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La Petite Gazette Généalogique

 

 


Pierre-Jean BERANGER

Chansonnier - Poète du peuple

 

 

Dans ce Paris plein d'or et de misère,
En l'an du Christ mil sept cent quatre-vingt,
Chez un tailleur, mon pauvre et vieux grand-père,
Moi nouveau-né, sachez ce qui m'advint...

 


C'est en ces termes que Béranger nous donne sa date de naissance qui eut lieu le 10 août.

Son père qui se faisait appeler Béranger de Mersix, était fier de sa prétendue noblesse et avait dressé une pompeuse généalogie armoriée, dont son fils dira plus tard dans "Ma Biographie" : il ne manquait que des pièces justificatives, l'exactitude historique et les vraisemblances morales.

Malgré ses prétentions nobiliaires le sieur Béranger épousa par amour la fille d'un tailleur nommé Champy. Il se séparera d'elle après la naissance de Pierre Jean, l'enfant fut envoyé en nourrice près d'Auxerre, il y resta 3 ans.

Cette période de son enfance lui inspirera cette chanson

MA NOURRICE
Chanson historique (sur l'air de Dodo l'enfant do)


De souvenir en souvenir,
J'ai reconstruit mon édifice.
Je vais conter, pour en finir,
Ce qu'on m'a dit de ma nourrice.
Au soir des ans doit sembler doux
Ce chant qui nous a bercés tous :
Dodo, l'enfant do,
L'enfant dormira tantôt.

 Au mois d'août, voilà bien longtemps !
Six francs et ma layette en poche,
Belle nourrice de vingt ans
D'Auxerre avec moi pris le coche.
Sois bien ou mal, sanglote ou ris ,
Adieu, pauvre enfant de Paris.
Dodo...

 En Bourgogne je débarquai,
Pour la chanson climat propice,
Nous trouvons, buvant sur le quai,
Le vieux mari de ma nourrice,
Verre en main, Jean le vigneron
Chantait les gaîtés de Piron,(1)
Dodo...

Sous son chaume, au bruit du pressoir,
Bientôt j'assiste à la vendange.
Plus ivre et plus vieux chaque soir,
Jean va coucher seul dans la grange.
Sa femme, en s'en moquant tout bas,
Me dit : Petiot, ne vieillis pas,
Dodo....

 Un moine, en voisin, vint chez nous ;
Il entre sans que le chien jappe ;
Le mari sort, et l'homme roux
De ma table fripe la nappe.
Hélas l'odeur du récollet (2)
Fait pour neuf mois tourner mon lait.
Dodo...

 Au vieux moutier,(3) huit jours plus tard,
Jean, bien payé, soignait la vigne,
Moi, gai comme un dieu sans nectar,
Au vin du cru je me résigne.
Ma nourrice, en m'en abreuvant,
Soupire et dit : Chien de couvent !
Dodo....

Sur cette histoire, en bon devin,
Mon parrain, dès qu'il l'eut apprise,
Me prédit le dégoût du vin,
Le goût de tous les gens d'Eglise.
Pour Requiem je prédis, moi,
Qu'ils chanteront à mon convoi :
Dodo, l'enfant do,
L'enfant dormira tantôt.

 

AG image

1) Alexis : Ecrivain (1689-1773) auteur de monologues pour le théâtre de la Foire.
2) Religieux réformé, dans les ordres de Saint-Augustin et Saint-François.
3) Monastère

Pierre Jean fut ensuite recueilli par son grand-père, rue Montorgueil, son père était en Belgique, sa mère insouciante habitait près du temple ; et quand par hasard il allait la voir, elle le conduisait aux théâtres du Boulevard ou à des parties de campagne.

Début 1789, on songea à envoyer l'enfant à l'école, on le plaça dans une pension du faubourg Saint-Antoine, d'où il vit prendre la Bastille, en octobre il rencontra une foule de gens portant au bout de longues piques les têtes des gardes du corps massacrés à Versailles ; il en éprouva une telle horreur que toute sa vie il en garda une impression très vive.

Entre-temps son père était devenu notaire à Durtal dans le Maine et Loire et rechignait à payer la modique pension de son fils, aussi il l'envoya à Péronne, chez une de ses soeurs, veuve, sans enfant qui tenait le cabaret des aieux. Cette brave femme accueillit Pierre Jean comme une seconde mère et si elle ne put pourvoir à son instruction, elle lui inculqua des principes de patriotisme et de liberté. Béranger écrira en 1840 :

" - Dans qu'elle triste anxiété nous jetait alors, ma tante et moi, l'invasion des armées coalisées dont les avant-postes dépassèrent Cambrai ! Le soir assis à la porte de l'auberge, nous prêtions l'oreille au bruit du canon des Anglais et des Autrichiens assiégeant Valenciennes (1793), à 16 lieues de Péronne. Chaque jour, l'horreur de l'étranger grandissait en moi. Aussi avec qu'elle joie j'entendais proclamer les victoires de la République ! Lorsque le canon annonça la reprise de Toulon, j'étais sur le rempart et, à chaque coup, mon coeur battait avec tant de violence que je fus obligé de m'asseoir sur l'herbe pour reprendre ma respiration. Aujourd'hui que chez nous le patriotisme sommeille, ces émotions d'enfant doivent paraître étranges. On ne sera pas moins surpris, si je dis qu'à soixante ans, je conserve cette exaltation patriotique, et qu'il faut tout ce qu'il y a en moi d'amour de l'humanité et de raison éclairée par l'expérience pour m'empêcher de lancer contre les peuples nos rivaux les mêmes malédictions que leur prodiguait ma jeunesse. Ce sentiment si vif, d'autant plus vif peut-être que, dans le monde, je l'ai rencontré de bonne heure, ainsi que tous mes autres sentiments, a influé presque sur mes jugements littéraires".

Fin de la première partie

Sources : Chansons de Béranger préfacées par Pierres des Brandes ( Garnier vers 1890 ) 

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Evelyne     

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