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La Petite Gazette Généalogique

 

Bordeaux, 
"la Belle endormie"
d’Edouard 1er d’Angleterre de 1277 au Docteur GUILLOTIN

C’est le surnom donné à la ville ! Et pourtant au cours des siècles ce ne fut pas toujours le cas. Jugez-en plutôt.

      1 - En 1277 sous Edouard 1er d’Angleterre , la lutte avec le Chapitre de Saint-Seurin finit souvent par de sanglants combats : le maire et les jurats conduisent un jour la population, trompettes en tête, à la lutte contre le faubourg rival. On brûle quelques maisons des chanoines, on arrache leurs vignes, on vole leur vaisselle et leurs missels. Le sénéchal regarde faire. Mais la religion fournit une revanche au Chapitre : il se plait au roi de France et le sénéchal, le maire et les jurats sont condamnés à établir dans Saint-Seurin une chapelle et à célébrer chaque année une procession expiatoire de l’église Saint-Eloi à la Basilique.

       2 - En 1450, le Conseil du Roi décide d’en finir avec les Anglais : une avant-garde entre dans Bazas, puis va camper prés de la jalle (*) de Blanquefort. Tous les Bordelais pouvant porter une arme quittent la cité, dans un tumulte à la manière antique (Chronique rimée de Martial d’Auvergne). Le maire commande cette foule. Quand elle joint les Français, c’est à peine un combat : plus de mille bordelais périssent, 2000 sont pris, le reste s’enfuit, le maire en premier. On appelle ce jour de Toussaint " le jour de la male jornade " . Lorsqu’on rapporte sur des chariots les cadavres mutilés, un gémissement remplit la cité ; Pey Berland passe 2 jours et 2 nuits en prières, pleurant les morts de sa patrie.

      3 - En juillet 1548, l’Ouest entier est en armes (sous le prétexte de l’impôt sur le sel). De Poitiers à Bordeaux l’insurrection, organisée par des chefs intelligents, prend le titre de "Commune de Guyenne" et ses émissaires entrent en pourparlers avec bourgeois et artisans de Bordeaux. Les riches marchands de la ville, exerçant sur la vente du sel un monopole, voient avec plaisir la guerre contre l’impôt de la Gabelle. Une unanimité réunit près de 30 000 hommes de Bordeaux et des campagnes dans des " assemblées illicites ". La vengeance royale sera atroce. Le cri de ralliement est " Guyenne ! Guyenne ! ", le cri opposé "  France ! France ! ". L’insurrection est dirigée contre le sire de Moneins, représentant du Roi : c’est un étranger (un basque) et il s’enferme au Château-Trompette : il n’a aucune troupe, ni poudre, ni vivres. On exige qu’il réside en pleine ville, dans la mairie de la rue des Ayres.

Le 21 août la Maison de Ville est envahie, le peuple vainqueur sonne le tocsin. Moneins finit par s’installer à la Mairie. Il n’a que 3 amis près de lui, la foule crie : " Guyenne ! Guyenne ! ", s’amuse de lui comme d’un jouet puis l’égorge.

"Ceux qui passaient auprès du corps, nu dans la rue, ensanglantaient le fer de leurs piques dedans les plaies, et branlant les dites piques jetaient de joyeuses acclamations… ".

      4 - En 1567 les guerres civiles reprennent pour 25 ans. L’Hospital se retire du Conseil, le Parlement redevient maître de la situation. Les Protestants de Blaye ont rançonné 4 de ses membres, par représailles il emprisonne quelques réformés bordelais. Les arrêts de mort se succèdent sans relâche, plus de 1200 dans l’année, par contumace il est vrai. Les protestants sont maintenant " rebelles et traîtres au seigneur roi, criminels de lèse-majesté divine et humaine ". Le lieutenant-gouverneur du roi est alors Monluc.

      5 - Le 14 mai 1635, Louis XIII ayant mis un impôt sur les cabaretiers, la paroisse Sainte Eulalie s’insurge. C’est en apparence un tumulte d’anti-gabeleurs, qui prend naissance chez les taverniers, comme en 1548, les bourgeois regardent le mouvement sans déplaisir et même il existe parmi les habitants, des citoyens " plus disposés à suivre la mauvaise qu’à soutenir la bonne ". Les Jurats perdent la tête, il y a quelques massacres et des pillages et, le lendemain matin, d’Epernon, malgré ses 82 ans, se comporte en jeune capitaine : il accourt de Cadillac, fait occuper les portes et les points stratégiques de Bordeaux. L’insurrection débute le 15 juin. 

