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La Petite Gazette Généalogique

 

Une page d'Histoire

 

Hygiène dans la ville


Au mois d'août 1880 une odeur épouvantable se répandit dans Paris.
"On ne s'abordait plus que d'un mot : sentez-vous ? quelle puanteur !" 

Chose curieuse, l'odeur semblait venir de partout et de nulle part. Impossible d'en déterminer l'origine. Mais aucun doute quant à sa nature

C'était celle de l'excrément

 

 

 

  Les uns accusèrent les égouts tous neufs qu'Haussmann venait de faire construire, les autres les nouvelles usines-dépotoirs de la banlieue qui transformaient les matières de vidange en engrais, et qui composaient autour de Parie un collier répugnant.

  Un immense tollé s'éleva de toutes parts sur l'état d'insalubrité de la ville. En cet été torride, la crainte d'une épidémie de choléra portée par ces miasmes angoissait les habitants. "Il semblait qu'on fut à la veille d'un empoisonnement général".
  Cette affaire relançait la polémique qui depuis 1870 opposait les tenants du tout-à-l'égout aux partisans de la fosse d'aisance. Querelle qui s'alimentait alternativement de considérations scientifiques, économiques ou éthiques, et qui allait provoquer une campagne de presse de vingt années. Il faudra attendre 1900 pour que les passions s'apaisent et que le principe d'un assainissement général des habitations par "l'écoulement direct à l'égout, des matières solides et liquides des cabinets d'aisance" soit accepté de tous.

  Pourquoi une telle hésitation ? Et quelles furent les conséquences de ce qui nous paraît aujourd'hui un progrès du confort ? La tradition parisienne prêtait aux excréments humains des vertus particulières pour l'engraissement des terres agricoles. Victor Hugo n'affirmait-il pas que "grâce à l'engrais humain, la terre en Chine (était) aussi jeune qu'au temps d'Abraham". Il importait donc que de préserver cette précieuse matière et de ne pas la dilapider en la rejetant n'importe où et n'importe comment. Surtout ne rien laisser perdre ! Mais en même temps le stockage et la collecte de ces produits empoisonnaient la ville, tout en faisant la fortune des vidangeurs.

  Jusqu'à une période récente les parisiens s'étaient accommodés de leur puanteur. Elle venait du fond des âges et faisait partie du paysage parisien. Cependant, depuis le début du XIX ème siècle la situation avait considérablement empiré. Sous l'afflux des immigrés de province, la ville se clochardisait et s'enfonçait dans l'insalubrité. Les chemins de fer avaient déversé à pleins wagons une population pauvre venue, ici, chercher du travail. Dans le cadre inchangé des rues, des palais, des maisons et des passages du XVIII ème siècle, une autre ville avait grandi. Les vieilles demeures avaient été investies, transformées en garnis, en ateliers, en fabriques. Les cours et les jardins s'étaient couverts de constructions. Les rues déjà étroites étaient devenues des corridors, enterrés aux pieds des maisons qui s'exhaussaient, s'avançaient et se boursouflaient. "On se croirait dans une ville souterraine tant l'atmosphère est pesante, tant l'obscurité est profonde" déclarait un contemporain. Une voyageuse anglaise s'offusquait de la saleté ambiante : "vous ne pouvez pas faire un pas sans que votre vue et votre odorat soient choqués et dégoûtés de toutes les façons imaginables".

C'est dans ce décor qu'allait se déclencher, 
au début de l'année 1832, 
la première épidémie de choléra

  L'engorgement des eaux usées dans les égouts plusieurs fois centenaire est directement à l'origine de la grande épidémie de choléra de 1832.
 
