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La Petite Gazette Généalogique

 

Une page d'Histoire

 

Hygiène dans la ville

Au mois d'août 1880 une odeur épouvantable se répandit dans Paris.
"On ne s'abordait plus que d'un mot : sentez-vous ? quelle puanteur !" 

Chose curieuse, l'odeur semblait venir de partout et de nulle part. Impossible d'en déterminer l'origine. Mais aucun doute quant à sa nature

C'était celle de l'excrément

 

 

  En 1809, devant l'évidence de l'empoisonnement des puits, on fit obligation de les rendre étanches. Par ironie amer, cette protection du sous-sol allait provoquer l'apparition d'un nouveau fléau : les vidanges.  De 40 000 mètres cubes au début du siècles leur volume passait à 500 000 cinquante ans plus tard.
  L'extraction des matières fécales qui se faisait nuitamment était, aux dires des contemporains, la honte de Paris. Lorsque les énormes tonneaux poisseux et suintants venaient se ranger, dans un vacarme infernal, le long du trottoir, tous les habitants de la rue, et pas seulement ceux de la maison concernée, calfeutraient portes et fenêtres et allaient, s'ils le pouvaient, passer la nuit ailleurs. On avait tenté d'améliorer le procédé par le moyen des fosses mobiles, sorte de réservoir, que l'on enlevait lorsqu'ils étaient pleins pour les remplacer par un vide. Mais les manutentions étaient périlleuses. Il arrivait souvent que les vidangeurs n'interviennent qu'après qu'il ait débordé. Le sol de la cave restait alors imprégné et empestait la maison durant des semaines. Vers 1835 on avait découvert que l'on pouvait atténuer les odeurs des fosses par l'utilisation de désinfectant : le clore et les sels métalliques. Il devenait possible d'autoriser le rejet à l'égout des matières liquides (eaux vannes) ne récupérant dans les fosses que les précieuses matières solides, indispensables pour les engrais. Puisqu'on en était à l'observation des basses oeuvres, on constata également que les eaux vannes fraîches n'avaient pas d'odeur, celle-ci n'apparaissant qu'avec la fermentation.
  C'est ainsi qu'Haussmann fut amené, en 1867, après de longues hésitations, à admettre l'utilisation de tinettes. Ces appareils n'étaient rien d'autre qu'un réservoir à filtre ne retenant que les solides. Ce système avait un avantage supplémentaire, il permettait d'utiliser l'eau dans les cabinets, sans restriction particulière, puisqu'elle s'écoulait directement à l'égout. Le procédé connut un succès certain, puisqu'en 1885 (année où le tout-à-l'égout sera autorisé) on dénombrait 30 000 tinettes pour 80 000 fosses fixes et 14 000 fosses mobiles.
  Jusqu'au milieu du XIXème siècles, les matières étaient apportées à la voirie de Montfaucon (emplacement actuel des Buttes Chaumont) où elles restaient exposées à l'air libre jusqu'à ce que l'action conjuguée de la décantation, de la fermentation et de l'évaporation les ait transformées en matière sèche. Ce résidu, que l'on appelait "poudrette", était revendu comme engrais aux maraîchers voisins. La fraction liquide qui ne s'était pas imbibée dans le sol, s'écoulait tranquillement dans un égout qui longeait le canal St Martin et se déversait en Seine à l'amont de l'endroit où les parisiens puisaient leur boisson. Ce "marais excrémentiel" qui, par vent d'Est, rabattait sur la ville des odeurs insupportables, dura jusqu'en 1849, date à laquelle on l'exila dans la forêt de Bondy, de sinistre mémoire. Les résidus liquides y étaient rejetés dans un égout qui rejoignait la Seine à Saint Denis.
  La banlieue subissait maintenant le contrecoup de l'assainissement parisien. Cela d'autant plus qu'Haussmann, qui s'attachait à la construction d'un réseau d'égout moderne, avec l'obstination et la force du boeuf, était en train de border la Seine par deux grands collecteurs, rive droite et rive gauche, interceptant ainsi tous les écoulements parisiens pour les envoyer rejoindre la Seine au pont d'Asnières. Pour les riverains de l'aval la situation devenait dramatique. Le docteur Bourneville écrivait qu'une "fermentation continuelle pendant l'été faisait bouillonner les eaux du fleuve, ramenait les immondices du fond vers la surface et dégageait du gaz des marais sous la forme de bulles énormes atteignant parfois un mètre de diamètre". Comment dans de telles conditions ajouter aux eaux d'égout les matières fécales, éminemment putrescibles, qui ne pouvaient qu'amplifier l'infection.
  La ville de Paris avait une solution. Depuis 1866 elle expérimentait dans la plaine de Gennevilliers, un procédé simple qui consistait à irriguer des terres agricoles avec les eaux d'égout. Il avait donné d'excellents résultats. La valeur de ces terrains avait considérablement augmenté. Mais les compagnies de "vidanges et engrais" ne l'entendaient pas de cette oreille. Très liées au milieu financier qui tenait une grande partie de la presse, elles déclenchaient une campagne vigoureuse, attaquant le principe du tout-à-l'égout. L'opinion publique avait un avis tout à fait contraire. Et malgré les épidémies de typhoïde de 1882 et de choléra de 1884 dont on discernant mal l'origine, les locataires parisiens réclamaient l'amélioration de leurs conditions d'hygiène par un raccordement d'égout. Ce fut alors au tour des propriétaires d'entrer dans la danse au nom du refus de "l'eau courante obligatoire" et en se fondant sur les déclarations de Pasteur, qui considérait que l'utilisation agricole des eaux d'égout était dangereuse pour la santé publique.
  Malgré le vote de la loi, imposant le tout-à-l'égout en 1894, leur opposition ne se démentit pas. Elle trouva un allié auprès des habitants de la Seine-et-Oise qui, en raison du développement trop lent des champs d'épandage, voyaient le fleuve se polluer. "La Seine est contaminée, perdue perdue d'immondices. C'est abject". Mais la nostalgie n'était plus de mise. Les locataires recherchaient maintenant dans tous les quartiers, les immeubles raccordés. Sous la pression de la concurrence les propriétaires s'exécutaient en rechignant. En 1923, il n'y avait encore que 80 % des maisons qui étaient raccordées malgré la loi de 1894 qui ne laissait que 3 ans aux propriétaires pour ce mettre en règle. Vingt mille fosses et 5 500 tinettes subsistaient encore. Malgré ces lenteurs, le tout-à-l'égout gagnait définitivement la bataille. Le grand vaincu n'était ni les vidangeurs, ni les propriétaires, qui avaient trouvé d'autres sources de profit, mais bien le fleuve qui naissait à la pollution.

 

 
 

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Source : Chronique de l'Histoire
(l'hygiène dans la ville par Simon Lacordaire)

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