Jean
Baptiste MOREAU est
né le 25 juin 1777 à Nogent sur Aube
dans le département de l'Aube.
Un puissant désir de voyager le mène sur les routes de
France et d'Europe
(Allemagne, Hollande et Italie)
en pleines guerres Napoléoniennes
Il relate
les mémoires de ses propres aventures
Suivez-en quelques-unes avec nous
au fil des mois de cette nouvelle année 2002 |
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PROLOGUE |
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Pendant
le temps assez long que je passais à parcourir divers pays
d'Europe, je conçu l'idée de rapporter ce qui s'était offert
de plus intéressant à ma vue et à mon peu d'intelligence. Je
m'attarderai davantage sur les villes où j'ai séjourné plus
longtemps et donnerai un aperçu sur celles que j'ai seulement
entrevues. Je dirai quelques mots sur les mœurs de leurs
habitants, leurs amusements habituels et leur façon de
s'habiller. Je détaillerai le commerce de plusieurs de ces
cités et la manière dont il est exercé. Je décrirai les
places fortes en fonction de mes connaissances. Je parlerai
aussi de la fertilité ou la stérilité de chaque contrée, des
plaines, fleuves, rivières, lacs, étangs, mers, chaînes de
montagnes et rochers escarpés pittoresques. Je relaterai
également les évènements qui me sont survenus, les malheurs
qui m'ont accablé et tout ce que j'ai remarqué.
Jean
Baptiste MOREAU |
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Premiers
Voyages dans le département |
Depuis
ma tendre jeunesse j'avais envie de voyager mais, mon manque
d'éducation dû à la faiblesse du revenu de mes parents contrariait
ce projet. A dix-neuf ans je n'étais pas en mesure de gagner ma vie
ni de voyager.
Malgré les réticences de mes parents et mon peu d'entrain, j'appris
le métier de charron, métier ni propre ni avantageux et
disproportionné à mes forces. Toutefois, il m'offrait la
possibilité de voyager dans tous pays et était cependant utile.
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Le 10
juin 1796, je commençai comme apprenti à Coclois, près de Nogent
mon village natal. Je devais rester là deux ans, mais l'ennui
continuel et l'ardent désir de voyager me poussèrent à partir au
bout de deux mois seulement... En effet, le patron était charron et
cultivateur, il voulait m'apprendre les deux métiers, et surtout le
second que je connaissais aussi bien que lui.
Quoiqu'il me montra à
dégrossir quelques morceaux de bois, je ne tardai pas à ramasser mes
habits et revins chez mes parents qui ne s'étonnèrent pas.
Je
restai chez eux quelque temps puis décidai de partir pour Troyes qui
est à six lieues de Nogent. Le hasard me conduisit à un très bon
atelier de voitures dirigé par un ancien ouvrier parisien. Ayant
expliqué à ce dernier ma situation, il prit soin de moi et m'apprit
à gagner ma vie. Le patron s'occupait peu de l'atelier, mais
davantage de la location de carrioles et conduisait lui-même des
voyageurs. J'aurais bien aimé le faire, mais n'osai pas lui exprimer
ce désir. Il sembla lire dans mes pensées car il me demanda un jour
si je voulais bien conduire des personnes à Sens.
Pour aller à Sens, distante de quatorze lieues, je passai par
Villeneuve-l'Archevêque, petite ville située dans une plaine
environnée de coteaux. Sens, ville de moyenne grandeur, est fort
jolie. Elle renferme dans son enceinte de beaux monuments. Parmi eux,
la cathédrale, superbe édifice avec un portail orné de belle
sculptures. La ville est arrosée par deux rivières : l'Yonne, la
plus importante est navigable, et la Vanne court le long des rues qui
restent ainsi toujours propres. Les maisons sont bâties en pierre de
taille. Le commerce principal est celui des vins très estimés du
terroir. La plaine fertile alentour fournit les produits nécessaires
à la nourriture.
