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Le Feuilleton de l'Amicale

Les voyages de Jean Baptiste MOREAU

Episode n° 17                              © 2001 - Amicale-Généalogie  

  

Jean Baptiste Moreau 
fait face aux dures réalités de la guerre

Comme nous ne recevions pas de nourriture nous prenions tout ce que nous trouvions dans les maisons abandonnées. 

Nous établîmes le contact avec l'ennemi, notre régiment n'avait pas encore eu l'occasion de combattre et nous fîmes feu, pour la première fois, lors d'un accrochage, sur une arrière garde russe. Cela ne dura pas longtemps, cependant quelques-uns des nôtres furent tués, parmi eux figurait un de mes amis le caporal Charbonnier. Atteint d'une balle à la tête il tomba raide mort sur la route à mes côtés. Il y eut aussi des blessés.
  Je rencontrai Monsieur Pillerot et nous entamâmes ma bouteille d'eau-de-vie, cela lui fit grand plaisir. Il but deux ou trois coups puis rejoignit la colonne en courant. Nous marchions de nuit et par un froid rigoureux. Ne pouvant plus avancer, en raison de la fatigue, nous nous couchâmes à même la terre puis nous nous endormîmes. Au réveil je ne vis plus mes camarades, ils étaient comme moi enfouis sous la neige, tombée la nuit en abondance. Les autres ne voulant pas se lever je repartis seul, néanmoins ils me rejoignirent peu après. Afin de nous réconforter nous finîmes de boire le reste de ma bouteille d'eau-de-vie.
  Avant de rattraper la colonne, nous entrâmes dans une ferme pour y chercher de quoi manger. La maison avait été pillée, seule une vielle femme y demeurait. Nous allions quitter la demeure quand j'avisai soudain de visiter la cave. Nous y trouvâmes du lard, du beurre, du cidre et du miel. Je mis dans ma carnassière un morceau de lard, un pot de beurre et un de miel. Nous rejoignîmes le bataillon qui bivouaquait encore vers dix heures. Nous n'eûmes guère le temps de souffler car nous repartîmes aussitôt. Le long du chemin j'entamai mon pot de beurre et en mangeai tant sans pain que je fus fortement écoeuré. Pour me remettre je pris du miel ce qui dissipas mes lourdeurs d'estomac. Monsieur Pillerot vint marcher à mes côtés. Il me demanda où j'avais couché, lui ayant répondu que j'avais dormi sous la neige, il m'apprit qu'il avait fait de même. Il voulut boire de mon eau de vie, malheureusement je n'en avais plus. Nous parcourûmes ensemble deux lieues, puis nous arrivâmes à Lambach, où nous logeâmes dans le château dévasté. Je lui cédai un peu de lard, du miel et mon pot de beurre contre un morceau de pain.
  Lambach est une petite ville située sur une rivière, elle possède un siège épiscopal et des manufactures de draps, de rubans et de soie.
  Avant de fuir, les ennemis avaient incendié le pont et un détachement nous tirait dessus depuis la rive opposée. Notre général de division Monsieur Bisson fut blessé au bras, alors le général Cafarelli prit le commandement. On échangea avec les Autrichiens des coups de fusil jusqu'à midi. Un groupe de nos soldats traversa sans être aperçu, le cours d'eau dans des bateaux et prit l'ennemi à revers. Les Autrichiens se rendirent et furent faits prisonniers. Aussitôt après nous réparâmes le pont.
  Nous levâmes le camp le lendemain midi, en cours de route nous vîmes en bordure du chemin de nombreux hommes et chevaux étendus morts. Postés le long d'une rivière nous eûmes le temps d'aller au ravitaillement. Nous avons eu la chance de trouver de la viande fraîche, cochons, moutons et volailles, du pain, du beurre, de la graisse, de la farine, du lait et diverses autres choses à manger. C'était l'abondance, j'en profitai pour remplir mon sac.
  Nous repartîmes et couchâmes plus loin près d'un couvent, coiffé de deux superbes dômes.
