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Le Feuilleton de l'Amicale

Chaque mois, Evelyne vous narrera l'épopée d'Aimé Albert Boucher...

Episode n° 4                              Auteur - 2001 - Amicale-Généalogie

 

JOURNAL DE VOYAGE
D’AIME ALBERT BOUCHER

 

DE SUEZ A DJIBOUTI 

Journée du 17

Aujourd’hui la mer est toujours tranquille. Jusqu'à 8 heures on aperçoit la terre sur notre gauche, après elle disparaît peu à peu. A cette même heure nous rencontrons deux vapeurs qui trop loin de nous ne laissent percevoir ni leurs noms, ni la nation à laquelle ils appartiennent. Un autre nous suit, son allure est plus accélérée que la nôtre et bientôt il va nous devancer. En effet à dix heures il est en face de nous. C’est un vaisseau de guerre Anglais, le Chodoc hisse alors son pavillon français pour le saluer. Il faut savoir que lorsqu’un navire marchand rencontre un navire de guerre de quelque nation qu’il soit, il lui doit le salut, faute de l’exécution de cette règle le vaisseau de guerre peut bombarder celui-ci d’un coup de canon à blanc et si le navire marchand répond à cette attaque le combat commence, tandis que siffler sans répondre et l’incident est clos. Il nous dépasse et reste à notre vue jusqu'à quatre heures du soir .

A ce moment je prends la garde et suis loin d’en être contrarié. La température sera certainement meilleure cette nuit sur le pont que dans la batterie, car si la température n’a jusqu’à Port-Said que peu changée, depuis elle s’est subitement rehaussée.

Journée du 18

Je suis de faction deux heures sur six couché simplement sur un unique couvre-pieds à l’entrepont. J’abandonne cet endroit pour grimper sur le pont relever mon camarade, il est alors quatre heures du soir.
J’aperçois sur la droite un vapeur que nous croisons, il fait très doux la mer est bien calme.
A partir d’aujourd’hui le port du casque est obligatoire. C’est certainement d’une grande utilité, mais les imprudents ne manquent jamais et j’assure que le soleil de 8 heures du matin jusqu'à 5 heures du soir est absolument dangereux. Le service m’oblige à rester toute la journée au poste sur l’entrepont, je puis donc contempler la mer à mon aise et c’est de là que j’ai vu le plus de poissons. Dans la journée, il y en avait de très gros qui faisaient de majestueux sauts au niveau de l’eau pour aller repiquer une tête une cinquantaine de mètres plus loin (marsouins). Une chose qui m’a étonné beaucoup, ce sont les poissons volants, je ne me serais jamais imaginé une chose pareille : figurez vous que ces petits poissons à peu près de la taille d’un hareng sortent de l’eau et s’envolent jusqu'à une distance d’environ cent mètres, c’est à dire qu’ils restent en l’air tant que leurs petites membranes sont mouillées.
Après avoir contemplé toutes ces choses je me couche de bonne heure car le peu de repos de la dernière nuit et la chaleur intense de la journée m’ont un peu fatigué.

Journée du 19

Le lendemain la mer est toujours magnifique, tout à coup, nous nous apercevons que notre bateau ne marche plus et on se demande le motif de cet arrêt.
Le condensateur des moteurs de la machine est démoli .
Comme à bord d’un transport de l’importance du Chodoc il y a le nécessaire tant en hommes qu’en outils pour faire les réparations, au moins provisoirement, on aura donc pas à demander du secours. Malgré cela les signaux de détresse sont hissés aussitôt pour indiquer l’arrêt du bateau.

Enfin après cinq heures d’arrêt nécessité par les réparations, le bateau se remet en marche et nous faisons de nouveau route vers Djibouti.

Pendant notre arrêt j’ai eu l’avantage de voir un requin, ce vilain poisson s’est approché à quelques mètres du bord pour saisir les morceaux de pain que s’amusent à lui jeter des camarades et se dirige vers l’arrière du bateau, il n’est vraiment pas sauvage, là les officiers l’accueillent à coups de carabines et après l’avoir salué de la sorte nous reprenons notre route comme je l’ai dit plus haut. C’est à ce moment que nous croisons un navire de guerre français. Ceci fait plaisir de voir flotter les trois couleurs ailleurs qu’à notre bord.

Dans le reste de l’après-midi nous rencontrons quelques rochers par ci par là, la mer est toujours bonne et brillante comme un miroir.

Journée du 20

De même qu’hier la mer est toujours belle, on aperçoit encore des rochers. La chaleur est intense dans les batteries où l’on respire une odeur infecte car l’ouverture des hublots est interdite pendant la marche, ce qui seulement pourrait donner de l’air. De plus on est tassés comme des sardines dans un panier, deux cent vingt hommes occupent la batterie qui mesure environ quatre vingts mètres de superficie. Vous pouvez croire d’après ceci que l’on a pas grand espace pour s’ébattre.

La nuit venue on voit une curiosité : les effets, la phosphorescence qui fait miroiter une myriade d’étoiles dans l’eau que le bateau déplace.

Ces choses sont très fréquentes dans la mer rouge, on les voit également dans les autres mers à l’époque des grandes chaleurs. J’attends sur le pont un peu de fraîcheur avant de me décider à descendre à ma couchette. Je ne m’y décide qu’à onze heures .

Journée du 21

Ce matin vers huit heures nous sommes en vue de Périm, nous y entrons à neuf heures sous la direction d’un pilote.

Perim est une île Anglaise bien pour habiter. Quelques Européens et indigènes seulement sont employés au port et ont l’air d’être les seuls habitants de cette localité. Son port m’a l’air bien abrité par suite de son renfoncement dans les terres. Nous y faisons du charbon et nous repartons à une heure en regardant cette île presque déserte brûlée par le soleil, aucun arbuste n’y végète et dont la terre ou plutôt la pierre est noircie par le soleil aride .

Les côtes restent toujours en vue sur notre gauche, la mer est toujours bien calme. A six heures nous sommes en vue de Djibouti où nous arrivons à sept heures, malheureusement il fait nuit.

 

Prochain épisode : Escale à Djibouti et traversée de Djibouti à Colombo

Evelyne

Troisième épisode

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à suivre...

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