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La Petite Gazette Généalogique

 

LE CHOLERA


L'ARRIVEE DU CHOLERA EN EUROPE - RELANCE D'UNE POLEMIQUE MEDICALE

Si la première pandémie (1817-1824) s'arrête loin de l'Europe occidentale, en Sibérie Orientale et aux bords de la mer Caspienne, la deuxième (1829-1837) met, comme nous le disions précédemment, moins de 2 ans à passer de cette même Caspienne à la Tamise. D'ailleurs, cette pandémie n'épargnera aucun continent : l'Asie bien sûr est touchée mais également l'Europe, l'Afrique et les Amériques ! C'est peut-être la première pandémie vraiment mondiale...

La France ne fut touchée par cette vague cholérique qu'au printemps 1832 ; elle eut donc le temps de voir arriver le fléau. En effet, il rodait depuis 3 ans à ses frontières : en Russie en 1828, en Pologne, Allemagne, Hongrie... en 1831, à Londres début 1832. Ainsi en juin 1831, Casimir Perier, inquiet de la progression européenne de la maladie décrète des mesures de police sanitaire ("Une Peur Bleue, Histoire du Choléra en France, 1832-1854", p. 53) en réactivant, entre autres, les dispositions de la loi de 1822 sur les contrôles sanitaires aux frontières.

Les autorités médicales françaises ne restent pas inactives. Elles disposent d'une part des mémoires rédigées par les médecins russes et polonais. Et d'autre part, des médecins français n'hésitent pas à se rendre dans les pays contaminés et même de payer de leur personne... afin de tenter de comprendre la nature de la maladie. La France eut donc le temps d'avoir peur...
 

Le Bacille - 2

Le Choléra fut sans doute décrit pour la première fois dans un traité médical de l'Inde antique, le Sucrutasamhitâ. En sanscrit la maladie est connue sous le nom de "bisuchika" et en langue hindoue sous le nom de "mordochiun" qui peut se traduire par "maladie mortelle des intestins".

Cette pathologie est due à une exotoxine, la toxique cholérique qui ne fut isolée qu'en 1942. L'altération de la muqueuse intestinale entraîne un intense syndrome diarrhéique accompagné de vives douleurs abdominales et d'une déshydratation aiguë (l'acidité gastrique ne formant pas une barrière suffisante pour arrêter l'invasion des vibrions).

Cette déshydratation provoque, par ailleurs, une contraction des muscles qui ne finit que quelques temps après la mort. Cette caractéristique est à l'origine de la croyance populaire que l'on enterrait des vivants et non des morts, croyance aboutissant souvent à des manifestations de révoltes violentes prenant à partie les médecins, les autorités locales...

Sources : "Les Infections Microbiennes", "Des bactéries et des hommes", "Les Epidémies, un sursis permanant"

Il est intéressant de noter qu'au début de ce XIXe siècle et ce depuis longtemps, la tentative de compréhension de ce que pouvait être une épidémie opposait les savants et le peuple. Ce dernier, riche d'une expérience multiséculaire défendait de façon intuitive le rôle de la contagion et celui des déplacements de populations (armées, fuites des gens aisés devant la maladie, marins, commerçants voyageurs...). Les savants, eux, privilégiaient la thèse de la qualité de l'environnement, de l'influence des éléments naturels (météorologie...) voire même au Moyen Age celle des astres... ("Les épidémies terrassées, une histoire des pays riches", page 80).

L'arrivée du Choléra relancera cette grande polémique entre les tenants de la contagion et ceux de l'infection.

Ainsi au début du XIXe siècle, les savants privilégient l'air comme support de l'infection et incriminent toutes les poussières nommées "contage" en suspension dans celui-ci. Nous sommes au début d'une terrible fausse piste, le choléra se transmettant via les eaux polluées par les vibrions...

Un visionnaire

Au XVIe siècle, un savant travaillant sur la syphilis, Fracastor (1478-1553) propose une description remarquable des germes qui restent, rappelons-le, invisibles et inconnus à son époque, germes "ayant la faculté de se multiplier et de se propager rapidement".

Les médecins, partisans de l'hypothèse de l'infection, ne pouvaient accepter,  en effet - et on les comprend - l'idée d'un mal, sorte de "maladie démon", ayant sa vie propre et qui prendrait possession des corps... C'est ce que défend un médecin, toujours célèbre aujourd'hui, François de Broussais (Saint-Malo, 1777 - Vitry, 1838), à l'époque professeur  à l'hôpital du Val-de-Grâce. Nous retrouvons, d côté des tenants de la contagion, des médecins aussi célèbres aujourd'hui tels que Pierre Bretonneau (Saint-Georges-sur-Cher, 1778 - Paris, 1862), Jean Corvisart (Dricourt, 1755 - Paris, 1821) et René Laennec (Quimper, 1781 - Kerlouanec, 1826) même s'ils ne sont pas toujours d'accord sur la nature profonde de la contagion ("Les épidémies terrassées, une histoire des pays riches", page 82-84).

Beaucoup de médecins feront preuve d'un grand courage se livrant, pour certains à des expériences "terribles" sur eux-mêmes afin de mieux comprendre la nature de la maladie. De telles expériences aboutiront malheureusement parfois à des conclusions erronées.  Un médecin français, le Docteur Foy, s'allongera dans le lit d'un cholérique et ira jusqu'à s'injecter le sang d'un malade ! Il n'en subira... aucune conséquence. Son expérience servira les tenants de l'infection. A l'encontre, un jeune médecin berlinois décédera, lui, après avoir absorbé ce même sang de cholérique ; il en mourra ayant bien sûr contaminé ses intestins...

Hélas, les témoignages de ceux qui ont survécu à leur expérience seront plus entendus que ceux qui en décédèrent...

"Si l'on veut prétendre que le contact d'un individu malade communique le choléra à un individu sain, la proposition est fausse. J'ai touché des centaines de cholériques, j'ai respiré leur haleine..." (Brière de Boimont, porte parole de la commission médicale française envoyée en Pologne, La Gazette Médicale, 2 juillet 1831).

Ces médecins manquèrent certes d'intuition mais pas de courage, ni d'honnêteté...

Les tenants de l'infection sont loin toutefois de l'emporter et en 1831, à la veille de l'épidémie française, l'Académie de Médecine est très partagée même si les autorités affirment la non-contagion du Choléra.

Nous découvrirons ultérieurement que la polémique n'est pas uniquement médicale. Elle est également politique et commerciale ; nous dirions aujourd'hui que le "business" s'en mêle ! L'idéologie libérale réclame, en effet, la libre circulation des hommes et des marchandises (cela ne date donc pas d'aujourd'hui) à tel point que, par exemple, sous les pressions exercée par les tenants du négoce international,  l'Angleterre abandonne rapidement l'ancien dispositif de protection fondé sur les quarantaines.

>>> 1832 - L'arrivée du choléra en France

Bibliographie

 

Philippe JEULIN

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