  Nous talonnions si bien les ennemis, qu'un jour dans une ferme nous trouvâmes un fricot qu'ils venaient de préparer et qu'ils durent abandonner pour fuir précipitamment. Notre course nous fit traverser plusieurs rivières et villages ainsi que la ville de Steyr. La cité au confluent du Steyr et de l'Enns est assez grande. Après nous parcourûmes une région montagneuse, poursuivant toujours nos ennemis à vive allure. Au pied d'une montagne nous découvrîmes les débris de l'armée autrichienne, bousculée par notre avant-garde. Il y avait des chariots renversés, plus des fusils cassés et la batterie de cuisine toute éparpillée. Quelques boeufs avaient été abandonnés sur place et les ennemis restés là furent faits prisonniers. L'un deux parlant français signala au général qu'un certains nombre s'étaient enfuis dans les gorges voisines.
  Nous fûmes désignés pour les poursuivre et les capturer. Ce fut pour nous une corvée car nous dûmes emprunter des chemins impossibles et courir derrière eux. Nous eûmes l'ordre de tirer sur tous les fuyards découverts. Je fis feu sur un groupe de quatre hommes qui, aussitôt levèrent les bras en signe de reddition. Par précaution le rechargeai mon fusil mais ils jetèrent leurs armes. Trois étaient des fusiliers, le quatrième un musicien. Après les avoir fouillés, je les raccompagnai jusqu'au lieu de regroupement des prisonniers. 
  Pendant cette chasse j'eus la chance de trouver dans une maison vide, un sac contenant des chaussures neuves. Comme j'avais les mêmes souliers depuis le passage du Rhin, ils étaient dans un piteux état. Par bonheur deux paires étaient de ma pointure, je les mis dans mon sac.
  Après quelque repos au village nous repartîmes. Nous descendîmes de nuit un chemin difficile et de plus verglacé, beaucoup tombaient et se blessaient. Moi-même je fis une chute, et le général qui marchait à mes côtés m'aida sans façon à me relever et me demanda si je ne m'étais pas fait mal. J'appréciai grandement son geste et le remerciai, en l'assurant que je n'avais rien. Notre régiment allait à vive allure, aussi, étant trop fatigué je décidai avec quelques autres de ma reposer au premier bivouac rencontré. Notre bataillon continuant d'avancer nous nous trouvâmes assez loin derrière. Repartis le lendemain nous prîmes des chemins étroits de montagne, recouverts de neige gelée et verglacée. Nous chutions fréquemment, les cavaliers qui suivaient la même route avaient été contraints de mettre pied à terre et de conduire doucement leur monture par la bride, malgré cette précaution ils tombaient souvent, aussi bien les hommes que les chevaux. Sur le bord de ces sentiers nous vîmes abandonnés, des pièces d'artillerie, des uniformes et de nombreux cadavres de soldats et d'animaux.
  Parvenus à une petite ville perchée en haut d'un mont, nous apprîmes que notre régiment était loin de là, nous décidâmes cependant de passer la nuit ici. Nous découvrîmes une cave pleine de vin, le sol en était inondé, pataugeant dans le liquide je parvins jusqu'au tonneau d'où s'échappait le breuvage. Je remplis un pot en grès et revins vers mes camarades pour boire avec eux.
  Je repris ma route seul, mais plus loin extrêmement fatigué, je fis halte dans un bivouac dressé sur mon chemin, pour m'y reposer. Je repartis en compagnie de trois grenadiers du trentième régiment. Au soir nous nous arrêtâmes dans une grande maison d'un village. A l'intérieur quelques soldats faisaient chauffer un fricot. Nous ne trouvâmes rien à manger mais une belle chambre avec de bons lits de plumes. Nous espérions passer une excellente nuit. Un proverbe dit : "Ne vous réjouissez jamais d'avance de crainte que votre joie ne se tourne en tristesse". En effet, après une demi-heure de profond sommeil, nous fûmes délogés par un général et sa suite qui prirent notre place.
  Fortement contrarié je continuai seul ma route, jusqu'au moment où  accablé de sommeil, j'entrai dans une maison où il y avait une quinzaine de soldats de divers régiments. Le maître de maison était là en compagnie de sa femme et de ses deux filles âgées de douze à treize ans. Comme la mère et et les deux gamines étaient belles, quelques soldats approuvés par les autres, désiraient vivement satisfaire leur appétit sexuel avec elles. Je fis part de mon indignation, mais étant le seul à protester, je dus rester silencieux afin de ne pas m'attirer la fureur des soudards. Voyants qu'ils avaient l'intention de se saisir de ces deux malheureuses