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La Petite Gazette Généalogique

 

Une page d'Histoire

 

La Grande Peur de 1789


D'où vient le spontané mouvement organisé que l'on nomme
 "la grande peur de 1789" ? 

La grande peur entraîne, en quelques jours, des émeutes, des soulèvements 
Les victimes de ces mouvements sont toujours les Nobles, grands propriétaires terriens que l'on soupçonne de cacher des armes afin d'accueillir de mystérieuses armées étrangères.

"Partout, on croit au complot, partout l'on tue".

 

 

 

 A Saint-Céré, le 29 juillet 1789, un échevin de Gramat arriva tout courant en sueur, annonçant qu'une bande de quatre mille pillards et bandits approchait, qu'il fallait s'armer et sonner le tocsin ; un peu plus tard le bruit se répandit que Brive, Tulle, Moissac, Argentat et Martel étaient en flammes. Pleins d'angoisse, les habitants de Saint-Céré prirent les armes et attendirent : rien ne parut. Ils connurent, quelques jours plus tard, qu'ils avaient été victimes d'un farceur et que tout le pays était dans la plus grande tranquillité.
  Le même jour, dans les campagnes de l'Artois, courut subitement la nouvelle qu'une armée anglaise était débarquée sur les côtes ; d'autres disaient que les impériaux avaient passé la frontière ; ou bien, c'étaient des brigands, des assassins, des incendiaires qui ravageaient le pays, "y semant la mort et le pillage". Personne n'avait rien vu, mais chacun se précipitait, terrifié, fuyant vers les villes ou se  cachant dans les forêts.
  Le même jour encore, le domestique du curé de la Brûlatte dans le diocèse du Mans, accourut à cheval, vers huit heures du soir, au village de Ruillé-le-Gravelais, criant que quinze cents brigands sortent d'Andouillé, qu'ils ont tout ravagé, égorgeant ceux qu'ils rencontrent, et qu'ils se dirigent vers Saint-Ouen-des-Toits. Une heure après, le commandant des gabelles de la Gravelle reçoit le même avis et part pour les forges de Saint-Brillet avec ses gabelous, assisté de cent paysans armés de faux, de fourches et de bâtons. "Une telle panique s'empara de tous les esprits que l'on sortit des maisons pour aller au hasard, sans savoir où ; le curé de Ruillé confessa de quatre heures à neuf heures et demie du soir, ce jour-là, les gens affolés par la pensée de la mort imminente...". Le lendemain on apprit que l'alerte était sans motifs et chacun rentra chez soi.

  Ainsi, presque à la même heure, à toutes les extrémités du royaume, en Quercy, en Picardie et dans le Maine, le même fait se présenta dans des circonstances identiques. Et cette panique instantanée, sans raison, est constatée dans presque tous les villages de France ; la rumeur est partout qu'ils arrivent ; ils sont là. Qui ? On ne sait pas ; mais on a peur ; l'épouvante croît d'instant en instant, alimentée, surexcitée jusqu'au paroxysme, jusqu'à la folie, par des courriers mystérieux. Les hommes se saisissent de tout ce qui peut servir d'arme : vieux fusils, sabres, épieux, fourches, faux, houes, bâtons ; les femmes, les enfants se cachent ; on enfouit sous terre ce qu'on a de plus précieux ; on abandonne maisons, récoltes, meubles, hardes. Le peuple de France fut durant plusieurs heures un troupeau fuyant à la débandade.
  Quelques traits sont particulièrement caractéristiques : un tisserand de Laval, qui écrivait son journal avec beaucoup de soin, note que les habitants des bourgs et des campagnes accouraient le jour de la "grande peur", à travers champs et chemins, jusqu'à la ville : ils arrivaient par paroisses entières, disant : "Ils sont en tel endroit et pillent toutes les maisons ! - Qui ça ? leur demandait-on. - Mais, c'est une armée toute entière. - Où est-elle ? - Les gens disent qu'elle est proche. - Qui l'a vue ? - On n'en sait rien..." La ville fut bientôt encombrée de fuyards. Bien des gens se disposaient à porter secours à ceux dont on disait les fermes incendiées. Dès que l'on courait du côté d Craon, une nouvelle arrivait que c'était du côté de Forcé ; on rebroussait chemin, puis on annonçait qu'il ne fallait pas se diriger de ce côté là mais du côté de l'Huisserie. On ne savait plus où aller. La matinée se passa en courses et en transes. On en a ri dans l'après-midi.
  A Néris, près de Montluçon, le 30 à deux heures du matin, les cris : "Aux armes ! Au secours ! Nous sommes brûlés ! " se font entendre. Un forcené passe, tendant au bout d'une fourche un papier sur lequel la paroisse de Montluçon "sur le point d'être perdu", réclame assistance. Le curé fait sonner le tocsin, on s'arme, on se met en marche ; mais "les messieurs" de Montluçon renvoient bien vite cette troupe qu'ils ne veulent pas nourrir ; personne ne les menace et ils n'ont point besoin de secours. Les volontaires rentrent à Néris, et dans l'après-midi arrivent coup sur coup trois cavaliers inconnus qui traversent le bourg au grand galop de leurs chevaux ; c'est Limoges que les brigands dévastent ; c'est là qu'il faut courir...
  Et il en est ainsi dans le Lyonnais, en Champagne, en Auvergne, dans le Limousin, en Saintonge, en Vendée, à Sedan, à Guéret, à Toulouse et à Montauban ; ici seulement, comme on est dans le Midi, ce n'est plus comme ailleurs trois mille ou cinq mille brigands... On en annonce "trente mille" ; on en a vu une multitude. Jusqu'aux régions les plus reculées, l'effrayante rumeur parvient avec la rapidité d'un écho ; dans les Basses-Alpes la panique est extrême ; en Tarentaise l'agitation est folle ; les populations descendent des montagnes ; la petite ville de Seyne, sur la Durance, est en ébullition. Le marquis d'Hugues se porte sur Tallard, avec sept cents hommes, pour défendre le bourg contre l'ennemi imaginaire.
  Comme, en ce temps où n'existaient ni télégraphe ni téléphone, un mouvement si rapide a-t-il pu secouer toute la nation ?  D'où venait le mot d'ordre ? Qui donna le signal ? Là est le mystère qu'il s'agirait d'éclaircir. Tâche difficile, car la besogne fut ténébreuse. En plusieurs contrées les procès verbaux signalent, il est vrai, le passage d'émissaires inconnus, semant d'un mot la terreur, recommandant de prendre les armes et disparaissant aussitôt. A Thiviers, dans le Périgord, un cavalier arrive dans le bourg en pleine nuit, frappe à la porte d'un menuisier, lui ordonne de confectionner sur-le-champ deux cents hampes de pique ; puis il repart sans débrider et sans laisser d'adresse. Les hampes furent faites et la municipalité les prit à son compte. On a traité de légendes ces récits d'ordres secrets émanés d'autorités invisibles ; mais il faut bien reconnaître qu'on en retrouve trace à chacune des pages de cette singulière histoire.

