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Une page d'Histoire

 

L’Eglise Réformée de Bois-le-Roi

1600-1682

Le premier pasteur (1600-1610)

 

Le premier de tous, Georges de Soulas, représente l’Eglise au Synode Provincial d’Ile de France, réuni à Claye en 1601, mais il réside provisoirement à Melun. Sur ce premier acte officiel le concernant, il est appelé Suissius, ailleurs Sovisse.

C’est un homme "de petite stature, qui a le poil noir" d’après un signalement établi alors qu’il était âgé d’une quarantaine d’années.

Né vers 1574, il était le petit-fils d’un gentilhomme massacré près de Coligny, dont il avait été page, Lazare-Victorien de Soulas.

Ce nom à consonance méridionale est en effet celui de localités languedociennes ; cependant, il y avait en Brie un fief Soulas dans la paroisse de Saint-Germain-lès-Couilly, et Georges de Soulas aurait été seigneur de Primefosse, à Montalivet, et de Tau à Touquin.

Il était surnommé le Suisse, peut-être parce qu’il faisait fonction d’aumônier auprès des soldats de la garde suisse appartenant aux cantons protestants avec lesquels Henri IV conclut des traités spéciaux

Le quartier des Suisses, à Fontainebleau, est précisément du côté des chemins qui mènent à Bois-le-Roi, près de la "Pointe" (aujourd’hui place de l’Etape-aux-Vins) : quartier où l’on marquait à la craie les maisons pour lesquelles les Suisses recevaient un billet de logement pendant les séjours du roi.

Il semble que Soulas préférait habiter Melun, Fontainebleau où, plutôt encore Paris, car deux Synodes provinciaux, à Charenton, "l’admonestent de demeurer à Bois-le-Roi, comme lieu de bailliage".

Il semble aussi que ce fut un assez triste personnage, essayant divers moyens pour accroître le traitement pastoral. De bonne heure, on s’en méfie, parmi les notables réformés. Dès 1605, Du Plessis Mornay écrit : "Je ne sçai si vous avez sçu le soupçon où on est de M. de Soulaz : il y en a des causes assez urgentes. Il faut voir quelle en sera l’issue. Si parloit-il (sic) icy bien éloigné de là".

Or, dès 1606, il est secrètes négociations pour abjurer ; l’assemblée du clergé lui octroie une pension de 400 livres par an. Il est vrai que durant deux ans "il ne s’est présenté et n’a fait aucune demande". Il mange, comme on dit communément, aux deux râteliers. Grâce à l’intervention de Sully, l’Eglise de Bois-le-Roi obtient du roi 500 livres de plus que ce à quoi elle n’avait droit : ce qui attire un blâme des Synodes nationaux en 1607 et 1609. En 1612, il touchera auprès du receveur général du clergé 800 livres en une fois, et, dans la suite, jusqu’en 1617, nombre d’autres "deniers" sous des formes diverses… Ayant quitté son église "sans congé" régulier dans l’automne 1610, il fut déposé par le Synode "malversations", abjura et reçu de l’Assemblée du clergé une pension de 400 livres. Il écrivit une Déclaration sur le sujet de sa conversion (1612) et, en faveur de la du concile de Trente, un livre qui reçut en 1615, l’approbation de la Sorbonne. 

Sa femme s’appelait Judith Donnay ; ils demeuraient à Paris, rue Saint-Martin, lorsque fut baptisée à Saint-Nicolas-des-Champs, en 1615, un de leurs enfants, dont l’évêque de Verdun est le parrain. Un autre devint un acteur célèbre sous le nom de Floridor : son acte de baptême n’a pas été retrouvé dans les registres catholiques. S’il est né en 1608, comme on l’a dit, il aurait été baptisé au temple de Bois-le-Roi.

Le Dauphin et son médecin protestant.