jeune filles, je conçus un stratagème. Ne parlant pas allemand, je ne pouvais pas leur faire comprendre comment j'avais organisé mon plan. Les soldats étant occupés à parler entre eux, j'ouvris doucement la porte et fit signe aux deux jeunes filles de me suivre. D'abord elles hésitèrent, mais les parents ayant compris que je voulais les aider, les incitèrent à sortir discrètement l'une après l'autre. Je conduisis alors ces deux enfants au fond du hangar et les cachai derrière un tas de bois. Faisant semblant de rien je rentrai tout naturellement dans la maison, les autres pensèrent que j'étais sorti pour satisfaire mes besoins. Au bout de quelques minutes, s'apercevant de l'absence des filles ils demandèrent aux parents où elles étaient. Ces derniers ne purent répondre, aussi ces bandits jetèrent leur dévolu sur la mère qui d'après son aspect devait accoucher prochainement. Après avoir maîtrisé le père, ils menacèrent la mère de lui brûler les pieds dans le four allumé si elle ne cédait pas à leurs désirs. Cette scène me causa une vive émotion et une douleur extrême, ne pouvant intervenir et ne voulant pas assister à ce viol, je quittai promptement les lieux. Je continuais ma route tout en frémissant et en regrettant de m'être arrêté dans cette maison. L'armée était pleine de ces esprits égarés, l'illusion leur faisait croire que l'uniforme national couvrait les infamies qu'ils commettaient. Par habitude ce genre de conduite leur devenait malheureusement naturelle.
  Poursuivant mon chemin dans une région montagneuse, parcourue par de nombreux ruisseaux formant des rivières, je finis par rejoindre mon régiment prêt à bivouaquer. Nous trouvâmes sur place de la viande fraîche et du cidre en abondance. Plus tard, au cours de notre avance en direction de Vienne, nous fîmes halte dans un village situé sur le penchant d'une colline. A cet endroit deux caporaux furent fusillés, ni eux ni nous n'avions auparavant été informés de cette sentence. Le motif : insulte à des officiers supérieurs, ne semblait pas pour nous mériter la mort et cela nous causa une vive douleur mêlée d'indignation.
  Plus loin nous logeâmes dans une petite ville, au milieu d'une plaine plantée de vignes. Cette cité possède une place ornée d'un piédestal sur lequel reposent des statues représentant les quatre éléments, la terre, l'air, l'eau, le feu et une pyramide décorée de diverses figures.
  Le lendemain douze novembre 1805, nous traversâmes la ville de Vienne. Capitale de l'Autriche et de toute l'Allemagne, elle est située sur une hauteur et occupe une grande surface, les faubourgs avec des voies larges et non pavées sont plus importants que la cité elle-même. Cette dernière est entourée de remparts avec quelques bastions. Les maisons sont moins élevées qu'à Paris, beaucoup n'ont pas plus de deux étages. Les rues sont pavées. Nous traversâmes Vienne dans sa largeur et je vis en passant la cathédrale, très grande et très haute avec une flèche aussi importante que celle de Strasbourg mais moins décorée.
  Vienne est la résidence de l'Empereur d'Autriche, le Danube divisé en huit bras passe à côté de la cité. Le palais, les édifices publics et les places sont d'une grande beauté. La ville a un siège archiépiscopal, une université, une académie de médecine, de chirurgie et des beaux arts, de riches bibliothèques, un cabinet d'histoire naturelle, un arsenal et des manufactures de soieries, de velours, d'indiennes, de gaze, de rubans, de galons, de bijouterie et de quincaillerie.
  Après la traversée de Vienne et des huit bras du Danube, ce qui dura bien deux heures, nous arrivâmes tard pour camper dans des broussailles. Nous étions très fatigués et gelés car le froid était très rigoureux. Le lendemain, à peine avait-on commencé à faire cuire de la viande, qu'il nous fallut partir rapidement rejoindre un village. Nous étions vingt à loger par maison. Les demeures avaient été désertées par leurs habitants. Ils n'étaient pourtant pas loin, ayant trouvé une échelle derrière la maison je la pris pour monter au grenier. En y pénétrant j'eus la surprise de découvrir une quarantaine de personnes, hommes, femmes et enfants serrés les uns contre les autres. En me voyant, ils furent saisis de terreur, je tentai de les rassurer par des paroles apaisantes et les invitai à sortir, mais aucun d'eux ne semblait comprendre. Un homme parlant un petit peu le français me dit qu'ils ne voulaient pas quitter leur cachette car ils avaient trop peur. Je répondis : "Puisque c'est ainsi, restez là jusqu'à notre départ." Je descendis et retirai l'échelle. Je ne voulus pas parler de ma découverte de peur que quelqu'un de mal avisé ne les maltraitât.
