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Le Feuilleton de l'Amicale

Les voyages de Jean Baptiste MOREAU

Episode n° 18                              © 2001 - Amicale-Généalogie  

  

Austerlitz
vécu et raconté par 
Jean Baptiste Moreau 
 

Nous avions en face de nous cent mille ennemis disposés sur une ligne de crête. 
Avec leurs canons pointés sur nous 
ils s'apprêtaient à nous recevoir.
 
Ce fut la bataille d'Austerlitz,
nous étions le deux décembre 1805,
il faisait beau.  

 Nous faisions partie du troisième corps de l'armée du Rhin commandée par le maréchal Lannes, remplaçant le maréchal Davout resté à Vienne. Notre division portait le numéro un, elle était sous les ordres du général Cafarelli, il avait remplacé le général Bisson blessé à Lambach. Placés à l'aile gauche de la grande armée, nous partîmes à l'attaque dès l'aurore. Sur la droite nous entendions la canonnade et la fusillade, la bataille commençait. A dix heures du matin l'assaut fut général, tous les canons tiraient, les régiments disposés en ligne avançaient vers l'ennemis. Ce dernier occupait les hauteurs avec sa cavalerie et son artillerie, qui nous envoya des boulets s'abattant sur nous comme la foudre avec un bruit de tonnerre. Plusieurs d'entre nous furent tués, mon chef de file eu le genou droit coupé. J'en profitai pour prendre son fusil, bien meilleur que le mien. Nous restâmes là cloués au sol sans pouvoir faire le moindre mouvement pendant une demi-heure. Nous étions fort heureusement au fond d'une cuvette, et, de ce fait, les obus passaient au-dessus de nos têtes. La cavalerie arrivant nous fûmes obligés de l'attaquer. Par un feu nourri et bien exécuté sur cette masse imposante de cavaliers, nous réussîmes à leur faire rebrousser chemin. Au même instant un régiment de chasseurs à cheval et des cuirassiers les chargèrent et les dispersèrent. Peu après, un régiment autrichien vint vers nous jetant les armes, voire les uniformes, les bras levés en signe de reddition. Un régiment de cavalerie russe les ayant aperçus foncèrent sur eux et en reconduisirent une partie dans leur camp. Nous avions ouvert une brèche pour laisser passer les cavaliers ennemis, emportés par leur élan. Après nous fîmes mouvement en obliquant sur la gauche, afin de gravir une petite butte, prenant garde de ne pas nous trouver dans la ligne de tir des canons autrichiens placés au-dessus de nous. Le combat s'anima, le feu fut très vif, on cria : "à la charge !", et nous nous précipitâmes en colonnes serrées à l'encontre du régiment de la cavalerie russe. Les cavaliers ennemis attaquèrent trois fois de suite en poussant des cris effroyables pour nous apeurer. Notre bataillon forma le carré et nous les laissâmes avancer. Nous étions entourés par les cavaliers russes de si près qu'on pouvait presque les toucher. Restant bien unis, le premier rang croisant les baïonnettes, nous entretînmes un feu nourri et bien dirigé sur nos attaquants. A cause des mouvements de leurs chevaux, ils ne pouvaient pas nous atteindre, beaucoup tombaient, le sol en était couvert. Nos balles meurtrières et leurs sifflement eurent raison de leur courage. Si cela avait duré plus longtemps nous les aurions tous éliminés. Pris de frayeur et désorganisés, ils s'enfuirent pour éviter la capture. Notre artillerie légère s'activait beaucoup, allant d'un point à un autre, elle nous assurait une bonne protection.
Quatre régiments de cuirassiers, deux de carabiniers et nous, sous les ordres du maréchal Lannes, nous montâmes courageusement à l'assaut des hauteurs tenues par l'ennemi. Animés d'une ardeur intrépide et au prix de furieux efforts nous culbutâmes les Russes. Lors de cette attaque les canons russes nous envoyaient de la mitraille, fort heureusement elle passait au-dessus de nos têtes. Quelques hommes cependant furent atteints, dont deux de notre compagnie, mon ami Heyssingue eut l'oreille coupé et Moreau fut blessé à l'épaule gauche. Quant à moi j'eus simplement mon chapeau percé en plusieurs endroits par des balles. Nous nous emparâmes des pièces d'artillerie, les servants les ayant abandonnés à notre arrivée. Notre bataillon descendit la côte afin de poursuivre nos ennemis qui s'enfuyaient en désordre à travers les champs. Au bas de la descente nous fûmes pris à partie par deux canons se trouvant sur une hauteur voisine. Deux compagnies de notre bataillon allèrent les déloger, ce qui fut fait avec promptitude.
  Le général Démon commandant notre brigade fut blessé au cours du combat et notre commandant de bataillon fut démonté, son cheval ayant eu la patte coupée par un boulet.
  Nous restâmes près de trois-quart d'heure près d'un ruisseau, puis partîmes sur la droite où le feu était très animé. Nous traversâmes une partie du champ de bataille où gisaient, éparpillés, quantité d'armes, de sacs et d'habits abandonnés. Nous eûmes la chance de trouver du pain car nous en manquions. Le jour déclinant, nous nous positionnâmes sur une hauteur afin d'y passer la nuit. Le feu cessa au crépuscule. Nous n'avions pas fait plus de trois lieues, cette bataille fut la plus importante que nous eussions jamais livrée. Quatre-vingt mille hommes de part et d'autre étaient hors combat, la terre était couverte de cadavres, un grand nombre d'ennemies se noyèrent dans le lac Menitz.
  Nous avions ce jour-là, décoré nos aigles d'une gloire immortelle. La célèbre infanterie russe n'avait pu nous résister, nous l'avions anéantie et dispersée. Nous avions pris cent vingt canons, les étendards de la garde impériale de Russie, quarante drapeaux et fait prisonniers vingt généraux et trente mille soldats. Sa majesté l'Empereur avait pris le commandement, en face de lui, les empereurs de Russie et d'Autriche avaient fait de même.
 Trois autre soldats et moi furent désignés pour aller reconnaître sur le champ de bataille les morts de notre compagnie. Nous en comptâmes quatorze tués et deux mourants. Nous fîmes notre rapport au sergent-major qui fit l'appel et constata que dix-neuf hommes manquaient. On supposa que les trois disparus avaient été blessés légèrement et s'étaient rendus près des ambulance.
 Notre colonel nous fit rassembler le soir et nous félicita d'avoir bien combattu, cependant il précisa que nous étions trop acharnés. En effet, j'avais remarqué, au plus fort de la bataille que nos officiers avaient de la peine à nous faire cesser de tirer.

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Sources : Pierre GUILLON


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Dix-septième épisode

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à suivre...

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