprès de l’un et de l’autre ? De l’aveu unanime le cimetière et l’église ont besoin de réparations nombreuses et coûteuses. Ce sera une raison, dit l’Evêque de faire rendre leurs comptes aux divers ouvriers de l’œuvre qui se sont succédés dans cette charge et qui, depuis vingt ans, n’ont donné signe de vie. "Ils viendront à Bordeaux rendre leurs dits comptes devant notre official".  

Le reliquat sera employé à l’exécution des travaux reconnus nécessaires. Et quand cette situation de la dite église, qui est éloignée du plus proche village de deux lieues, comme nous avons vu les difficultés des chemins en temps d’hiver de manière que "le peuple est contrainct de se tenir en ses maisons, sans jouir de la messe les jours de feste et de dimanches. Nous exhortons tous les dits paroissiens à trouver avec le temps, les moyens pour la faire transporter prés des villages pour la commodité du peuple à ce qu’il ait moyen de servir Dieu".

Et pour montrer à tous l’importance qu’il attache à cette "exhortation" qui ressemble fort à une décision ferme, il ajoute aussitôt "et pour exécuter promptement ces présentes ordonnances, elles seront lues au prosne de la messe paroissiale : chargeons le dit curé, avecq Thomas Laborde, ouvrier de la dite église, de la faire mettre à exécution et nous certifier de leur diligence.
Voulons, en tant que besoing sera, que l’aide du bras séculier soit imploré".

Toutes choses ainsi réglées, l’Archevêque reprend le chemin de Carcans pour y dîner.
Aussitôt après, il se rend à Lacanau par les fondrières du chemin bouvier qui, passant par le village de Devinas, traversait mes landes sauvages et stériles, pour aboutir au marais qui entourait l’église Saint Vincent de Lacanau en Buch, située à 500 mètres de l’étang dans les parages occupés aujourd’hui par une distillerie de térébenthine.

Ce Thomas de Laborde peut être cité comme le personnage typique dont l’exemple montre avec quelle facilité, sous l’ancien régime, les gens du simple peuple pouvaient parvenir à un degré plus élevé, parfois des plus élevés, de l’échelle sociale.

Fils d’un petit laboureur, Gaillard de Laborde, Thomas commence petitement sa carrière une caisse sur l’épaule. Il va, de porte en porte, de village en village, vendre fils, aiguilles, lunettes. Sa marchandise, il l’a achetée grâce à l’emprunt de 12 écus que lui a consenti Bertrand Bareau, maître barbier à Saint Laurent, à qui d’ailleurs il les restituera le 26 août 1581.

Il abandonne le modeste quartier de Hortin ou Bessan qu’il habite, et s’en va planter sa tente à Lupian où il a acquis un terrement.

Petit à petit, il arrondit ses possessions et les étend jusqu’au bourg de Ste Hélène de l’Estang, où en 1611 le cardinal de Sourdis daignera descendre chez lui. D’ailleurs, il est depuis bon nombre d’années, le syndic de la paroisse, élu par le libre suffrage des habitants. Le voilà devenu bourgeois, cossu et renté, il peut payer un régent à ses enfants. Ceux-ci termineront leurs études à la grande ville et deviendront praticiens. L’un d’eux deviendra Mtre Gérault de Laborde. Quand il revient dans ses biens de campagne à Lupian, il donne des consultations, prodigue ses conseils à ses compatriotes, établit des actes, sans aucune morgue".

François de SOURDIS mourut en 1628 et c’est son frère Henri d'Escoubleau de Sourdis qui lui succéda à l'archevêché de Bordeaux, mais qui se distingua surtout comme homme de guerre. Il participa au siège de La Rochelle (1628), à la campagne du Piémont (1629), et à la lutte contre les Espagnols, auxquels il reprit les îles de Lérins en 1637 et qu'il battit dans le golfe de Gascogne (1638). Son échec devant Tarragone (1641) entraîna sa disgrâce. Sa correspondance avec Richelieu, qui a été publiée, est une importante source historique.

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Marc
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