  Nous trouvâmes des vivres, du vin et de la farine. Comme nous n'avions pas de pain j'entrepris d'en faire et je commençai à préparer la pâte et à la pétrir. Je ne saurai jamais si mes talents de boulanger se seraient avérés concluants, car nous dûmes lever le camp bien avant que le pain fût mis au four. Nous suivîmes divers chemins puis une route au nord de Vienne. Devant franchir un fossé assez profond, nous étions aidés par le colonel lui-même, il nous tendait la main et nous tirait pour nous permettre de gravir la pente. Ceci nous retarda beaucoup, pour rattraper le temps perdu nous marchâmes à vive allure sur la route. La nuit était noire on y voyait pas à deux pas et le froid avivé par le vent était difficile à supporter. Pénétrant dans un village entouré de murailles nous fûmes un instant à l'abri du vent et eûmes l'impression d'être dans un four, malheureusement à la sortie nous subîmes à nouveau les rigueurs du froid. Etant donné ces conditions pénibles, je décidai de m'arrêter dans la première maison venue. Quelques camarades m'imitèrent et nous passâmes la nuit à grelotter dans une grange. Nous repartîmes le lendemain et arrivâmes à Stockerau où était notre régiment.
  Nous restâmes deux jours dans cette petite ville, puis nous nous lançâmes à la poursuite des Russes. Nous logeâmes un soir à Hollabrunn, dans la maison d'un maréchal. Nous dormions profondément dans une chambre à l'entresol, quand nous fûmes réveillés par le feu qui avait déjà embrasé une partie de la demeure. Il s'ensuivit une panique, certains sautèrent par les fenêtres et l'un d'eux se cassa la jambe. Les autres se bousculaient dans l'escalier, envahi par la fumée, pour échapper à l'incendie. A part quelques brûlures et le membre fracturé nous nous en tirions relativement bien. 
  Repartis au jour, nous vîmes au sommet d'une côte sur chaque bord de la route, tant à droite qu'à gauche, un grand nombre de cadavres. Beaucoup étaient ceux  de Russes et parmi eux quelques-uns de soldats français. Cet horrible spectacle nous fit frémir de douleur. Mis en déroute, les Russes durent abandonner leurs positions. En battant en retraite ils brûlaient tous les villages de façon que nous ne puissions plus trouver de vivres. Nous allâmes loger dans un village en dehors de la route, à l'intérieur d'une maison où il y avait du vin. Espérant rester là quelques jours, nous commençâmes à laver notre linge qui en avait grand besoin. A peine l'avions-nous fait tremper qu'il fallut lever le camp en toute hâte. Nous dûmes ramasser nos vêtements tout mouillés et les mettre ainsi dans nos sacs. Nous marchâmes jusqu'à un plus grand village où nos chefs nous annoncèrent que nous devions rester là plusieurs jours. On nous désigna une maison pour y loger mais ce n'était qu'une masure en ruines. Un cochon courait dans la cour, c'était là le seul intérêt du logis. Accompagné d'un camarade, je me rendis chez le maire afin d'obtenir un autre billet de logement. Comme il n'était pas là, sa femme nous offrit du vin blanc à boire en attendant sa venue. Il rentra et sans difficulté nous assigna une autre maison. Nous nous rendîmes à l'endroit indiqué, et, là nous eûmes la désagréable surprise de constater que la demeure était déjà occupée par d'autres soldats. Nous retournâmes chez le maire et l'emmenâmes avec nous afin qu'il réglât notre problème de logement. En fin de compte, il nous répartit quatre par quatre dans différents foyers. Nous fûmes très bien dans l'un d'eux, et, de plus, il y avait à boire du bon vin rouge.