Dans quel but et par qui ce vaste complot fut-il organisé ?

  Les uns accusent le duc d'Orléans ; d'autres Mirabeau : en général on est d'accord pour l'attribuer "aux chefs de la Révolution"; désignation un peu vague, on doit le dire. Voici la thèse. Paris "travaillé" depuis longtemps, avait marché, le 14 juillet, selon les vues du parti révolutionnaire, mais la population rurale, très attachée à la monarchie, semblait indifférente aux évènements. Comment résoudre le problème de galvaniser cette masse insouciante et surtout d'armer instantanément, sans que le gouvernement y trouvât à redire, ce peuple dont on allait avoir besoin ? Car tous les paysans de France étaient sans armes et sans munitions. Depuis quelques années, sur la plainte des hobereaux, bien des fusils avaient été confisqués, sous le prétexte de prévenir le braconnage ; la poudre était une denrée rare et chère. Or partout, quand les imaginaires brigands furent signalés, on courut soit au château du seigneur voisin, soit aux arsenaux de la ville prochaine : on réclama des armes à grands cris. Comment refuser ? C'était pour courir sus aux bandits. A Limoges, par exemple, les volontaires s'attroupèrent autour de l'intendance ; on vida tous les magasins de fusils, tous les bureaux approvisionnés de poudre, et là comme ailleurs, avec des encouragements de l'autorité , les ouvriers et les paysans se trouvèrent en quelques heures transformés en soldats.
  Anquetil, presque contemporain des évènements écrivait : "Rien de plus singulier que l'armement de tout le royaume en un seul jour et presque en un instant pendant que le canon tonnait à la Bastille, des hommes sans aveu volent sur toutes les routes, criant :"Aux armes !", annonçant des brigands prêts à tout ravager, invitant tous citoyens à s'armer pour les repousser, et levant en un clin d'oeil, dans toute la France, une milice innombrable. La légitimité d'une défense, crue nécessaire, y enrôlera les plus honnêtes gens..." Et l'historien fait remarquer que dès le commencement des troubles de France, Pitt, le ministre anglais, avait demandé au Parlement et obtenu qu'il fût accordé une somme de 25 millions "dont il ne serait pas tenu de rendre compte..." Fonds secrets qui auraient servi peut-être à armer toute la France contre la Royauté...

De si graves et étonnantes allégations auraient besoin de quelque preuve. Ce qu'on peut assurer cependant c'est que loin d'être un mouvement spontané, la "grande peur" fut, en réalité, une vaste expérience révolutionnaire.
  

 
 

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Source : Chronique de l'Histoire
(La grande peur de 1789 par l'académicien
 G. Lenôtre)

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