Le second voyage fut pour Châlons-sur-Marne, à dix-huit lieues, en
passant par Arcis-sur-Aube, bourg situé dans une plaine où nous
traversâmes l'Aube sur un maigre pont de bois.
Châlons est une petite ville légèrement enfoncée dans un vallon
où coule la Marne, forte rivière qu'un assez beau pont enjambe. Sur
la place d'armes, l'entrée de l'hôtel de ville est ornée de deux
beaux lions en marbre, les rues peu larges sont assez belles de même
que les maisons aux toits de tuiles creuses. Le commerce est peu
actif. Les plaines alentour produisent du seigle et du sarrasin car le
terrain est très sec.
La destination de mon troisième voyage étant Montigny-sur-Aube, à
dix-huit lieues, je passai par Vendeuvre et Bar-sur-Aube petite ville
entourée d'un simple mur et dominée par des collines ; au sommet de
l'une d'elles se trouve la chapelle de Sainte Germaine. Sur les rives
de l'Aube il y a plusieurs moulins à grain et la région est
renommée pour ses vins. Ensuite, je traversai Clairvaux, où une
verrerie est établie dans un ancien couvent, avant d'atteindre
Montigny-sur-Aube, bourg au milieu d'une plaine fertile en blé.
Mon quatrième voyage ressembla au précédent car j'allais à
Clairvaux distante de treize lieues. Le cinquième me conduisit aux
Riceys, ensemble de trois bourgs à dix lieues de Troyes et situés au
pied de coteaux plantés de vigne, donnant un vin très apprécié..
Pour ma sixième randonnée, je me rendis à Mussy-l'Evêque, distant
de dix lieues, en passant par Bar-sur-Seine, petite ville bâtie en
contrebas de côtes couvertes de vignobles produisant un bon vin ; la
Seine, à cet endroit, est très petite.
Mon septième et dernier périple fut pour Arcis-sur-Aube dont j'ai
parlé en faisant le récit de mon second voyage.
| Passons
maintenant à Troyes.
Troyes est assez grande avec de beaux monuments parmi lesquels se
distingue la cathédrale.
C'est un important édifice avec un clocher
haut de deux cents pieds et orné de belles sculptures. Je suis monté
plusieurs fois en haut de ce clocher d'où l'on voit très bien la
ville et les environs sur une grande distance.
La plus grande place de
la ville est celle où, tous les samedis, se tient le marché au
grain. En contrebas se trouve une place plus petite entourée de beaux
bâtiments.
Plus bas encore il y a l'Hôtel de Ville, grand et bien
construit, l'hôpital avec une gille en fer forgé qui est un chef d'œuvre
d'artistes, est dans la même rue. Troyes abrite de grandes boucheries
renommées et dans lesquelles les mouches ne pénètrent pas. |

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Les gens
simples disent qu'elles ont été excommuniées par Saint Loup,
l'évêque de la Ville. Pour ma part, je crois que, les boucheries
débouchant sur deux rues, un courant d'air de crée et empêche ainsi
les mouches de rentrer. Certaines rues sont larges et belles, par
contre d'autres sont étroites et malpropre ; les maisons sont pour la
plupart construites en bois. Le mail, ceinturant la ville, offre une
belle promenade. La ville est entourée de plaines sauf du côté du
midi où le terrain est en pente. La Seine traverse une partie de
Troyes puis se divise en plusieurs bras. Le courant actionne des
moulins à grain tant dans la ville que dans les environs. Le mur
d'enceinte est simple et a une circonférence d'une lieue.
Le
commerce est surtout la boutonnerie et celui des étoffes, laine et
toile de coton, fabriquées par les nombreux ateliers locaux.
La
région produit du grain, du vin et toute la nourriture nécessaire à
la consommation des habitants. |
Je
restai à Troyes dix-huit mois environ et, m'estimant capable de
gagner ma vie, je décidai d'aller à Paris. Avant de partir je passai
voir mes parents pour les avertir de ma décision, ce qui les rendit
quasiment indifférents.
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