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La Petite Gazette Généalogique

 Ce n’est pas un conte mais une histoire vraie, dont se souviennent encore les anciens ou plutôt les " seniors " qui habitaient, à cette époque pas si lointaine, la petite ville du Haillan située dans la Communauté Urbaine de BORDEAUX.

LOU PARASOULEYROU

Personne ne savait d’où il venait ni comment il avait " échoué " place Sauprats (*).
Etait-il un de ces nombreux journaliers, qui de village en village gagnait sa pitance en louant ses services ?
Etait-il un de ces exilés à qui la terre trop pauvre de sa région originelle ne pouvait garantir une vie stable ?
Etait-il un de ces occasionnels venus en terre médocaine faire les vendanges et y aurait jeté l’ancre ?
Son nom ? Nul ne le connaissait.
De toute façon pour les haillannais c’étaitlou parasouleyrou ", un homme plutôt fluet à la silhouette particulière, toujours coiffé d’un bicorne extravagant qu’il portait pointe en avant.
Les enfants du quartier le craignaient un peu, car il représentait le " loup garou " dont leurs parents les menaçaient quand ils n’avaient pas été sages, un genre " père Fouettard ".
Il apparaissait plutôt comme un homme sûrement un peu original, quelque peu solitaire, mais incapable de faire du mal à une mouche.

Pour tout bien on ne lui connaissait qu’une vieille charrette en bois à deux roues, recouverte d’une bâche servant de toit, maintenue à l’horizontale par trois béquilles généralement utilisées dans ce genre d’attelage.
Il y avait bien des brancards mais pas d’animal pour la traction : c’était son mobil-home.
Son ameublement se composait d’une paillasse dont la literie suivait les caprices des saisons : foin, feuilles sèches, herbe fraîche, joncs, genets etc... Une petite table quelque peu bancale, sûrement récupérée dans une décharge et une caisse servant de chaise constituaient sa salle à manger; de-ci delà quelques cageots pour satisfaire le rangement.
Un vieux poêle à bois où, à la mauvaise saison, il brûlait sa réserve de pignes, constituait le chauffage central.
Après un séjour sur la place de Sauprats, il déménagea son pavillon non loin de là, sous un chêne, près du puits communal et du vieux four à pain.
Homme solitaire, il n’était pas rare qu’on l’entende soliloquer, à moins qu’il ne soit en grande conversation avec un interlocuteur invisible.

Parfois les soirs de beau temps, après avoir mangé un de ses succulents tourins à l’ail, garni de croûtons cuits au feu de bois, et arrosé d’un bon coup de rouge, on pouvait l’entendre tenir grand conciliabule avec ses deux seuls amis, la Lune et son chien " Bijou " très attentif à ses paroles.

Ses principaux revenus provenaient des travaux de raccommodage des faïences et porcelaines, la remise en état des bassines et autres récipients métalliques par l’apposition de rustines vissées, afin de prolonger l’usage de ces objets indispensables à la vie courante et dont l’achat grevait parfois les budgets.

Le point d’orgue de son art était sans hésitation la réparation des parapluies, qui à l’occasion servaient aussi de pare-soleil durant les chaudes journées d’été, d’où son surnom : " para souleyrou " ( pare soleil ).

Il y avait cependant deux périodes dans l’année, durant lesquelles lou parasouleyrou quittait son havre de Sauprats : la fenaison et les vendanges.
Il entassait tout son matériel dans sa carriole, attachait Bijou à l’avant, s’installait entre les brancards, et tirant avec un ensemble parfait l’attelage prenait la route.
Nul ne sut jamais où ils se rendaient, mais à l’automne, après les vendanges notre parasouleyrou, Bijou et la caravane revenaient prendre place à Sauprats, près du puits et du four à pain.
Ainsi vécut cet homme qui par fierté ou soucis d’indépendance refusa toute aide ou secours qu’on lui proposait, venant de particuliers ou de la Mairie.
Un jour, sentant peut-être que son âme lui échappait et ne voulant toujours accepter de secours, il mit fin à ses jours ...dans l’arbre au-dessus de sa roulotte.
Aujourd’hui il repose pourtant dans le vieux cimetière du Haillan, sous un tout petit tertre anonyme, sans nom, sans plaque. Seulement à la Toussaint une main inconnue vient y déposer une fleur. 

I
l parait qu’il serait question de l’exhumer pour mettre ses restes dans l’ossuaire communal

De grâce , lui qui n’a jamais demandé quoi que ce soit, laissez le reposer en PAIX.

(*) Place du Haillan qui abrite aujourd’hui les fervents de la Pétanque.


Marc
Le Haillan Généalogie Histoire

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