En quelques mois, 18000 personnes trouvaient la mort. La plupart, pour ne pas dire la quasi totalité de celles-ci, habitaient les quartiers pauvres et insalubres du centre. Bien que la cause exacte du mal reste inconnue, les contemporains ne pouvaient manquer d'être frappés par les limites d'extension de l'épidémie qui respectait très scrupuleusement les frontières de la misère. Le choléra s'acharnait sur les taudis. La commission de salubrité pouvait déclarer avec certitude que le choléra "se nourrissait de l'étroitesse et de l'embouteillage des rues, de la hauteur excessive des maisons qui rendait les rues obscures, sales et humides, du mauvais système d'écoulement des eaux ménagères, de l'absence de système de nettoiement, du top petit nombre de bornes-fontaines et de l'insuffisance des égouts". Pourtant depuis 1825 la ville avait consenti des efforts importants pour assurer un semblant d'hygiène. Grâce à la dérivation de la rivière de l'Ourcq, qui venait de s'achever, elle possédait maintenant des volumes d'eau, en principe suffisants pour assurer le nettoiement des rues et des égouts. Une série de bornes fontaines, judicieusement placées, devaient provoquer un écoulement permanent dans les caniveaux. Hélas ! On avait pêché par optimisme. L'eau n'arrivait pas aussi bien qu'on l'avait espéré. Etranglées par la pénurie, les belles bornes du préfet Rambuteau ne coulaient que quelques heures par jour. D'autre part la fraction pauvre de la population n'avait guère tardé à les squatter pour y remplir ses cruches, ses moyens ne lui permettant pas d'acheter sa boisson aux porteurs d'eau.
  A cette époque l'eau de boisson, qui provenait de la Seine, n'était distribuée que dans quelques fontaines où il était difficile de s'approvisionner, en raison de la cohue qui y régnait. Quant à avoir un robinet chez soi, il ne fallait pas y songer, dès lors que l'on n'habitait pas une maison de luxe. Pourtant la ville proposait aux propriétaires de souscrire un abonnement qui donnait droit à une distribution à domicile.
  Mais, il n'y avait pas une maison sur cinq pour accepter cette proposition. Ouvrir leur maison à l'eau courante avait comme conséquence, aux yeux des propriétaires de remplir trop rapidement les fosses en incitant les locataires à nettoyer les cabinets. Vingt ans plus tard Haussmann constatait la permanence de cette attitude. Le refus d'admettre l'eau courante à domicile restait une constante du propriétaire parisien. "Chaque mètre cube de matière que contiennent les fosses d'aisance coûte environ 8 francs de vidange. Le volume total n'est pas moindre, en ce moment, de 200000 mètres cubes par an, et il augmente suivant une progression constante. La cause principale de ce rapide et onéreux accroissement est l'habitude qui se répand de plus en plus, de jeter dans les fosses de notables quantités d'eau. On conçoit que les propriétaires soient peu disposés à des dépenses quelconques pour faire parvenir l'eau à chaque étage de leurs maisons, lorsqu'ils prévoient qu'ils auront ensuite de grosses sommes à payer pour la faire sortir de leur fosse". Sur 6229 maisons abonnées aux eaux de la ville, il n'y en avait, à son époque, que 140 qui les recevaient aux étages. Paris comptait alors 30000 immeubles. On imagine aisément les conditions d'hygiène dans lesquelles vivaient les parisiens. Quant à la population pauvre c'était pire. En 1870, le directeur des eaux de Paris reconnaissait que "les maisons occupées par les ouvriers (étaient) presque toute privées d'une distribution d'eau. Le propriétaire prend les mesures les plus rigoureuses et les plus arbitraires, et par exemple, interdit l'emploi de l'eau dans les cabinets d'aisance", précisait-il.
  C'est le 13 septembre 1533 que le parlement de paris avait imposé le creusement d'une fosse sous chaque maison. Ce ne furent que des passoires. Elles perdaient leur contenu dans le sol, entraînant une infection de la nappe phréatique. En 1809, devant l'évidence de l'empoisonnement des puits, on fit obligation de les rendre étanches. Par ironie amer, cette protection du sous-sol allait provoquer l'apparition d'un nouveau fléau : les vidanges. 

 
 

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A suivre...

    

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Source : Chronique de l'Histoire
(l'hygiène dans la ville par Simon Lacordaire)

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