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La Petite Gazette Généalogique

 

Henri de La Rochejaquelein
héros mythique

On le nomme souvent 
"l'archange" ou "l'achille" de la Vendée

      Un brave ou un fou ? 

  Le comportement de Monsieur Henri au feu est lui aussi étonnant. La légende nous décrit volontiers un homme très brave, toujours porté au premier rang. En fait, la réalité est pire encore ! Henri, malgré les responsabilités qu'il assume dans l'armée comme officier supérieur se jette toujours tête la première dans la première mêlée qu'il rencontre.
  Ce comportement de hussard lui sera souvent reproché, à juste titre, par d'autres officiers plus expérimentés que lui en matière militaire. Comme un chevalier des temps jadis, Henri ne pense qu'à se colter, homme à homme, avec le premier républicain venu. A la prise des Aubiers, il fonce comme un fou vers les ennemis, bien retranchés, pour les "fusiller" ! Pendant de longues minutes il se place ainsi à découvert, n'échappant aux balles que par miracle. Le 22 avril 1793, il est seul, à cheval, sabre au poing au milieu d'une fusillade telle qu'on se demandera longtemps comment il put en réchapper. Du reste, ses vues sur l'avenir sont à la hauteur de son comportement. Il ne souhaite recevoir, après une victoire dont il ne doute pas, qu'un régiment de hussards à commander.
  Le 30 avril, il pénètre toujours seul, moulinant de son sabre, dans la ville d'Argenton... sans prendre garde qu'il est entouré de cavaliers bleus qui l'encercleront facilement. Il ne s'en sortira que par hasard. Le 5 mai 1794, il franchit tout seul, sous la mitraille ennemie, une petite rivière que l'on crible de balles. A Thouars, il s'attaque tout seul aux remparts, toujours sous le feu. Il est tellement imprudent qu'il reçoit plusieurs semonces de Bonchamps. En fait, les autres officiers, inquiets pour ce jeune garçon, sont obligés de le mettre en arrière des troupes pour le protéger malgré lui. C'est ainsi qu'on lui confie la garde d'une ville récemment prise, avec une importante garnison. Cet excellent chef se voit bientôt abandonné par ses hommes qu'il ne parvient pas à maîtriser... Lorsqu'ils ne sont plus que 200, il abandonne la ville, et, à cheval, va faire le coup de fusil contre les hussards isolés, se payant le luxe, en pleine guerre, d'une petite promenade jusqu'à Chinon ! Laissons le Baron de la Tousche d'Avrigny, grand biographe d'Henri, nous raconter l'un de ces inénarrables moment de folie : 
  "C'est sur ce champ de bataille que pour la première fois Monsieur Henri apparut la tête enveloppée d'un de ces larges mouchoirs rouges à stries blanches, qui constituaient alors la principale industrie de Cholet. Un autre enserrait sa taille, un troisième flottait à son coup. Bonchamps le dévisagea de la tête aux pieds. Il avait vite discerné la précoce valeur de Henri. Ses imprudences le navraient. Henri reçut une semonce. Elle ne devait pas être la dernière, car il était têtu dans ses dangereuses originalités : ne pouvant lui faire lâcher ses mouchoirs, Bonchamps le plaça derrière lui avec la cavalerie, à la réserve destinée à achever la déroute de l'ennemi.
  Les mouchoirs n'en eurent pas moins le succès souhaité. "Tirez sur les mouchoirs rouges ! " criaient les cavaliers de Chalbos. Henri vivait dans un enivrement. Les dernières lignes ennemies se disloquaient dans une panique affligeante, il poussa son cheval vers un officier du 18ème chasseurs pour s'offrir un combat singulier. L'officier culbuta avec sa monture en venant à lui. "Rendez-vous je vous promets la vie sauve !" Pour toute réponse, l'officier déchargeait sur son adversaire ses pistolets d'arçon, sans l'atteindre, d'ailleurs, et le manquait encore avec ses pistolets de poche. Farouche, il les jeta par terre en lançant au jeune homme : "Je me suis satisfait ; satisfais-toi maintenant". Eh bien, ma satisfaction est de te laisser vivre". Et tout souriant, Henri éperonna son cheval vers un autre ennemi.
  Pendant ce temps, Bonchamps tombait dans les rues de Fontenay, grièvement blessé
".

