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Le Feuilleton de l'Amicale

Chaque mois, Evelyne vous narrera l'épopée d'Aimé Albert Boucher...

Episode n° 8                           Auteur - © 2001 - Amicale-Généalogie™ 

 

JOURNAL DE VOYAGE
D’AIME ALBERT BOUCHER

 

 DE SINGAPOUR A SAIGON

La ville disparaît bientôt à nos yeux, puis vient le tour du bateau russe qui file devant nous faisant route pour la Chine.
Vers midi trente, toutes les côtes disparaissent, il ne nous reste pour toute vue que le ciel et l’eau. Nous sommes maintenant dans la mer de chine et faisons route pour Singapour.

Journée du 11

Aujourd’hui 11 janvier, c’est déjà le 5éme dimanche que nous passons en mer, sans avoir mis un pied sur la terre ferme. Le temps commence à être long, demain nous aurons le plaisir d’abandonner, sans regret, notre habitation flottante. pour quelques jours à Saigon.

Vers dix heures, de petits îlots se devinent à l’horizon, et, il est onze heures, lorsque nous doublons le plus important. Cet îlot porte le nom de Poulo-Condor. La possession française en a fait le refuge des exilés indigènes de notre Indochine. Malgré la petitesse de l’île, j’ai remarqué la grande élévation de ses cotes rocheuses. En ce moment, les vagues en atteignent le sommet.
Nous laissons cette île à notre gauche, une autre à notre droite, puis nous retombons bientôt, dans notre immense désert d’eau.

L’on estime à 30 jours la traversée de Marseille à Saigon, il y a déjà de quoi en être fatigué, mais quand on pense qu’il y a trente trois jours que l’on est parti, on ne s’étonnera pas de l’ennui de chacun, nous devrions cependant arriver à Saigon demain vers midi.

Notre embarcation file à une bonne allure. le temps est magnifique, la chaleur n’est pas harassante. L’archipel dont j’ai parlé plus haut semble éloigné et disparaît vers une heure du soir.
Je m’attarde sur le pont dans l’espoir d’apercevoir dans la soirée la terre indochinoise, mais ne voyant rien à l’horizon, je me décide vers neuf heures à aller me reposer.
Vers trois heures du matin, je suis réveillé par le bruit des treuils en fonctionnement. Je monte sur le pont et découvre que nous sommes amarrés à l’entrée du port de Saigon.
Je n’ai pas à regretter de n’avoir pu être le témoin de notre voyage sur ce fleuve, puisque nous aurons à le redescendre en quittant Saigon pour le Tonkin.

Le jour naît, sans crépuscule, vers sept à huit heures, nous sommes à quai. Là une quantité d’indigènes et de civils attendent notre arrivée.
Nous sommes prévenus que nous débarquerons bientôt, ce qui provoque en nous un grand soulagement. En effet à sept heures trente, nous mettons pied à terre.
Nous sommes formés en colonnes, et glorieusement au son de la fanfare du 11éme régiment en garnison à Saigon, nous traversons la tête haute les belles avenues de la charmante capitale de notre Cochinchine.

A huit heures trente, nous faisons notre entrée dans la caserne du 11éme. Au premier coup d’œil, on ne dirait pas une caserne, mais plutôt une propriété privée. De riches bâtiments, de verdoyantes pelouses, de grands arbres chargés de feuilles ornent cette cour, dans laquelle, de tous cotés, sont disposés des bancs mobiles à notre disposition. On se croirait dans un jardin public.

Le soir, je me fais un devoir de me repérer un peu, je parcours les principales rues de cette ville que je trouve magnifique. Le théâtre est particulièrement riche et coquet, devant lui s’étale une place de 500 mètres de long, garnie de pelouses splendides. Au milieu de l’une d’elle s’élève la statue de Francis Garnier.

Au centre de la ville se dresse une belle cathédrale, devant elle la statue de Monseigneur Pigneau de Behaine, évêque d’Adran, puis derrière, la statue de Gambetta.
Des tramways à vapeur parcourent les rues principales de la ville. Un chemin de fer circule dans la direction d’Hong-Kong, son terminus.

Saigon possède un jardin des plantes qui mérite la visite des amateurs de curiosités, aussi le soir je m’y rend, le climat fait qu’on y voit quantités d’arbres et d’animaux qu’on ne rencontre pas dans notre pays.
Pendant que les hirondelles parcourent l’espace, peut être que chez nous la neige plane sur nos toits.

Jusqu'à neuf heures la chaleur est agréable, mais ensuite, jusqu’à cinq heures du soir, elle est écrasante, aussi la ville est elle des plus malsaines. C’est avec peine que j’entends qu’une partie d’entre-nous sera désignée pour y rester. Bien que les bruits de ce genre ne soit pas toujours fondés, je crains que celui là se confirme.

Journée du 12

Le soir je retourne visiter un peu la ville : le conseil de guerre, le palais du gouvernement et de la justice, sont l’objet de mon attention . Ce sont de magnifiques monuments, gardés en majeure partie par des tirailleurs annamites. Je continue ma promenade le long des quais et rencontre la statue de l’Amiral français Rigault de Genouilly (1807-1873 ), que deux petits obélisques semblent garder .

Journée du 13

Aujourd'hui, chacun s’occupe au rechargement de son sac, car, tous ont profité de l’arrêt pour faire une urgente lessive. Notre départ est pour le lendemain matin. En prévision de cela, je me consigne le soir pour prendre un peu de repos.

Je me distrais, assis sous la véranda avec les camarades, en regardant les passants et les tramways qui parcourent les rues autour de la caserne. Je remarque aussi de gros oiseaux, appelés charognards, qui voltigent en permanence autour du bâtiment. Ce sont des oiseaux de proie qui ressemblent à des buses, mais en beaucoup plus gros. Ils connaissent l’heure des repas, et c’est à ce moment qu’on les voit en plus grand nombre. Ils sont très hardis et poussent leur audace jusqu'à venir chercher dans l’assiette la portion et l’avalent tout en volant.

 Prochain épisode : LA FIN DU VOYAGE

Evelyne

de Behaine Pigneau (Evêque de Adran) 
Francis Garnier

Septième épisode

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à suivre...

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