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La Petite Gazette Généalogique

 

 Abjuration…

Le 18 octobre 1685, Louis XIV signait à Fontainebleau 
un édit qui révoquait celui que son grand-père avait promulgué 
à Nantes quatre-vingt-sept ans plus tôt, 
le 13 avril 1598. 

  Si, dès après la mort d’Henri IV, en 1610, les dispositions de l’Edit de Nantes commencèrent à être restreintes ou interprétées d’une façon de plus en plus défavorable aux Réformés de France, les vingt années qui précédèrent la Révocation virent se multiplier d’innombrables interdictions aux droits et libertés des Protestants : interdiction aux pères et tuteurs d’empêcher leurs enfants et pupilles de plus de douze ans de devenir catholiques ; interdiction de chanter des Psaumes haut et en public (1666), interdiction des enterrements entre 6 heures et 18 heures ; obligation de contribuer à l’entretien des cloches des églises catholiques (1669), interdiction d’exercer des charges publiques (1679), interdiction d’exercer la profession de sage-femme ; interdiction de se marier avec des Catholiques (1680), obligation pour tous les Protestants exerçant une charge dans la Maison du Roi ou de la famille royale de se démettre de celle-ci dans un délai de deux mois (4 mars 1683), interdiction faite aux pasteurs de rester plus de trois ans dans un même lieu ; interdiction d’exercer la profession d’avocat ; interdiction de l’exercice religieux dans les villes épiscopales, les faubourgs de ces villes et à une lieue à la ronde, cette dernière mesure entraînant la démolition immédiate des temples qui y sont déjà construits (1685), etc. 

   A cette liste déjà trop longue, on peut également ajouter les démolitions de temples sous des motifs plus ou moins fallacieux, les multiples tracasseries faites aux Protestants sous des prétextes divers, ainsi que dans certaines régions, les « dragonnades 1 » 

   L’Edit de Fontainebleau ne sera, de faits, que « l’estocade finale » : interdiction de s’assembler en public comme en privé, ordre aux pasteurs de quitter le royaume dans un délai de quinze jours et interdiction aux fidèles de les suivre dans cet exil, sous peine de galères. 

  Beaucoup ne cédèrent pas. Les prisons du royaume virent alors affluer des femmes (telle Marie Durand, qui fut emprisonnée durant trente huit ans à la Tour de Constance, à Aigues-Mortes) et la chiourme des galères fut considérablement renforcée par les hommes arrêtés. Le « crime » de tous ces gens était d’avoir assisté à une « assemblée au Désert » ou d’avoir lu les Psaumes de David… 

  Trois types de galériens constituaient la chiourme : les « criminels » de droit commun, les Turcs, qui étaient en fait des esclaves, et les huguenots. Ces derniers étaient les plus durement traités : alors que les autres galériens pouvaient, durant la période d’hiver, lorsque le bâtiment restait au port, exercer en ville (sous escorte !) des activités rémunératrices de leur choix, les « galériens pour la Foi » restaient confinés à bord. Ils étaient aussi contraints d’assister aux messes dominicales célébrées à bord de la galère, ce dont les Turcs, musulmans, étaient dispensés.

  En se faisant remarquer par sa bravoure lors d’un combat, un Turc ou un « droit commun » pouvait gagner son affranchissement ou sa grâce, alors que les huguenots étaient exclus de ses mesures de clémence. 

  Dans de telles conditions, une condamnation aux galères, même « à temps », équivalait à une condamnation à mort, car, même les plus robustes ne pouvaient survivre très longtemps à un tel régime. Il existait, dans les ports d’attache, des Hôpitaux des Galères, mais seuls y étaient envoyés les moribonds. 

  Il eut pourtant été «facile» aux «galériens pour la Foi», de mettre par eux même un terme rapide à leurs souffrances. Il leurs «suffisait» de prononcer, devant l’aumônier ou un autre ecclésiastique, trois petits mots : «Je me réunis» (sous-entendu à l’Eglise Catholique), pour se voir bénéficier d’une mesure de grâce et être incessamment libérés. Mais bien peu choisir de prononcer, ne serait-ce que des lèvres, cette fatidique formule, préférant ainsi la mort au reniement. 

 Cependant, quelques-uns uns, à bout de souffrances, eurent recours au subterfuge pour abuser leurs persécuteurs, en mettant au point une formule d’abjuration originale, quoi qu’un peu grossière.

La voici : 

« J’abjure maintenant
Calvin entièrement.
J’ai en très grand mépris
Et en exécration
De Calvin les leçons.

Rome avec sa croyance
J’ai en grand révérence
La messe et tous les saints,
Du pape la puissance
Reçois en diligence. »
 

Il suffisait alors, tout en prononçant ce texte à voix haute, d’alterner mentalement les vers des deux strophes, pour obtenir la profession de foi suivante : 

« J’abjure maintenant
Rome avec sa croyance, 

Calvin entièrement
J’ai en grand révérence, 

J’ai en très grand mépris
La messe et tous les saints, 

Et en exécration
Du pape la puissance, 

De Calvin les leçons
Reçois en diligence. »

   Olivier          

1 Le principe de la « dragonnade » est fort simple : il consistait à contraindre les familles de « parpaillots récalcitrants » à se convertir à la confession catholique, en exerçant sur elles une intolérable pression financière, pouvant parfois les acculer à la ruine. On les obligeait pour ce faire, à loger chez eux des dragons et leurs montures, les frais d’entretien et de nourriture des hommes et des chevaux incombant, naturellement, aux « familles d’accueil ». Ces militaires étaient en droit d’exiger de leurs « hôtes » tout ce que bon leur semblait, tant sur le plan de la qualité que sur celui de la quantité.
Il ne s’agit là, bien entendu, que de la partie « officielle » de la chose, à laquelle il faut ajouter les diverses exactions auxquelles pouvaient parfois se livrer  ces soudards, et que l’on imagine facilement !
(retour)

 

Bibliographie :
-   
André CHAMSON : « La Superbe » et « La Tour de Constance »
-   
Journal de Jean Migault, Les dragonnades en Poitou et Saintonge, Geste édition, 2000.
-   
Le massacre de Wassy et les Guerres de Religion, Musée Protestant de la Grange de Wassy.

 

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