C’est au temps où G. de Soulas était pasteur à Fontainebleau qu’y fut baptisé le Dauphin. Sur ces mois de septembre, octobre et novembre 1606, nous sommes renseignés presque jour par jour, par le médecin protestant Héroard, tendrement attaché à l’enfant royal, qu’il accompagnera partout durant de longues années, et nous voyons quelles places de premier plan assurent les huguenots à la Cour.

Parti de Saint-Germain-en-Laye, en litière, le 9 septembre, le futur Louis XIII arrive par Soisy-sur-Ecole au château de Fleury, le 12.

Le lendemain, à une lieue de Fontainebleau, au nord des gorges de Franchard, "quantité de noblesse" va l’attendre sur la route, parmi laquelle maints gentilshommes protestants. Le précepteur huguenot est très sobre de détails sur le baptême célébré, le jeudi 14, par le cardinal de Gondy, "sous le poisle où estoient les fonds". Nous avons dit comment le dôme du baptistère a été probablement construit par S. de Brosse. Du 16 au 24, on va à Cély, mais Héroard ne dit pas s’il a assisté au culte du 17. Peu après, il faut que le roi vienne à Paris apaiser les fanatiques qui sont allés troubler l’exercice du culte à Charenton.

En novembre, la vieille princesse d’Orange, Louise de Coligny, fille de l’Amiral et veuve de Guillaume le Taciturne, étant en visite au château et sur le point de partir, le petit Dauphin lui fait demander de rester. Elle demeura, "pour l’amour de luy". Le 12, Lesdiguières, le vieil huguenot, amène les députés du Dauphiné "faire la révérence" au roi et à son fils.

(…)

Le second pasteur : Etienne de Courcelles

Sous le règne de Louis XIII, le premier pasteur de Fontainebleau succédant à l’apostat Soulas, fut un théologien de valeur, Etienne de Courcelles, né en 1586, d’une famille amiénoise réfugiée à Genève. Sa femme s’appelait Jeanne Leblanc.

Il fit de vaines démarches pour obtenir un lieu de culte plus commode, dans un faubourg au nord de Fontainebleau. Voici ce qu’on peut lire dans un manuscrit de la Bibliothèque Mazarine : Cahier des approches de l’exercice plus près des villes, présenté au roi, à Tours, avec le cahier général, le 12 septembre 1615 :

"Article XV : D’accorder à ceux de la religion de Fontainebleau qui s’assemblent en lieu grandement incommode, qu’il leur soit permis d’achepter une place au lieu du Monceau pour y faire ledit exercice."

La réponse est péremptoire :

"On ne peut changer l’établissement cy-devant fait pour le regard de Fontainebleau."

E. de Courcelles exhorta, pendant sa dernière maladie, Louise de Coligny dont nous avons signalé la présence quelques années auparavant. Restée très française de cœur, habitant souvent en Gâtinais son château de Châteaurenard, elle était venue traiter certaines affaires concernant les Provinces Unies et Marie de Médicis l’avait invitée à un séjour au palais de Fontainebleau.

Le 1er novembre, elle est atteinte d’une pleurésie grave pour une femme de soixante-cinq ans. Le 8, après avoir prié pour sa famille, elle fait venir, à 23 heures, deux notaires bellifontains, Linceau et Morlon, "gisant au lit, malade, saine toutefois de son esprit et entendement", auxquels elle dicte son testament.

A une veuve d’Avon, elle lègue 200 livres tournois ; "à l’église réformée de Bois-le-Roi 50 livres pour estre ladite somme distribuée, ordonnée et aumosnée aux pauvres nécessiteux, par les anciens et le pasteur de ladite Eglise" ; "à M. Etienne de Courcelles, ministre de l’Eglise réformée de Bois-le-Roy, 75 livres ". Son cousin, Charles de Coligny, seigneur d’Andelot, était présent et signe avec les notaires. Elle meurt cinq jours plus tard, le 13, "en bonne chrétienne ".

Une dernière clause du testament portait :

" Déclare ladite dame qu’elle veut, quand il plaira à Dieu séparer son âme de son corps, son dict corps estre porté en Hollande, près celui de feu Mgr le prince d’Orange, son mari. "

Cette volonté ne pouvant être exécutée en hiver, son corps embaumé sera, au printemps suivant, transporté à Delft où l’inhumation aura lieu en présence des Etats Généraux, un lundi de mai 1621.

