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La Petite Gazette Généalogique

 


Pierre-Jean BERANGER

Chansonnier - Poète du peuple

 

BERANGER 

 

Outre ses amis de Paris, il y avait les amis de Péronne qu’il allait voir de temps en temps, et c’est pour eux qu’il chanta sa première chanson. Ils étaient heureux de se revoir et de chanter ensemble le verre à la main. Ils baptisèrent leur réunion le couvent des Sans Souci. Ayant fait une chanson contre les maladroits Chevaliers de l’Arquebuse, dont la verve satirique faillit allumer la guerre dans Péronne, il comprit que la chanson s’adressait aux meilleurs sentiments de l’homme et à ses passions. L’ironie était sa muse !

C’est en revenant de Péronne qu’il écrivit ces petits chefs-d’œuvre : Le Sénateur, le Petit Homme gris, les Gueux et le Roi d’Yvetot ; on chantait cette chanson tout bas, on s’en passait des copies clandestines. La police susceptible eut peur : mais si l’Empereur fut consulté, s’il eut la fine satyre, il dut bien s’amuser, et certainement il pensa qu’il n’y avait rien à redouter de celui qui chantait le bon petit Roi, à l’heure de la toute puissance impériale ; prévit-il que le jeune poète le chanterait au moment de la défaite et porterait sa gloire plus haut que le vol de l’aigle et ferait avec son nom tressaillir le cœur de tout un peuple ? Béranger sincère républicain fut, par patriotisme, l’apôtre de la légende, le créateur de l’épopée napoléonienne.

Malgré ses préventions contre les associations littéraires, Béranger fut vivement touché de la bienveillance et des applaudissements qui l’accueillirent au Caveau (où Désaugiers lui-même l’avait invité et dont il fut élu membre séance tenante à l’unanimité). Dès ce jour, sa réputation de chansonnier se répandit dans toute la France : mais qu’elle ne fut pas sa reconnaissance, Béranger ne put jamais prendre sur lui d’être un convive assidu à des banquets qu’il avait raillé d’avance, en 1810, dans sa chanson des Gastronomes, et son caractère austère et grave, malgré l’enjouement de son esprit, l’empêchait d’y faire bonne figure. Il ne consentait pas non plus, sous prétexte qu’il était chansonnier, à se prêter à certaines faiblesses qui ne tiraient pas à conséquence chez les membres du Caveau, par exemple à être offert en spectacle à de riches étrangers, par le maître de l’établissement du Rocher de Cancale, durant les Cent jours, son patriotisme eut aussi tant à souffrir de ce qu’il entendait, qu’il n’y mit les pieds.

En 1814, Béranger assista le cœur navré à l’entrée des alliés dans Paris, il suffit de lire dans sa Biographie, les pages dans lesquelles il raconte cet événement, pour comprendre le poète de Napoléon, plein de haine pour l’Anglais, et de mépris pour les Bourbons qui allaient le poursuivre et le faire condamner à la prison, parce qu’il a stigmatisé de son verbe brûlant comme un fer rouge les valets, les ci-devant, les parvenus, les renégats, les cagots ; parce qu’en présence de l’ennemi, en voyant la France meurtrie, humiliée, il a chanté le grand capitaine victime de la félonie anglaise, il a fait entendre toutes les trompettes, tous les canons, tous les cris de victoire qui, pendant quinze ans, firent trembler tous ces peuples qui, pour triompher de leur redoutable ennemi, n’ont pas craint d’appeler à leur secours, l’ambition, la jalousie, l’ingratitude et la défection.

Le premier recueil des chansons parut en 1815, le second en 1821, c’est pour celui-ci que Béranger fut poursuivi devant la cour d’assise de la Seine et, malgré l’éloquence de Dupin, condamné le 8 décembre, à trois mois de prison et cinq cents francs d’amende. La reproduction des chansons incriminées et la réunion en volume des débats auxquels elles avaient donné lieu, attirèrent à l’auteur un second procès, mais le jury l’acquitta. En 1825, parurent les Chansons nouvelles et, en 1828, les Chansons inédites pour lesquelles Béranger se vit infliger, le 10 décembre, neuf mois de prison et dix mille francs d’amende. Lors de ce procès, les journaux de toute nuance, y compris les feuilles officieuses, donnèrent le compte rendu accompagné de citations : "On a calculé, disait plus tard Béranger, qu’il y avait eu en moins de quinze jours, plusieurs millions d’exemplaires des vers, qu’on avait voulu frapper d’interdiction. C’était une bonne leçon donnée à ceux qui s’obstinaient à entraver la liberté de la Presse".

Béranger subit sa prison, la première fois à Sainte-Pélagie, la seconde à la Grande-Force. Le retentissement de son procès ne fut pas moins grand que le succès de ses chansons, le peuple souscrivit avec ardeur pour l’acquittement des frais et de l’amende, le peuple faisait cause avec son chansonnier.

La révolution de 1830, qu’il avait pressentie depuis longtemps et à laquelle il avait contribué plus qu’aucun autre peut-être, ne surprit pas Béranger. Au lendemain des journées de juillet, il refusa tout ce qui lui fut offert, il se contenta d’être " le solliciteur universel en faveur de tous les infortunés et de toutes les injustices dont il était le confident ".

De 1820 à 1830, tout le parti républicain avait considéré Béranger comme l’un de ses chefs et fondateur, bien que celui-ci eût de tout temps déconseillé les manifestations stériles et les échauffourées sanglantes auxquelles les jeunes gens s’étaient trop souvent laissé entraîner. Quand, en 1850, le maître sembla se rallier à l’Empire restauré, la désillusion fut grande et le ressentiment des républicains, comprimé jusque là éclata en 1857, après la mort de l’illustre chansonnier.

LE ROI D’YVETOT (extraits)

Il était un roi d’Yvetot
Peu connu dans l’histoire,
Se levant tard, se couchant tôt,
Dormant fort bien sans gloire,
Et couronné par Jeanneton
D’un simple bonnet de coton,
Dit-on.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la

Il faisait ses quatre repas
Dans son palais de chaume
Et sur un âne, pas à pas,
Parcourait son royaume,
Joyeux, simple et croyant le bien,
Pour toute garde il n’avait rien
Qu’un chien.
Oh ! oh ! oh ! oh ! ah ! ah ! ah ! ah !
Quel bon petit roi c’était là !
La, la

 

LES GUEUX (extraits)

 

Les gueux, les gueux,
Sont des gens heureux ;
Ils s’aiment entre eux.
Vivent les gueux !

Des gueux chantons la louange ;
Que de gueux hommes de bien !
Il faut qu’enfin l’esprit venge
L’honnête homme qui n’a rien.

Les gueux, les gueux,
Sont des gens heureux...

Oui, le bonheur est facile
Au sein de la pauvreté :
J’en atteste l’Evangile ;
J’en atteste ma gaîté.

Les gueux, les gueux,
Sont des gens heureux...

Au Parnasse la misère
Longtemps a régné dit-on :
Quel bien possédait Homère ?
Une besace, un bâton.

Les gueux, les gueux,
Sont des gens heureux...

Vous qu’afflige la détresse,
Croyez que plus d’un héros,
Dans le soulier qui le blesse,
Peut regretter ses sabots.

Les gueux, les gueux,
Sont des gens heureux...
Ils s’aiment entre eux.
Vivent les gueux !

 

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