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Fin de l'épopée d'Aimé Albert Boucher...

Episode n° 9                                © 2001 - Amicale-Généalogie™ 

 

JOURNAL DE VOYAGE
D’AIME ALBERT BOUCHER

 

 LA FIN DU VOYAGE

Dès six heures du matin on nous rassemble et à six heures trente nous nous dirigeons vers le quai où nous attend le Chodoc.
Nous retraversons les mêmes rues : le boulevard de la Citadelle, la rue d’Espagne et le boulevard Garnier au son de la musique pour nous entraîner.
A huit heures, civils et militaires sont embarqués.
A une heure le Chodoc abandonne le quai et remonte le fleuve sur environ 2 kilomètres afin de quitter le port et d’attendre la marée.
Il est trois heures quand il se met de nouveau en marche, laissant la ville à notre droite. Le Laos, courrier de la Cie des messageries maritimes, est mouillé dans le port.

Le fleuve est très tortueux, le pays qu’il traverse excessivement plat, le riz est la seule culture.
Il est huit heures quand nous dépassons l’embouchure du fleuve et que par conséquent nous entrons pour la seconde fois dans la mer de Chine.
La nuit nous cache toutes les beautés de la nature et je ne verrai pas encore ce soir le Cap St Jacques que nous traversons à huit heures trente.
Le bateau stoppe pour déposer le pilote qui nous accompagne depuis Saïgon, après quoi il se remet en route, se dirigeant d’abord sur Tourane (Annam), où des hommes de mon arme doivent débarquer pour y rejoindre leur poste et ensuite sur Hué.

Ce matin un grand vent souffle du nord. La mer est peu mauvaise et le bateau ne tangue que fort peu, les côtes restent en vue à notre gauche toute la journée. La température baisse beaucoup dans la soirée, le temps est devenu froid.
Cela surprend d’autant plus après la chaleur écrasante de Saigon où nous étions voilà 24 heures.

Journée du 18

Aujourd’hui, la température est encore plus froide qu’hier soir, cela s’explique car nous remontons vers le pôle nord.
Après le lever du soleil la température est plus agréable, le vent tombe, la mer devient calme et le bateau file sans que l’on ressente la moindre secousse. Ce n’est cependant pas ce que l’on m’avait dit : la plupart du temps, cette mer et principalement le golfe du Tonkin, avec la méditerranée représentaient le parcours le plus redouté de la traversée entre la France et le Tonkin.
Nous suivons toujours à notre gauche les côtes Indochinoises qui sont pour la plupart incultes, plutôt élevées et rocheuses.
La mer est de nouveau plus belle, à tel point qu’on aperçoit les poissons sauter et aussi des serpents et des tortues de mer, dont certaines atteignent une taille volumineuse.

Vers une heures nous doublons des barques de pèche.
A deux heures on désigne les hommes destinés à débarquer à Tourane, je ne suis pas du nombre, mais si cela était, ça ne me ferait rien tant je suis fatigué d’être sur ce bateau.
A onze heures nous mouillons en rade de Tourane, je suis réveillé par le bruit des treuils en fonctionnement et des 150 soldats qui montent sur le pont pour débarquer. Les hommes désignés s’embarquent sur des chaloupes qui les attendent. Je ne puis rien dire de ce port car la nuit m’empêche de le voir, toujours est-il, que situé au milieu d’un bois et de grandes montagnes, il est naturellement bien abrité. Son entrée est en revanche très dangereuse.
Il est une heure du matin quand nous repartons, faisant route cette fois pour Haipong, où nous arriverons dans quelques jours.

Journée du 19

Aujourd’hui la mer est toujours calme, les côtes ont complètement disparues, je suis impatient que nous arrivions, nos mouvements sont subordonnés à ceux des autres, tant on est gêné et serré sur ce bateau.

Journée du 20

Je suis réveillé vers une heures du matin, au même instant l’ancre est mouillée. Nous sommes dans la baie d’Along, nous y attendons le pilote qui n’a pas l’air se presser, car il a fait attendre toute la matinée. Les oiseaux voltigent autour de nous. C’est en fait des mouettes, on pourrait croire qu’elles ont pris une autre direction que celle que nous avons suivie, car nous n’en voyions plus depuis Port-Saïd.
A ce moment, une quantité de barques de pécheurs entre dans la baie et il est 10 heures quand le pilote arrive. Il entre lentement et fait un assez grand détour pour venir accoster, ce détour est occasionné par le manque de profondeur d’eau qui existe dans la baie et qui rend le passage des navires de fort tonnage très difficile.

L’entrée du port est elle aussi dangereuse à cause de nombreux rochers. Pendant l’attente la marée est descendue rapidement, ce qui nous occasionne un fâcheux retard. Vers midi, le bâtiment reste pris dans un banc de sable sans pouvoir avancer, malgré tout les moyens mis en œuvre. Il ne nous manquait plus que cela pour rattraper le retard que nous avons déjà !