(…)

Tant aux Pays-Bas qu’en France, il y avait dans les Eglises réformées à cette époque des dissentiments théologiques entre calvinistes et " arminiens ", partisans des doctrines du Hollandais Arminius, pour et contre la prédestination. E. de Courcelles, d’abord élève de Th. de Bèze, n’avait cependant pas approuvé les articles votés à Dodrecht, puis à Alais, renforçant la doctrine calvinienne de la prédestination : il dut, en 1621, quitter l’Eglise de Fontainebleau.

Un curé melunais publia alors triomphalement une brochure intitulée : La chasse donnée à M. E. de Courcelles, ministre de la R.P.R. à Fontainebleau, lequel a été mis aux abois.

 

Le troisième pasteur : F. de Prez (1623 ? – 1643 ?)

Après avoir été mal partagée quant à ses deux premiers pasteurs, l’Eglise de Fontainebleau était enfin pourvue d’un troisième, qui exerça son ministère une trentaine d’années. Son père était un gentilhomme savoyard ; sa mère appartenait à la famille genevoise des Mestrezat, dont un membre était également pasteur à Paris au temps de Louis XIII.

En 1608, Pierre de Prez avait obtenu de Henri IV des lettres de naturalité. Son fils aîné, Ferdinand, nommé vers 1624, épousa la même année Anne Fournier, fille d’un sculpteur, Gabriel Fournier, et de Marguerite Barthélemy. De cette union naquirent deux fils, Louis et Jacques. Ils virent le jour à Fontainebleau et devinrent eux aussi pasteurs.

(…)

Ferdinand de Prez était aussi strictement calviniste que son prédécesseur l’était peu : du moins est-il permis de le supposer puisqu’il envoya ses fils faire leurs études aux Académies très orthodoxes de Genève et Sedan.

Les débuts de son séjour à Fontainebleau furent difficiles en raison des troubles, jusqu’à l’édit de grâce, de 1629. Le 4 juillet 1625, on vit arriver à Fontainebleau les députés du duc de Rohan, des villes de La Rochelle, Montauban et Castres ; un " cahier général " était présenté au roi. Le 25, M. de Bouffard-Modiane recevait un passeport pour aller porter à Castres les conditions de paix. Le légat Barberini, neveu du pape, s’y trouvait peu après et parlait de " l’extirpation de l’hérésie ", mais la politique pontificale au sujet des Grisons était alors contrecarrée par Richelieu, qu’approuva fin septembre un " Conseil extraordinaire des premiers du royaume " : ducs et pairs, premiers présidents et prélats, réunis dans le cabinet de l’Ovale.

En 1626, De Prez assiste au colloque de l’Ile de France. Fontainebleau, dans l’organisation catholique, commençait seulement alors à manifester une existence distincte de celle d’Avon, dont les Mathurins desservaient la cure. Les premiers registres catholiques de baptêmes, mariages et sépultures conservés aux Archives Départementales datent de 1626.*

Après l’édit de pacification de 1629, les protestants recommencent à être mieux accueillis en Cour, et l’Eglise réformée, plus brillante durant les séjours de celle-ci, continuait son existence, troublée parfois par quelques " différends " et assez peu empressée, parfois, à envoyer ses députés –le pasteur et un ancien- aux sessions synodales (en 1626 et 1637).

Ferdinand de Prez était encore " ministre de la Parole de Dieu et demeurant à Fontainebleau " en 1641 : c’est ainsi qu’il signe avec cette double mention, le 23 juin, un acte notarié. Mais, vers la fin du règne de Louis XIII, son ministère est terminé ou interrompu, dans des circonstances inconnues.*

 

* Les AD ne possèdent malheureusement pas de registres protestants antérieurs à 1670.
*
Rappelons-le, en 1938. (O.E.)

Olivier                       

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