  Comme en principe, nous devions rester là plusieurs jours, nous en profitâmes pour laver notre linge et nettoyer entièrement nos fusils. A peine les avions-nous démontés pièce par pièce, que nous reçûmes subitement l'ordre de repartir. Il s'ensuivit une grande confusion, car nous étant mis à l'aise, il fallut remonter les fusils, nous rhabiller, et, une fois de plus mettre dans notre sac le linge tout mouillé.
  Nous marchâmes toute l'après-midi sur des chemins de campagne, à la nuit nous rejoignîmes la route. Nous arrivâmes fort tard et très fatigués dans un village au milieu des vignes. Les habitants nous accueillirent bien. Le maître de la maison où nous étions logés, m'invita à descendre avec lui dans la cave. Il y avait là un grand nombre de tonneaux, ayant chacun six pieds de diamètre, et pleins de vin blanc. Si leur contenu avait été déversé dans un bassin, une division  de nos bateaux plats, laissés à Ambleteuse, aurait pu y naviguer. Avant de repartir nous fîmes remplir plusieurs bouteilles de ce bon vin blanc.
  Nous traversâmes une grande plaine dans les environs de Znojmo, passant par de nombreux villages. Nous mîmes le feu à l'un d'eux et la lueur de l'incendie nous éclaira pendant deux heures. Après nous atteignîmes un gros bourg où logea toute la division, une partie dans des maisons, une autre partie dans un bivouac. Au réveil j'avais le corps tout rompu et marchais avec difficulté, car la veille nous avions parcouru près de douze lieues. Nous fîmes un grand feu et tuâmes un cochon. Nous le mangeâmes sans sel, faute d'en avoir, ce qui n'est pas très bon.
  Ayant repris notre course nous allions d'un village à un autre. Dans l'un d'eux, les Russes étaient passés et avaient percé tous les tonneaux trouvés dans les caves, si bien qu'il restait peu de vin pour nous. Malgré cela dans un autre endroit, nous passâmes une excellente soirée de détente après un soupé bien arrosé. Malheureusement pour nous, à peine couchés nous entendîmes battre la générale et il fallut nous préparer à partir, il était seulement onze heures du soir.
  Nous marchâmes toute la nuit sur des chemins caillouteux. Nous buttions souvent contre des pierres, ce qui nous faisait mal aux pieds et tomber fréquemment. Au jour nous arrivâmes à Brno, ville avec des faubourgs importants, entourée de remparts fortifiés par quelques bastions. Au sommet d'une colline un château fort protège la cité. Brno est la capitale de la Moravie, le commerce semble être florissant, et, il y a plusieurs fabriques de draps.
  Nous allâmes à sept lieues de là nous poster sur une hauteur. Le pain, le sel et autres vivres nous manquaient. Nous trouvâmes de la farine, ceci nous permit de faire des petits pains que nous fîmes cuire sous la cendre. Nous tuâmes aussi une vache errant dans les parages et mangeâmes de la viande, une fois de plus sans sel. Il était tellement difficile de se chauffer faute de bois, que nous étions obligés de prendre dans les maisons abandonnées les portes, les meubles, les chariots, les roues, le bois de charpente et les lattes des toitures. Une fois notre repas se limita à quelques pois cuits à l'eau évidemment sans sel et sans graisse.
  Toute l'armée française était réunie à cet endroit, c'est-à-dire cent mille hommes y compris la cavalerie. Sa majesté l'Empereur fit la tournée des bivouac le soir. Portant des torches allumées au bout de longues perches nous lui fîmes une haie d'honneur.
  Nous avions déjà fait de nombreux prisonniers autrichiens et russes, mais le reste de l'armée autrichienne, soit quarante mille soldats s'était jointe à celle des russes, ainsi nous avions en face de nous cent mille ennemis disposés sur une ligne de crête. Avec leurs canons pointés sur nous ils s'apprêtaient à nous recevoir. Ce fut la bataille d'Austerlitz, nous étions le deux décembre 1805, il faisait beau. 

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Sources : Pierre GUILLON


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Seizième épisode

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à suivre...

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