Dans le même ordre d'idées, Poirier de Beauvais, responsable de l'artillerie vendéenne dit dans ses mémoires : 
  "Les républicains et les royalistes se tiraient des coups de fusil et se disaient des injures, profitant, pour éviter les balles, les uns de leur parapet, les autres de leur chemin couvert.
  Je trouvai La Rochejaquelein dans cet endroit ; debout, et sans prendre la peine de se couvrir, il ripostait aux républicains. Je lui dis qu'il faisait là l'écolier, que précieux comme il nous l'était, et c'était vrai, il commettait la plus grande folie en s'exposant ainsi sans aucune utilité.
  Il m'écouta, et nous parlâmes raison. Je lui fis remarquer que de ce chemin couvert on pouvait faire un feu d'enfer sur le parapet, et que, pendant ce temps, tous nos gens pourraient planter l'échelle et gagner la tête du parapet".

  Les Vendéens, au cours de la course outre Manche, échoueront devant Granville par légèreté. Un transfuge Républicain s'était joint à eux dans cette course. Ancien ingénieur du génie, il affirmait que les murs de Granville étaient aisés à passer, et qu'il se faisait fort de guider les hommes au travers de brèches. Hélas, là où le traître, qui disparut du reste ensuite, annonçait un léger rempart, se trouvaient en fait deux remparts de pierre, des manteaux impossibles à gravir sous le feu de l'ennemi. La confiance que La Rochejaquelein mit en ce transfuge dépasse l'entendement.
  Laissons Poirier de Beauvais décrire cet épisode tragique : 
  "D'Obenheim, ingénieur militaire, se donnant pour avoir une connaissance parfaite de la place et de ses fortifications, lesquelles avaient été en partie réparées sous ses ordres, fut chargé d'indiquer et de diriger les attaques. Cet homme foncièrement républicain, à ce qu'il nous a paru depuis, était d'autant plus dangereux pour nous qu'il était très brave, avait des façons engageantes et beaucoup d'esprit. Nous l'avions trouvé dans les prisons de Fougères, ce qui nous persuada qu'il était bon royaliste. Il ne fallut pas davantage non plus pour s'apercevoir, en causant avec lui, qu'il avait du mérite ; de sorte que le même soir on l'avait admis au Conseil et à dater de ce moment on eut en lui une confiance sans bornes.
  Une chose cependant m'avait frappé : c'est que Marsange et d'Obenheim, parlant des fortifications de cette place, n'étaient pas d'accord sur un fait matériel   :le premier soutenant, pour l'avoir vu dans le temps qu'il y était en garnison, que derrière tel ouvrage, il y avait un fossé, d'Obenheim disant le contraire.
  Cette contradiction me trotta par la tête, et j'en fis part à La Rochejaquelein, qui prit la chose légèrement ; cela me fit penser que, par des connaissances particulières qu'il pouvait avoir, d'Obenheim lui était suffisamment connu.
  Comme l'armée était en marche et que je n'avais eu connaissances d'aucuns préparatifs, je demandai à Des Essarts "de quelle manière on était convenu d'attaquer... que, quant à moi, je n'en savais vraiment rien... si l'on savait qu'il y avait des fossés à passer... dans ce cas, il nous faudrait des fascines ; que nos canons étaient trop faibles s'il fallait faire brèche aux murs ; qu'il nous faudrait des échelles, et avec un feu nourri soutenant les assaillants, j'étais convaincu que nos soldats emporteraient la ville d'assaut, si l'officier mettait le premier le pied à l'échelle".
  Des Essarts croyant ainsi que bien d'autres, qu'il suffisait de se montrer devant Granville pour y entrer, me demanda en riant si je pensais que nous allions attaquer Berg-op-Zoom
".