Nous restons dans cette situation jusqu’à trois heures du matin, puis la marée  monte et le volume d’eau augmente dans la baie. Le commandant de bord donne l’ordre de nous mettre tous à l’arrière pour faciliter le dégagement du devant du bateau. Les machines sont mises alors à plein mouvement et réussissent tout de même, avec peine, à retirer notre bateau de l’écueil où il s’était échoué.

Le Chodoc après avoir été dégagé remonte le fleuve à une allure très modérée et, nous restons encore deux fois ensablés, à cause des eaux basses et vue que ce n’est pas la saison des pluies en ce moment. Ce fleuve que nous traversons en ce moment est appelé le Song-Cau.

Journée du 21

Le Chodoc continue sa route, deux heures plus tard, nous faisons notre entrée dans le port de Haipong. Notre vapeur n’abordant pas le quai, nous attendons le jour pour embarquer dans des chaloupes. Il est huit heures quand on commence l’embarquement. Avec empressement chacun y prend place tous sont contents de prendre congé de ce malheureux bateau, dont personnellement, je garderai longtemps le souvenir.

Ce n’est rien de dire, que depuis 3 jours notre Chodoc penchait énormément à tribord, au point qu’il était dangereux de marcher sur le pont sans s’y maintenir, plusieurs passagers blessés en ont prouvé le danger, et, j’affirme, qu’il offre un aspect plutôt effrayant vu à quelques mètres de distance. Cela n’engagerai guère de s’y embarquer. Enfin nous allons le quitter et sans regret, j’espère que ce ne sera pas lui qui nous rapatriera en France et que le voyage du retour se fera dans de meilleures conditions !

A six heures, nous mettons pied à terre, puis nous nous formons en colonne et nous parcourons le Boulevard de l’amiral Courbet, qui conduit au dépôt des isolés. Nous arrivons vers onze heures, chacun se sent bon appétit car depuis quatre heures hier soir, nous n’avons pris qu’un grand café ce matin au réveil. Il nous faut cependant attendre, non sans impatience, jusqu’à midi pour manger. La place dans la caserne fait défaut, nous mangeons dehors sur une pelouse, plus ou moins brûlée par l’ardeur du soleil, qui pourtant est bien agréable ici, alors qu’il était insupportable à Saigon.

Nous reprenons la direction du port. Notre avant séjour à Haïpong ne me permettra de décrire cette ville que j’ai traversé le sac au dos, néanmoins, j’ai pu remarquer de riches habitations Européennes.
Nous embarquons de nouveau à bord de petites chaloupes à vapeur.
A huit heures, nous remontons le fleuve qui doit nous conduire à Dap-Cau. Nous sommes encore bien plus tassés dans les chaloupes que sur le Chodoc, heureusement ce sera de courte durée.

Chacun se repose, tant bien que mal sur le pont, n’ayant même pas la place pour s’allonger à son aise.
La nuit semble bien longue, mais le lendemain, l’esprit trouve une distraction et le temps paraît s‘écouler plus vite. Nous n’avons pas encore de chance avec ces petites chaloupes, car une d’elle est dépourvue de sa machine et doit être remorquée par une autre, ce qui fait, que le trajet s’effectue lentement. Décidément notre voyage est rempli de fatalité : après s’être ensablé la nuit dernière, nous avons eut un arrêt de trois heures, et de nouveau, les deux chaloupes s’enlisent ce soir.

De fréquents villages indigènes ornent les rives de ce fleuve. Je remarque des oiseaux qui vivent aussi sous le climat de la France, tels que les merles. Une grande quantité de canards, d’oies sauvages, de sarcelles couvrent presque en entier un vaste marais que nous laissons à notre droite. A une faible distance de nous, un héron que nous avons dérangé de sa paisible pêche sur une des rives du fleuve semble partir à regret de cet endroit qu’il avait sûrement bien choisi pour faire une fructueuse pêche.

Que le temps me paraît long malgré toutes les choses que nous rencontrons et qui nous égaient un peu. Depuis trente six heures de parcours sur ce maudit fleuve nous n’avons touché qu’un méchant repas : quelques pommes de terre cuites à l’eau avec leurs épluchures et à moitié pourries, une boite de conserve (singe), voilà en quoi a consisté notre maigre repas de Haipong à Dap-Cau.

Enfin nous arrivons à Dap-Cau après trente six heures alors qu’il n’en faut ordinairement que douze. Il est 8 h du matin quand nous débarquons pour la dernière fois. On peut dire adieu pour un temps assez long à nos embarcations, cela va s’en dire qu’on se sent le pied plus solide à terre que dans ces bateaux de mer.
Au bout de quinze minutes de marche nous arrivons à la caserne. La répartition des hommes est faite, je suis affecté à la formation de la 6éme compagnie en garnison à Phi-Cau située sur un mamelon à environ 1500 m de Dap-Cau. Il est midi quand on se met à table et j’assure que chacun est affamé et que l’on déguste de bon appétit.

La journée du lendemain est occupée à notre réarmement.

Voici donc la fin de mon long voyage, je passe sur bien des choses, mais je crois que cela vous donnera une idée de nos mésaventures sur mer.

  LA FIN DU VOYAGE

Evelyne

Huitième épisode

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Fin
Quelques images du Tonkin

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