D’Epernon, à la tête de ses troupes, trouve chez les tonneliers de Saint-Michel des adversaires dignes de lui : " L’un de ces gens a reçu une mousquetade qui lui casse un bras, sans s’étonner de voir le tronçon qui pend il va à la première boutique de chirurgien qu’il rencontre, achève de se faire couper le bras… "


Chais de Bordeaux vers 1900

 

       6 - le 26 mars 1675, des commis de la marque de l’étain verbalisent dans une boutique de la rue du Loup. La populace les assaille, maîtresse du quartier Saint-Michel elle assiège l’Hôtel de Ville. Le 28 elle fait entrer des bandes de paysans et un conseiller est tué. Le Parlement appelle aux armes les bourgeois qui ne bougent pas. Le 29 les émeutiers proposent une amnistie et la suppression des nouveaux impôts. Le 16 août, les ballots de papier sont éventrés. Le  17, le curé de Saint-Michel intervient. Le 17 novembre, 18 régiments entrent dans Bordeaux et les soldats «  violent, volent et incendient ». En 1676 on construit le fort Louis, pour battre en brèche le quartier des mutins. Louis XIV décide alors d’agrandir le Château-Trompette, les plus belles maisons de Bordeaux sont rasées, le Chapeau-Rouge est éventré, les Piliers de Tutelle sont jetés bas, le clocher de Saint-Michel perd ses cloches, mais bien que muet et découronné par la foudre, il reste debout.

 


Quais de Bordeaux

7 - Le 4 janvier 1746, une délibération de la Jurade, prise à la demande de l’Intendant de Tourny, décide "... que pour continuer les commodités et embellissements commencés autour de la ville, dont le public marque une grande satisfaction, il sera travaillé à former la place projetée au plan représenté. Qu'à cet effet l'on procèdera incessamment à la démolition de la demy-lune qui est devant la porte Dijeaux, et qui sera pris des arrangements convenables pour parvenir à nettoyer le terrain destiné à la dite place des échoppes et des mauvaises maisons qui l'embarrassent, en indemnisant les propriétaires d'icelle ou les remplaçant ailleurs de façon qu'ils ayent lieu d'être satisfaits."  Les adjudications durent de 1746 à 1771, et sous la direction de l’architecte Voisin les constructions s’édifient.  Le 16 mai 1770,  à l’occasion du mariage du Dauphin avec Marie-Antoinette, la place est baptisée «  Place Dauphine » , le 17 décembre 1790 elle deviendra « Place Nationale » et  le 16 janvier 1883 « Place Gambetta ».

8 - Le 15 juillet 1792, les abbés Langoiran et Dupuy, sont égorgés par des forcenés dans la cour de l’ancien archevêché où siège le Département. C’est le premier triomphe des sans-culottes, le jour le plus terrible de la Révolution bordelaise. Pendant les meurtres, la Municipalité plante des Arbres de la Liberté.

9 - Joseph-Ignace Guillotin ( 1738-1814), né à Saintes, est un brillant élève. Poussé par ses maîtres, il entre à la Compagnie de Jésus et enseigne à Bordeaux, au Collège des Irlandais. Puis il quitte les ordres et entreprend la Médecine. Il devient « docteur régent » de la Faculté de Paris. Député de Paris en 1789, pour appuyer le principe de l’égalité des peines, il propose que toute condamnation capitales se réduise à une décapitation à la machine. Un instrument de supplice était déjà en usage au XVIe siècle, dans le midi de la France et en Italie, à Gênes où la machine se nomme « mannaja ».
Fin 1791, le Comité de Législation charge le Dr Louis d’étudier et de construire une machine à trancher les têtes


Adopté le 20 mars 1792, l’instrument (d’abord nommé " la Louison " ou " la Louisette ") fonctionne pour le première fois le 25 avril : c’est l’exécution d’un voleur de grand chemin.
L’échafaud se compose de deux montants élevés sur des madriers posés en croix sur le sol. Entre les montants descend une lame triangulaire dont la chute est commandée par un simple bouton. Le " patient " attaché sur une planche mobile est amené sous le couteau, pour que le cou soit maintenu. 

L’évidemment semi-circulaire de chaque planche forme un trou (la lunette).
Le journal royaliste " Les Actes des Apôtres " publie un texte qui est une chanson sur "la guillotine, machine inimitable du docteur Guillotin, propre à couper les têtes " et le nom lui reste.

Emprisonné sous la Terreur, Guillotin n’aura pas l’opportunité de mesurer son efficacité car il est délivré le 9 thermidor et meurt vingt ans plus tard.

Marc                        

 (*) terme local pour désigner un ruisseau

 Sources :  Le Mois Scientifique Bordelais Sept 1999

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