  Plus délicat encore est à aborder un point important de l'histoire de Monsieur Henri. Il avait été nommé généralissime de l'armée immédiatement après la bataille de Cholet.
  Alors que l'armée en déroute, au mois de décembre 1793, approche de l'enclave de Savenay et court à sa perte, Monsieur Henri se trouve étrangement "séparé de son armée" après avoir effectué avec Stofflet une reconnaissance sur la Loire dans une barque.
  On nommera en catastrophe un nouveau général qui, en quelques jours seulement pourra réparer les erreurs du passé et dirigera la perte même de l'armée. Les faits sont les suivants : les Vendéens cherchaient un endroit pour repasser la Loire et rentrer en leur territoire initial après la désastreuse virée de Galerne. Monsieur Henri monta dans une barque de pêcheurs, et se dirigea en reconnaissance vers un point opposé de la rive afin de voir si le passage était possible. C'est alors que survint une canonnière Républicaine qui ouvrit le feu, coupant tout espoir à un éventuel retour.
  Soit ! Monsieur Henri ne put rejoindre son armée immédiatement, par le même chemin ; il eût pu cependant chercher, alentours, un autre point de passage qui lui eût permis de revenir, même à la nage !
  Rien de tout cela en fait. Arrivé sur l'autre rive, Monsieur Henri se dirigea vers l'intérieur des terres ; il regagna en quelques jours son Poitou natal et y leva une nouvelle armée. Il eut d'ailleurs à cette occasion une dispute avec Charette qui, lui, était resté en Vendée et recrutait "sur les terres" de Monsieur Henri. La nature de cette dispute nous éclaire pour ce qui est de la spontanéité des enrôlements dans l'armée vendéenne.
  Ce comportement d'un général abandonnant son armée est pour le moins étrange. Quelques évènements antérieurs nous éclairent cependant mieux sur les causes d'un tel abandon.
  En décembre 1793, l'armée vendéenne n'était plus contrôlable par qui que ce fût, encore moins par le jeune Monsieur Henri. Le général suivait les mouvements spontanés de la foule plutôt qu'il ne les commandait.

  A Granville, dès la nouvelle de l'échec du second assaut contre les remparts connue, l'armée s'effrite et part vers Avranches, sans ordres ! Dépité, Henri qui voudrait bien maintenant tenter la prise du port de Cherbourg prend la route de Villedieu-les-Poëles, persuadé que son armée va le suivre, le retenir... Il n'en est rien, et il devra rebrousser chemin pour suivre la marche d'une armée désormais sans chef. Que faire dans de pareilles conditions ? 

  Une mort stupide

  Rentré en Vendée, notre général de 21 ans n'a rien perdu de sa morgue et de son sens du combat individuel. Le 28 janvier alors qu'il patrouille autour de Cholet, il apprend qu'une bande de Républicains isolés s'en prend au petit bourg de Trémentines. Il se rend immédiatement sur place, à cheval, suivi de quelques officiers. A travers les prés et les champs, il se lance seul à la poursuite de deux soldats bleus égarés. Il est à cheval, les hommes sont des fantassins. Belle perspective de combat singulier ! Encore une fois, les officiers qui entourent Henri tentent de freiner cet élan. Ils appellent de toutes leurs forces le cavalier par son nom afin de le faire rebrousser chemin... fatale erreur. L'un des fantassins vient de comprendre qu'il a affaire au chef légendaire. Après avoir hésité un moment entre deux cibles, il épaule et vise Monsieur Henri qui fonce sur lui à cheval, lui proposant de se rendre s'il veut la vie sauve (encore un genre de combat d'un autre âge). Le coup^part et fait éclater la tête du jeune général qui mourra instantanément. Une mort stupide, un dénouement qui, déjà, était inscrit dans le comportement même du héros.
  Le corps restera caché jusqu'à la Restauration. On l'exhumera et les cendres seront transférées en grande pompe à Saint-Aubin-de-Baubigné. On prétendit que dans le cimetière de la petit ville, des lupins, plante qui symbolise Achille, poussèrent spontanément autour de la tombe. Gageons que cette spontanéité de la nature, elle encore, doit être prise avec d'énormes précautions.

   Sources : Chronique de l'Histoire 
    Pierre Pilard

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